Berne: Forum du centenaire de Caritas Suisse sur la politique sociale

Ruth Dreifuss appelle à une «globalisation sociale»

Berne, 16 janvier 2001 (APIC) La conseillère fédérale Ruth Dreifuss a plaidé, lundi à Berne, pour une «globalisation de la politique sociale». Avec le professeur Riccardo Petrella, elle a ouvert le forum du centenaire de Caritas Suisse. Si la conseillère fédérale plaide pour un élargissement de la solidarité dans des sociétés plus nomades et devant organiser leur efficacité, Riccardo Petrella appelle de son côté à une réorganisation du système financier mondial qu’il faut soumettre au politique.

«Une globalisation purement économique, portée par les mirages télévisuels du mode de vie dominant, est une bien pauvre utopie, lourde de terribles menaces», estime la conseillère fédérale Ruth Dreifuss, qui s’est exprimée lundi 15 janvier devant 200 participants en ouverture du Forum de Caritas Suisse. La conseillère fédérale estime que seuls des liens de solidarité et d’interdépendance permettront d’organiser une société globale. Cette solidarité doit s’organiser et s’élargir par cercles concentriques, de l’aide individualisée aux tâches remplies par l’Etat, jusqu’à embrasser l’ensemble de notre planète. Pour la réaliser, la société doit également organiser son efficacité. Selon Ruth Dreifuss, deux obstacles existent sur ce chemin, le communitarisme et les solutions purement nationales, «incapables de répondre aux besoins d’une humanité plus nomade».

Une vie «marchandisée»

Riccardo Petrella, professeur d’économie à l’Université catholique de Louvain et fondateur du Groupe de Lisbonne, porte un regard acéré sur la société contemporaine, caractérisée par son individualisme, par une politique en voie de «privatisation», une vie «marchandisée», une logique de conquête et une éthique de la survie. Ses conséquences en sont une «expropriation de la personne, des politiques sociales éclatées et une prise de pouvoir dans l’organisation sociale par le capital en lieu et place du politique». Riccardo Petrella critique la philosophie cette société de soi-disant nomades, construite sur une addition de trajectoires individualisées. L’Europe ne s’est pas donnée de véritable politique sociale. Elle a décidé en mars 2000, à Lisbonne, d’un objectif de compétitivité qui conduit «à la négation de l’autre».

Pour Riccardo Petrella, il est nécessaire de «remettre le politique sur le siège du conducteur de l’auto et de réorganiser le système financier mondial en ôtant au capital le pouvoir de décision en matière sociale». Pour 2020, horizon qu’il juge raisonnable dans le domaine social, le professeur de Louvain plaide pour un droit à la vie des 8 milliards d’individus qui peupleront la planète. Ce droit à la vie passe notamment par le droit à un accès à l’eau, à la terre, à la santé, à l’éducation, à l’alimentation et aux technologies.

Crise de la solidarité

La conseillère d’Etat fribourgeoise Ruth Lüthi s’est exprimée sur l’avenir de la sécurité sociale dans nos régions. Elle estime que nous vivons une crise de la solidarité, bien plus qu’une crise des finances, qui met en danger la sécurité sociale. D’un côté, les citoyens et l’économie exigent toujours plus de l’Etat. De l’autre, on parle beaucoup de responsabilité personnelle. Cette responsabilité ne doit pas se limiter égoïstement à soi. «Le transfert des tâches sociales au privé doit aussi signifier que le privé prend cette responsabilité. Sinon, nous ne parviendrons jamais à une sécurité sociale, tout au plus parviendrons-nous à une sécurité pour les plus forts et pour les riches», a conclu Ruth Lüthi. (apic/com/bb)

16 janvier 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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