Berne: Journée d’étude sur l’intégration des étrangers, un défi pour les Eglises en Suisse

«Nous défendons la primauté des droits individuels.»

Berne, 28 septembre 2005 (Apic) Nous défendons la primauté des droits individuels, par ex. le droit des femmes face au communautarisme. Antonio da Cunha, président du Forum pour l’Intégration des Migrants/es (FIMM) a insisté sur l’importance de la citoyenneté et de l’accès aux droits politiques des immigrés en Suisse comme facteur d’intégration, au cours de la Journée d’étude de migratio à Berne.

migratio, la Commission de la Conférence des évêques suisses pour les migrants, avait réuni mardi 27 septembre à l’Hôtel Ador près d’une centaine de personnes – agents pastoraux, missions linguistiques, commissions de migratio. Au programme: «L’intégration des étrangers, un défi pour les Eglises en Suisse».

Professeur de géographie humaine à l’Institut de géographie de l’Université de Lausanne (IGUL), Antonio da Cunha a clairement défini qu’il intervenait en tant que militant associatif. Engagé dans les associations de migrants, il préside le FIMM, qui regroupe une cinquantaine d’associations d’immigrants de toutes nationalités, cultures et confessions. Préconisant, en matière d’intégration, une «voie médiane», il plaide pour les valeurs que les immigrés partagent avec le pays d’accueil et se fait l’avocat tout à la fois des valeurs démocratiques et de la reconnaissance des différences.

D’origine portugaise, da Cunha a relevé que la politique d’immigration de la Suisse a été longtemps axée uniquement sur une politique de régulation de l’admission de la main d’oeuvre étrangère. Basée sur le court terme, elle a été très longtemps déconnectée d’une politique d’intégration politique et sociale. Depuis un bon bout de temps, les migrants font tout à fait partie du paysage suisse et de sa diversité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse.

Un tiers de la population helvétique est d’origine étrangère

«La Suisse est multiculturelle, plus d’un tiers des élèves dans les classes sont d’origine étrangère et 34% du million et demi d’étrangers vivant en Suisse appartiennent à des confessions et religions autres que les Eglises nationales», relève-t-il. En fait, avec les personnes naturalisées et ayant la double nationalité, un tiers de la population helvétique est d’origine étrangère.

«C’est un fait structurel, notre avenir est commun, nous sommes dans le même bateau», souligne-t-il. Le professeur lausannois déplore cependant que les mouvements xénophobes utilisent la question des étrangers comme un instrument politique et un levier de pouvoir. Un pouvoir politique dans lequel ils se sont installés «grâce à ce fonds de commerce».

Les Eglises ont un rôle majeur à jouer en matière d’intégration des étrangers

Relevant qu’il n’y a pas d’intégration sans correction des inégalités – qui existent aussi dans la population suisse, tient-il à préciser – il relève que la moitié des élèves dans les classes spéciales sont des étrangers de la deuxième génération et que le chômage est en moyenne trois fois plus élevé au sein de la population migrante que parmi la population suisse. Antonio da Cunha estime qu’en matière d’intégration des étrangers, les Eglises ont un rôle majeur à jouer et que le FIMM a de fortes attentes à leur égard.

Cheffe de l’intégration à l’Office fédéral des Migrations à Berne, Katja Dannecker a souligné que la pratique religieuse est pour de nombreux étrangers en Suisse une part importante de leur vie quotidienne. S’ils sont membres d’une communauté religieuse présente en Suisse, cette pratique est pour eux un excellent moyen d’entrer en contact avec le pays d’accueil. Cela concerne en particulier l’Eglise catholique romaine, qui regroupe une grande proportion de ces migrants principalement d’origine italienne, espagnole, portugaise et croate. Ainsi, a-t-elle relevé, elle dispose de relais grâce à un vaste réseau de prêtres, religieuses, catéchistes et aumôniers des missions linguistiques, qui jouent un rôle important de pont pour l’intégration.

350’000 musulmans vivent désormais en Suisse

Evidemment, ces relais ne concernent pas les nouvelles tendances migratoires qui ne viennent pas des pays de culture chrétienne: on estime à 350’000 le nombre de musulmans qui vivent désormais en Suisse. Cette hétérogénéité culturelle croissante demande que l’Etat s’implique davantage dans les politiques d’intégration des étrangers.

Katja Dannecker a remarqué, elle aussi, que pendant longtemps, la Confédération a compris la politique migratoire comme un instrument de régulation du marché du travail. Ces «Gastarbeiter» (travailleurs invités) étaient censés retourner chez eux quand il n’y avait plus de travail dans les secteurs où on en avait besoin, comme la construction, l’hôtellerie, ou la santé. Ainsi, l’intégration n’était pas comprise prioritairement comme une tâche de l’Etat, tout au plus comme celle des privés, employeurs ou syndicats.

«Mais de nombreux saisonniers se sont installés chez nous et ont fait venir leur famille», relève-t-elle, ce qui fait une bonne partie de la croissance des étrangers en Suisse. A cela s’ajoute l’augmentation depuis la moitié des années 80 des requérants d’asile et des réfugiés. Ce qui fait qu’on ne se trouve plus seulement face à une problématique d’immigrés sur le marché du travail, mais véritablement face à la question de l’intégration.

La responsable fédérale reconnaît que l’intégration structurelle (dans le sens de l’accès à la formation et au monde du travail) des immigrés montre aujourd’hui de gros déficits: ainsi, les jeunes avec un arrière plan d’immigration ont beaucoup moins de chance en matière de formation, et cela est particulièrement vrai pour ceux dont les parents viennent du Portugal, de la Turquie et des Etats de l’ancienne Yougoslavie.

Certes, souligne-t-elle, ce n’est pas tant l’appartenance nationale ou à une culture étrangère qui fait problème, mais bien plus la qualification professionnelle et le niveau de formation des parents. De tels déficits ont plus tard des conséquences pour l’accès au marché du travail, et les migrants sont davantage touchés par le chômage et la marginalisation, ainsi que par la pauvreté.

En présentant les trois piliers de la politique d’intégration de la Confédération, Katja Dannecker a plaidé pour une plus grande intégration socioculturelle et politique des étrangers. Elle considère que les Eglises ont, elles aussi, leur rôle à jouer, car du côté de la Confédération, la dimension religieuse doit être laissée de côté, séparation Eglise-Etat oblige. Berne considère toutefois que la pastorale des étrangers peut et doit apporter une contribution active à l’intégration.

Mentionnant la dernière Ordonnance fédérale sur l’intégration des étrangers (OIE), elle a relevé que ces dispositions prévoient le respect de l’ordre juridique et des principes démocratiques, et l’apprentissage d’une langue nationale. Les nouvelles règles concernent aussi le personnel religieux étranger, dont on attend qu’il ait une connaissance de la langue et des valeurs fondamentales de la Suisse.

L’heure de la retraite sonne pour les «Gastarbeiter»

Adjoint à la Commission fédérale des étrangers (CFE), Paul Sütterlin a traité de la vieillesse qui touche désormais les populations migrantes en Suisse. Certes, au début la politique des employeurs et des autorités était de considérer les migrants comme un «volet de main d’oeuvre» conjoncturel. Quasiment personne ne pensait à une immigration permanente. En 1959, seulement 25% des étrangers à l’année restaient en Suisse plus de trois ans. Mais cette politique de rotation s’est révélée illusoire déjà dans les années 60, bien qu’à l’époque la Suisse refusait toujours de se considérer comme un pays d’immigration permanente. C’est pourquoi les autorités renâclèrent longtemps avant d’accepter que les étrangers s’installent à demeure avec leur famille.

Aujourd’hui, cette politique d’intégration réticente a des conséquences sur les institutions sociales. Les rentiers étrangers connaissent ainsi un risque de pauvreté deux fois plus élevé que la population suisse. «A cela s’ajoute le fait qu’au début, relève Paul Sütterlin, la politique suisse d’immigration tâchait davantage de rendre difficile que de promouvoir l’intégration sociale de ces personnes». Pro Senectute, la Croix-Rouge et Caritas, en partenariat avec la CFE et le «Pourcent culturel» de Migros, ont lancé un programme «Age et Migration».

La page internet www.alter-migration.ch représente une plate-forme pour l’échange d’informations, d’indications bibliographiques et d’idées sur ce thème. Depuis cet été, un «bus des migrations» sillonne les routes de Suisse avec du matériel d’information sur la thématique de l’âge et de la migration. Il s’arrêtera par ex. les 11 et 12 novembre prochain à la Résidence pour personnes âgées Les Martinets à Villars-sur-Glâne, près de Fribourg, et les 20 et 21 mars 2006 à la Fondation La Résidence, au Locle.

Ce projet a pour but de faciliter aux migrants âgés de passer leur vieillesse en Suisse dans la dignité et la considération. JB

Encadré

migratio, organe de conseil de la Conférence des évêques suisses pour les migrants

migratio est l’organe de conseil de la Conférence des évêques suisses pour les migrants. Il vise à favoriser la participation des étrangers à la vie religieuse et sociale en Suisse. migratio soutient la pastorale spécifique dispensée aux fidèles de langue étrangère par des prêtres et des laïcs de leur lieu d’origine et aide à établir une communauté ecclésiale composée d’autochtones et de fidèles de langue étrangère.

Dans son activité, migratio met l’accent sur la mission pastorale et les tâches administratives. La Commission pastorale examine les questions relatives à la pastorale et à la diaconie des migrants catholiques et de leurs familles. Elle compte comme membres: 6 délégués des diocèses, les délégués nationaux pour les aumôniers italiens, espagnols, portugais et croates, et le directeur national.

La Commission administrative s’occupe des questions financières concernant la pastorale et la prise en charge religieuse des migrants. Elle compte comme membres: les représentants des organismes cantonaux et des institutions ecclésiastiques, les délégués nationaux pour les aumôniers italiens et espagnols, le directeur national. La Commission sociale s’occupe des problèmes éthico-sociaux, socio-politiques et juridiques dans la pastorale des migrants. Les membres sont des experts nommés par le comité. JB

Encadré

|31.12.2003 |31.12.2004| |Population étrangère en |1 471 |1 495 008 | |Suisse |033 | | |dont des étrangers en possession | |du permis de séjour |370 829 |384 910 | |du permis d’établissement |1 087 039|1 089 379 | |de courte durée >=12 mois | |20 719 | | |13 165 | | |  | |Changement par rapport à |23 721 |23 975 | |l’année précédente | | | |  | |Proportion des étrangers par |20.1% |20.2% | |rapport à la population | | | |suisse | | | |  | |Réfugiés reconnus |24 729 |24 271 | |  | |Demandes d’asile déposées |20 806 |14 248 | |(y compris les naissances) | | |

(apic/be)

28 septembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 7  min.
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