La lutte contre la pauvreté passe par le respect des droits humains
Berne: Journée mondiale du refus de la misère
Bernard Bovigny, Apic
Berne, 17 octobre 2008 (Apic) A l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, Amnesty International et ATD Quart Monde ont donné une voix aux personnes qui luttent quotidiennement pour leur dignité et leur survie. Lors de la rencontre nationale à Berne, le message des deux organisations a notamment été relayé par Christa Rigozzi, Miss Suisse 2006, et par la célèbre comédienne Stephanie Glaser.
«La misère, ça ne devrait plus exister. Mais elle est pourtant présente, et ça me met chaque fois en colère», tempête devant le journaliste venu l’interroger Stephanie Glaser qui, du haut de ses 88 ans, se montre ce jour-là à Berne comme on la voit habituellement sur une scène de théâtre ou à l’écran: simple, directe, entière, prête à s’enthousiasmer pour une cause et à s’emporter. Cette icône nationale – une véritable célébrité outre-Sarine – a prêté son nom, sa voix et ses bras pour la cause défendue vendredi par Amnesty international et ATD- Quart-monde. Au terme de la manifestation, elle s’est mise à disposition, flanquée d’un t-shirt noir et jaune avec l’inscription «Les droits humains ne sont pas arrivés jusqu’à nous!», pour servir la soupe aux participants réunis à la Heiliggeistkirche, l’église ouverte de Berne.
Sur la Place de la Gare, juste à côté, c’est une autre icône nationale, Miss Suisse 2006 Christa Rigozzi, qui s’est engagée pour la même cause en distribuant des carnets de sensibilisation à la misère, que peu de passants, même pressés, n’osaient refuser. «Oui, c’est vrai, je suis souvent sollicitée pour défendre des causes. Et je pense qu’il est important de combattre la misère. C’est pour cela que j’ai accepté. Si je peux donner un message positif, si les gens m’écoutent, alors c’est tant mieux», affirme-t-elle à l’Apic. Durant la partie officielle, elle a prêté sa voix à une Péruvienne qui témoigne de sa lutte pour ne pas faire sombrer sa famille dans la misère.
En plus des quelques centaines de passants qui ont reçu un carnet de sensibilisation ou répondu à un questionnaire sur les causes de la pauvreté, la manifestation nationale à Berne a rassemblé environ 150 participants, venus durant la pause de midi écouter des témoignages et des discours prononcés par les organisateurs et par des représentants de la scène politique. D’autres manifestations régionales ont été organisées dans 25 villes en Suisse dans le cadre de la Journée mondiale du refus de la misère.
La misère, une atteinte aux droits humains
Un message central a accompagné la manifestation centrale à Berne: Le combat contre la misère passe par la lutte pour le respect des droits de la personne. Car depuis plusieurs années, Amnesty International a élargi son action en adoptant une vision plus globale des droits humains. «Les droits sociaux et économiques sont aussi inscrits dans la Déclaration universelle des droits humains. D’ailleurs ceux qui subissent la torture ou sont condamnés à mort sont souvent issus de milieux pauvres. Ils n’ont pas les même moyens que les autres de se défendre», a expliqué à l’Apic Eric Bürki (Amnesty International) principal organisateur de la rencontre à Berne.
Dans les messages des orateurs également, la lutte contre la pauvreté est présentée comme une forme de combat pour le respect des droits fondamentaux. «La pauvreté est le plus grand scandale des droits humains de notre époque», a ainsi déclaré Daniel Bolomey, Secrétaire général de la Section suisse d’Amnesty International.
Selon lui, «le refus de la misère n’est pas uniquement la revendication d’une meilleure rétribution et d’un meilleur partage des richesses. C’est l’exigence de protéger les droits humains fondamentaux.» «Comment en effet accepter que 1,4 milliards de personnes dans le monde vivent dans la pauvreté absolue, selon les chiffres de la Banque mondiale, alors qu’il semble évident de ne pas tolérer que quiconque soit jeté en prison ou torturé pour ses opinions?», a encore lancé Daniel Bolomey.
Edita Vokral, vice-directrice de la Direction de la coopération et du développement (DDC), a montré par l’exemple d’une famille pauvre en Equateur comment les violations des droits humains affectent le quotidien des personnes vivant dans la misère. Le père s’est engagé publiquement pour que ses enfants puissent aller à l’école en bénéficiant d’un soutien de l’Etat, car lui-même n’avait pas l’argent pour financer leur scolarité. Il a alors été à plusieurs reprises personnellement menacé de mort par les élites locales. «Cet exemple montre à quel point les liens entre le respect des droits et la réduction de la pauvreté sont forts», a déclaré Edita Vokral.
La pauvreté reste parfois cachée en Suisse
Le fossé entre pauvres et riches se creuse chaque jour un peu plus, également en Suisse. Malgré tout, la pauvreté reste un tabou. «De nombreuses personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté mais ne révèlent pas leur situation. Elles ne veulent pas s’exposer publiquement, ni elles ni leurs enfants. Ou alors elles ne savent même pas qu’elles auraient droit à un soutien financier», a déclaré Edith Olibet, directrice du Département de la formation, des affaires sociales et du sport à la ville de Berne.
La pauvreté revêt de multiples visages. Elle signifie toutefois en premier lieu l’impuissance de décider de sa propre vie. C’est pourquoi il est déterminant de donner une voix aux personnes concernées, a déclaré Hans-Peter Furrer, président de ATD Quart Monde Suisse. «Nous devons créer des lieux pour permettre aux personnes vivant dans la pauvreté de s’exprimer dans l’espace public et de s’impliquer dans le dialogue de la société», a-t-il lancé. BB
Encadré
La pauvreté, une réalité très présente en Suisse
Selon l’Office fédéral de la statistique, près de 380’000 personnes entre 20 et 59 ans vivaient en 2006 sous le seuil de pauvreté (2’200 frs de revenu par mois pour un ménage / 4’500 frs pour une famille avec deux enfants), ce qui représente près de 9% de la population. Mais d’après les données de Caritas Suisse, ce sont en réalité près d’un million de personnes qui vivent dans la pauvreté en Suisse.
Une étude du Fonds national montre que le nombre de travailleurs pauvres (personnes travaillant à plein-temps mais dépendant de l’aide sociale) est en forte hausse. On estime qu’il s’élève actuellement à 250’000, ce qui fait 600’000 en incluant les autres membres de la famille.
Au niveau planétaire, selon les statistiques de la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant dans une misère absolue, soit avec moins de 1,25 dollars par jour, se monte à 1,4 milliard. Chaque jour, 25’000 êtres humains meurent de sous-alimentation et de maladies causées par une eau impropre à la consommation. 1,2 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et plus du double ne disposent pas d’installations sanitaires.
(apic/bb)



