Berne: La Conférence des évêques suisses interpellée par les réactions à «Dominus Iesus»
Le document de Ratzinger ne menace pas les efforts œcuméniques
Berne, 7 septembre 2000 (APIC) Le nouveau document romain «Dominus Iesus» n’est pas blessant pour les non-catholiques et ne menace «nullement les efforts œcuméniques ni le dialogue inter-religieux», a déclaré jeudi à Berne la Conférence des évêques suisses (CES). Dans les milieux protestants suisses, l’on se dit «consterné» et l’on ne cache pas un sentiment d’amertume devant ce qui est perçu comme un «recul de l’oecuménisme».
La traditionnelle conférence de presse d’automne de la CES a en effet été dominée par les réactions généralement négatives suscitées par cette importante déclaration – approuvée explicitement par le pape Jean Paul II – publiée mardi par le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi. L’un des signes tangibles de la poursuite de la collaboration œcuménique en Suisse, a souligné Mgr Amédée Grab, évêque de Coire et président de la CES, est la publication commune le 1er septembre 2001 du «Message des Eglises» sur l’avenir social et économique de la Suisse.
La CES aurait certainement préféré parler de l’enthousiasme suscité par les JMJ
La CES aurait certainement préféré surfer sur la vague d’enthousiasme suscité par les JMJ de Rome plutôt que de devoir commenter devant les médias les récentes controverses provoquées successivement par la béatification du pape Pie IX, la note théologique sur l’expression «Eglises sœurs» et la «Déclaration ’Dominus Iesus’ sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Eglise». Les deux derniers documents – la «note» n’a pas la même valeur que la «Déclaration», précise Mgr Grab – ont été allègrement amalgamés au sein de l’opinion publique.
Ces documents, qui veulent répondre à certaines publications théologiques dans les milieux catholiques, s’adressent aux fidèles catholiques pour stimuler leur réflexion. Adressée aux Conférences épiscopales le 30 juin dernier, la note sur «les Eglises sœurs» est notamment destinée àà baliser le dialogue avec les Eglises orthodoxes et ne concerne pas les Eglises protestantes issues de la Réforme, tandis que le document «Dominus Iesus» est destiné au dialogue inter-religieux. Mgr Grab précise qu’il parle de l’unicité du salut et de l’Eglise dans la perspective de l’universalité mais pas dans la perspective du dialogue œcuménique entre chrétiens.
Les Eglises et communautés séparées de Rome souffrent de «déficiences»
D’après le nouveau document romain, les fidèles catholiques sont tenus de professer qu’il existe une continuité historique entre l’Eglise instituée par le Christ et l’Eglise catholique: «En effet, cette unique Eglise du Christ, c’est dans l’Eglise catholique qu’elle se trouve, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui». Même si elles souffrent de «déficiences», les Eglises et communautés séparées de Rome «ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut».
La déclaration rappelle, l’adresse des Eglises protestantes issues de la Réforme, que «les communautés ecclésiales qui n’ont pas conservé l’épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique ne sont pas des Eglises au sens propre du terme.» A propos des Eglises protestantes, que le Concile appelle déjà clairement «communautés ecclésiales» et pas «Eglises», Mgr Grab précise que la pratique immédiate ne pourra guère changer: «On ne pourra pas donner un autre nom au Conseil œcuménique des Eglises que celui qu’il s’est donné lui-même! Il en va de même pour la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse. Si on nous demande si les Eglises issues de la Réforme sont en toute plénitude, selon la foi catholique, des ’Eglises’, nous dirons qu’en elles ne subsiste pas la plénitude des moyens de salut. Cette dernière est en effet liée à la succession apostolique et à la plénitude des sacrements. Mais ceci ne nous oblige en aucune manière à restreindre le dialogue œcuménique. «
La CES, «très surprise» des réactions et commentaires dans les médias et l’opinion publique, est certainement décidée à poursuivre le dialogue et la collaboration avec les autres Eglises chrétiennes et communautés religieuses. Pour Mgr Grab, les évêques suisses constatent que cette déclaration «ne présente aucun élément nouveau», car l’on retrouve cette doctrine déjà dans les textes du Concile Vatican II (Nostra Aetate, Lumen Gentium, Gaudium et Spes, Dei Verbum).
La déclaration romaine n’exclut personne
La déclaration romaine, si elle rappelle l’unicité de Jésus-Christ, n’en nie pas pour autant «les valeurs authentiques contenues dans d’autres religions» et le salut n’est pas réservé aux seuls catholiques, insiste-t-il. «Ce document n’exclut personne, puisque même là où il parle des traditions religieuses du monde les plus éloignées du christianisme, il dit que chacun et chacune peut arriver au salut en suivant sa conscience…». Reste à convaincre les fidèles – catholiques et non-catholiques – qu’il ne s’agit là somme toute que de la réaffirmation, à l’usage interne des catholiques, de positions conformes à l’enseignement catholique traditionnel et non pas de signes avant-coureur d’autres «recentrages». (apic/Jacques Berset)



