Défense et illustration de la nouvelle loi sur l’asile
Berne: Le conseiller fédéral Christoph Blocher rencontre les médias chrétiens de Suisse
Jacques Berset, agence Apic
Berne, 13 juin 2006 (Apic) La révision partielle de la loi sur l’asile, soumise au peuple suisse le 24 septembre prochain, ne touche aucunement les vrais requérants d’asile. C’est du moins ce qu’assure le conseiller fédéral Christoph Blocher. Le chef du Département fédéral de justice et police a reçu mercredi au Café fédéral à Berne une dizaine de représentants de la presse confessionnelle – catholique et protestante – de toute la Suisse.
Pendant plus de deux heures, le chef du Département fédéral de justice et police a plaidé en faveur de la révision de la loi sur l’asile et de la loi sur les étrangers, assurant que seuls les «faux réfugiés» qui profitent de notre système en pâtiraient, pas les vrais réfugiés. Le tribun zurichois estime que jusqu’à maintenant la législation a permis trop d’abus, et cela est en partie dû au fait que nous avons tous en tête les cas individuels litigieux de la dernière guerre mondiale. «Mais cela n’avait rien à voir avec l’immigration de masse à laquelle nous devons faire face aujourd’hui». (1).
Le ténor de l’UDC a mis en garde à cette occasion les Eglises contre la tentation de faire de la politique: elles doivent faire attention quand elles entrent dans ce champ même s’il est plus intéressant, insiste-t-il. «Sinon cela ne me gêne pas que les Eglises prennent position sur des problèmes politiques, elles peuvent faire ce qu’elles veulent».
En ce qui concerne l’Eglise évangélique réformée du canton de Zurich, son Eglise, a-t-il poursuivi, «ce que je trouve un peu délicat, c’est lorsqu’elle n’accomplit plus sa mission d’annoncer l’Evangile parce qu’elle fait de la politique». Mais les Eglises, en insistant sur l’amour du prochain et en critiquant la nouvelle loi sur l’asile, ne font que leur devoir, a rétorqué le pasteur Matthias Herren, rédacteur responsable du Kirchenbote (2) de Zurich.
«Je lis aussi le Kirchenbote .J’ai des points d’interrogation quant à savoir si vous prêchez vraiment la parole de Dieu ou si vous ne préférez pas faire autre chose. Mais je ne suis pas venu ici pour critiquer le Kirchenbote. Je n’ai rien contre le fait que vous diffusiez la parole de Dieu, mais dites-moi ce qu’il y a contre l’amour du prochain dans ces deux révisions de loi? Dites-le moi, car moi aussi je suis pour l’amour du prochain, pas seulement pour en parler, mais aussi pour agir !»
A la question de l’Apic sur le malaise qu’il ressent à l’égard des Eglises – qui combattent la révision – Christoph Blocher estime qu’il est très bien que les Eglises soient «humanitaires». Mais «qui est humanitaire ? Celui qui fait quelque chose ou celui qui ne fait que parler ?» D’autre part, relève-t-il, les gens d’Eglise, comme les membres de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, ne sont pas élus par le peuple, «en tout cas pas par moi en tant que membre d’une paroisse.»
Oui au bon Samaritain, mais pour les vrais réfugiés!
Le conseiller fédéral se dit aussi favorable au fait que l’on joue les bons Samaritains. «Je n’ai rien contre. Je ne vois pas cependant, dans cet Etat, qui ne serait pas accepté alors qu’il chercherait un abri au bord du chemin. Mais en ce qui concerne la loi sur l’asile, elle a été faite pour ceux qui sont en grave danger dans leur pays. Ceux-ci doivent être accueillis sans exceptions, qu’ils aient un passeport ou non.»
L’Etat doit tout de même se poser cette question: pouvons-nous accueillir tout le monde ? Par ex. les Africains, étant donné la situation dans laquelle ils vivent, pourraient-ils tous venir librement en Suisse?
«C’est une question éthique difficile, admet-il, mais ce n’est pas possible. Tous les pays d’Europe doivent répondre à cette question négativement, nous ne sommes pas en mesure de tous les recevoir! Nous devons nous limiter aux personnes réellement persécutées.»
L’évêque de Coire – que Christoph Blocher dit bien connaître – le lui aurait aussi dit: «on ne peut pas tous les recevoir!». Le conseiller fédéral admet que c’est là une tâche très dure, mais il est nécessaire de renvoyer les requérants quand ils ne sont pas admis en Suisse, sinon l’Etat perdrait tout contrôle.
S’adressant à l’abbé Michel Salamolard, directeur éditorial des bulletins «Paroisses Vivantes», le chef du Département fédéral de justice et police souligne que de nombreux faux réfugiés ont des trucs pour faire durer leur séjour, comme ne pas dire leur nom, donner une fausse identité, une fausse provenance, détruire leurs papiers. «Il faut diminuer les abus, sans toucher les vrais réfugiés, pour que nous restions crédibles.Mais aujourd’hui, l’idiot, c’est celui qui montre ses papiers!»
Il est intéressant de noter que la grande majorité des vrais réfugiés acceptés ont des papiers, tandis que les autres – 80% d’entre eux – n’ont pas de papiers. Et ce n’est pas seulement le cas en Suisse, affirme-t-il. Pour les détecter, les collaborateurs de l’Office fédéral des réfugiés (ODR) doivent développer toutes sortes de stratégies, et cela peut durer des années. «Il faut souligner qu’en Europe, la Suisse est l’un des pays, par tête d’habitants, qui accepte le plus de réfugiés».
L’immigration clandestine est une véritable «industrie»
Quand la Confédération a décidé de diminuer l’aide – en attribuant seulement une aide d’urgence – aux requérants déboutés, souligne Christoph Blocher, les Eglises et les oeuvres d’entraide sont intervenues: ces gens vont atterrir à la rue, devenir des criminels. «Il y a même proportionnellement moins d’actes criminels commis par des personnes sous le coup d’une décision de non-entrée en matière que par des requérants d’asile globalement.» Alors que les Eglises prétendaient qu’il y aurait des gens mourant de faim suite à ces décisions, l’Office fédéral des migrations a été chargé de recenser de tels cas. «Je n’ai reçu aucun retour des Eglises sur de tels cas, il n’y en a pas», affirme-t-il.
Le chef du Département fédéral de justice et police rappelle que l’immigration clandestine est une véritable «industrie»: des pauvres gens arrivent en masse d’Afrique sur des rafiots, en payant à des passeurs des sommes très élevées, des milliers de francs, qu’ils doivent ensuite rembourser coûte que coûte. De plus, tous ceux qui ne sont pas acceptés en Suisse ne sont pas renvoyés, car il y a des cas de force majeure: problèmes de santé, de transport, etc. En fait, près de 30% ne peuvent être renvoyés sur le champ pour diverses raisons.
«De toute façon, un renvoi n’est pas une chose prise à la légère, et on ne peut pas se permettre de fautes». Même si les procédures sont suivies consciencieusement, il y a tout de même des cas de renvoi qui se sont soldés par des arrestations au retour. «C’est finalement le Parlement qui a voté cette loi, et je demande à tous ceux qui la critiquent de m’en proposer une meilleure!» JB
Encadré
Une philosophie: il vaut mieux ne rien faire qu’intervenir dans le tiers-monde
Interrogé par l’Apic sur la nécessité de l’aide au développement pour que les populations pauvres disposent chez elles d’infrastructures et ne soient pas poussées à émigrer, Christoph Blocher se demande pourtant si une telle aide apporte vraiment quelque chose. A son avis, il faut industrialiser ces pays et créer des places de travail.
«Mais la question est de savoir si l’on peut le faire depuis l’extérieur, si les personnes ne le veulent ou ne le peuvent pas. J’ai des doutes, car on ne peut pas forcer les gens, c’est une question de mentalité. C’est très difficile, j’ai construit de nombreuses fabriques à l’étranger, dans le cadre des affaires. Mais il y a des pays où cela ne sert à rien, au bout d’une année, on n’a plus que des baraques! Ce n’est pas le cas en Chine, mais ailleurs.»
A l’appui de sa vision, le conseiller fédéral Christoph Blocher mentionne l’aide qu’il avait alors apportée en tant qu’entrepreneur – il s’agit de millions de francs – pour l’hôpital et l’école de sages-femmes de Kumasi, au Ghana, une initiative de la Mission de Bâle. Sa soeur Sophie Blocher a bâti cet hôpital au début des années 60. Pour lui, l’expérience n’a pas été concluante: l’hôpital ne fonctionne plus depuis que les Blancs – la Mission de Bâle – se sont retirés. Aujourd’hui décédée, sa soeur Sophie était devenue à son retour en Suisse pasteure à Muttenz, tout en fondant le home pour sans abri «Zur Eiche» à Birsfelden (Bâle-Campagne). JB
(1) La Conférence des évêques suisses, faisant part de ses réserves face à la révision de la loi sur l’asile et de la loi sur les étrangers, soumise au peuple suisse le 24 septembre 2006, a décidé de la refuser. Consultant Caritas et migratio (la commission de la Conférence des évêques suisses pour les migrants), la Commission «Justice et Paix» a préparé un dossier – avec une liste de positions et d’arguments – qui sera remis ces prochaines semaines aux paroisses.
(2) Le journal édité par l’association des pasteurs réformés du canton de Zurich
Chef du Département fédéral de justice et police, le conseiller fédéral Christoph Blocher est né le 11 octobre 1940 à Schaffhouse, a grandi à Laufen am Rheinfall. Après un apprentissage dans l’agriculture, il a étudié à Zurich, Montpellier et Paris, obtenant en 1969 une licence en droit, puis, en 1971, le doctorat. En 1969, il a été engagé dans la division juridique d’EMS-CHEMIE SA (autrefois Emser Werke SA), avant de devenir actionnaire majoritaire et enfin, en 1984, président et délégué du conseil d’administration d’EMS-CHEMIE HOLDING SA. Il fut président de l’UDC (Union démocratique du centre) zurichoise et de l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre). De 1979 à 2003, il a siégé au Conseil national, avant d’être élu au Conseil fédéral le 10 décembre 2003.
Des illustrations de cet article peuvent être commandées à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch Dorénavant, les photos de CIRIC peuvent être commandées automatiquement par internet sur le site www.ciric.ch (apic/be)



