Le droit à l’oubli n’est pas absolu

Berne: Le Conseil suisse de la presse a examiné les affaires de pédophilie dans l’Eglise

Berne, 13 juin 2008 (Apic) C’est suite à l’acharnement médiatique dont il a été victime qu’un prêtre s’est donné la mort en février dernier. Le Conseil suisse de la presse a pris l’initiative d’examiner le récent traitement par la presse des affaires de pédophilie dans l’Eglise. Il en a conclu que les médias ont eu raison de se pencher sur ces cas. Berne: Le Conseil suisse de la presse a examiné les affaires de pédophilie dans l’Eglise.

L’affaire avait pris une importance particulière en Suisse Romande. Elle a été déclanchée en janvier 2008 par «Le Matin Dimanche», qui a révélé qu’un prêtre a réintégré une paroisse sur Neuchâtel après avoir démissionné de sa fonction en raison d’une plainte pour acte pédophile, qui a débouché sur un non-lieu en raison d’une prescription. Le journal ne révèle ni l’identité, ni le lieu d’activité du prêtre en question.

Puis, plusieurs journaux français et romands révèlent qu’un autre homme d’Eglise, un capucin, a récidivé en France après y avoir été déplacé en raison d’accusations de pédophilie en Suisse. Dès lors, une tempête médiatique se déclenche en Romandie. Un Neuchâtelois lance une «traque» à l’encontre du prêtre en place dans son canton. Le sujet est repris fin janvier par «Le Matin Bleu», qui donne la parole au blogueur. Trois jours plus tard, le prêtre en question se donne la mort. Dans une émission de la TV romande, Mgr Bernard Genoud lance: «Parfois, la rumeur tue!». La famille du prêtre, quant à elle, accuse les médias de «odieux lynchage».

Les cas de pédophilie sont d’intérêt public

Dans son communiqué diffusé le 13 juin, et présenté en conférence de presse à Berne par son président Dominique von Burg, le Conseil suisse de la presse composé de 21 membres souligne que «la manière dont une institution comme l’Eglise catholique gère, ou a géré par le passé, les cas des prêtres pédophiles est d’intérêt public». Plus problématique est cependant «l’emballement» qui s’en est suivi dans les médias romands au début 2008. «Mais de tels phénomènes sont le corollaire de la liberté de la presse, dont l’importance centrale pour la société démocratique n’est pas contesté», rappelle le Conseil de la presse.

Dominique von Burg a expliqué devant la presse qu’après une condamnation – ou un non-lieu – les accusés ont le droit d’être «laissées en paix» par les médias au bout d’un certain temps. Mais ce principe appelé «droit à l’oubli» n’est pas absolu. «Dans le cas du prêtre qui s’est donné la mort à Neuchâtel, il y avait une relation entre la procédure judiciaire antérieure et l’activité professionnelle actuelle au sein d’une paroisse. Et les médias auraient rendu compte de manière proportionnée, car le prêtre n’était pas reconnaissable hors de son cercle familial ou professionnel, et les éléments d’identification étaient pertinents en regard de la question débattue», souligne le conseil de la presse dans son communiqué.

La chasse à l’homme est allée trop loin

En revanche, la «chasse à l’homme» pratiquée par un blogueur romand est allée beaucoup trop loin, reconnaît-il. Mais l’auteur n’étant pas journaliste, il ne peut pas être condamné par le Conseil de la presse. Par ailleurs, s’il est légitime de rendre compte de ce blog comme phénomène social, «les journalistes devraient veiller à ne pas entrer dans le jeu d’un tel blog ni à promouvoir des ’chasses aux sorcières’», affirme le Conseil de la presse.

Le Conseil de la presse a cependant souligné que l’Eglise catholique n’était pas totalement innocente dans l’ampleur prise par ces affaires. Par exemple, l’évêché de Sion avait déclaré à la mi janvier ne pas avoir connaissance de cas de pédophilie dans le diocèse. Or, un tel cas est révélé peu après par la presse romande. Le Conseil de la presse accuse l’Eglise catholique d’avoir «minimisé, et même dissimulé» des cas de prêtres pédophiles. Il faut savoir que dans notre société actuelle médiatisée, les «événements marquants» peuvent prendre de l’importance par un effet d’avalanche. (apic/com/gs/bb)

13 juin 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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