Le croissant à la même hauteur que la croix

Berne: La Communauté des chrétiens et des musulmans en Suisse fête ses dix ans

Berne, 29 août 2000 (APIC) Pour ses dix ans, la Communauté des chrétiens et des musulmans en Suisse veut intensifier le dialogue entre les deux religions. Elle cherche à faire reconnaître l’islam comme communauté religieuse de droit public, au même titre que les Eglises officielles, et soutient un projet d’institut de théologie islamique.

Selon Samia Osman et Albert Rieger, co-présidents de la Communauté, la reconnaissance de l’islam comme communauté religieuse de droit public constituerait un pas important vers l’intégration des musulmans en Suisse. «Si notre pays ne compte que deux mosquées, l’une à Genève, l’autre à Zurich, il n’en demeure pas moins que la Suisse est une société multireligieuse, où la communauté musulmane avec ses 200’000 membres est la deuxième communauté religieuse du point de vue quantitatif», affirme Albert Rieger dans un communiqué diffusé mardi par l’organisme. «Une cohabitation des membres de communautés religieuses aux droits égaux est incontournable», poursuit-il. «Par analogie aux Eglises nationales et aux communautés juives du canton de Berne, les autres religions, dont l’islam en sa qualité de plus grande communauté non chrétienne, devraient jouir de la reconnaissance de droit public.»

Mosquée et cathédrale côte à côte

La lettre d’invitation aux festivités de la communauté illustre parfaitement la volonté de mettre chrétiens et musulmans sur le même pied. Une mosquée de grandeur respectable côtoie allègrement la cathédrale de Berne. Le croissant situé à la pointe du minaret arrive exactement à la même hauteur de la croix qui prolonge la tour de l’édifice chrétien.

Le processus de reconnaissance ne doit pas être forcé. Par votation populaire, le peuple bernois a massivement rejeté la reconnaissance de droit public de religions tierces, se rappelle la communauté de dialogue islamo-chrétien. Afin d’arriver à ses fins, elle compte sur les chrétiens et les juifs pour jouer un rôle actif dans ce processus. «Les valeurs fondamentales chrétiennes que sont la justice et la paix engagent les Eglises à agir de manière solidaire face aux minorités religieuses», rappelle Samia Osman, soulignant par ailleurs que les musulmans, à l’image des juifs et des chrétiens, reconnaissent Abraham comme père fondateur de la foi.

Morcellement des communautés islamiques

Le morcellement des communautés islamiques en Suisse, fortement axées sur les particularités des pays d’origine, ne simplifie pas le processus de reconnaissance. Mais Samia Osman précise que, si la première génération d’immigrés est fortement marquée par l’origine ethnique ou nationale, les enfants de deuxième génération le sont nettement moins. «Les jeunes turco-suisses sont heureux quand la Turquie gagne un match du championnat d’Europe, explique la représentante des musulmans dans la communauté, mais c’est en Suisse qu’ils se sentent chez eux, et non en Turquie.»

Ce cloisonnement ne constitue pas un motif suffisant pour empêcher la reconnaissance de droit public. Mais il faut que les musulmans de Suisse se donnent une structure démocratique. C’est une condition nécessaire pour être admis dans cette société au titre de communauté, souligne Albert Rieger.

Dans les écoles, hôpitaux et foyers mixtes

Durant ces dix années, l’organisme de dialogue islamo-chrétien s’est employé à instaurer un climat de dialogue et de compréhension dans les écoles, jardins d’enfants, ainsi que dans les hôpitaux et auprès des foyers mixtes chrétiens et musulmans. A cet effet, il a publié une série de brochures consacrées à la famille bi-religieuse, à la présence des musulmans en milieux scolaire et hospitalier, et à la rencontre entre les religions dans la société. Il organise également des célébrations interreligieuses. «Nous avons mené non pas un débat savant, mais un dialogue sur la vie», affirme Samia Osman.

La communauté a également soutenu la création d’un lieu de sépulture musulman à Bâle et à Berne. Une même démarche a échoué à Zurich, «sans toutefois que le projet soit totalement abandonné», précise le communiqué.

Pour un institut de théologie islamique

L’organisme de dialogue islamo-chrétien soutient par ailleurs le projet de création d’un institut de théologie islamique dans une université suisse. Présentée par Farhad Afshar, sociologue à l’université de Berne, cette initiative vise à permettre aux musulmans d’effectuer une formation théologique islamique en Europe. Actuellement, les intéressés sont contraints de se rendre en Egypte ou en Iran, affirme le sociologue. Ce dernier estime que la Suisse, pays sans passé colonial, constitue le lieu idéal pour accueillir un tel institut.

L’université de Berne, après un premier contact, a accueilli ce projet avec prudence. Christoph Müller, doyen de la faculté de théologie protestante, n’émet «pas de réserve fondamentale», mais demande que l’enseignement réponde aux critères scientifiques et que les études de base soient ouvertes aux membres des autres religions, indique le communiqué.

l’Indonésie, le Pakistan et les Emirats arabes unis se seraient déclarés prêts à envoyer des enseignants, en attendant la relève européenne.

Initiative des Eglises rééformées de Berne – Jura

La communauté des chrétiens et des musulmans en Suisse a vu le jour en décembre 1990, suite à un colloque organisé par le secteur œcuménisme mission et développement des Eglises réformées Berne – Jura. Elle compte des représentants d’Eglises reconnues, d’institutions islamiques, de groupes ethniques et d’associations bi-religieuses, ainsi que des membres individuels.

A l’occasion de ses dix ans, elle organise un colloque qui réunira, le 2 septembre à Berne, Elsayed Eshahed, professeur des sciences de l’Islam à l’université Al Azhar au Caire, et Karl-Joseph Kuschel, professeur à la Faculté de théologie à l’université de Tübingen. Les deux invités débattront sur le thème «De la nécessité d’un dialogue ente chrétiens et musulmans d’aujourd’hui». (apic/com/bb)

29 août 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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