Quand l’OMC arbitre, c’est 10 à 0 pour les pays riches
Berne: Les oeuvres d’entraide dénoncent des règles du jeu faussées du commerce mondial
Jacques Berset, APIC
Berne, 1er septembre 2003 (Apic) Quand l’OMC arbitre le match, c’est 10 à 0 pour les pays riches; quand on respecte les règles du fair-play, le match devient plus équilibré et les pays en développement ont toutes leurs chances. Mardi, dans un stade miniature planté en plein centre de la gare de Berne, les oeuvres suisses d’entraide en ont fait la démonstration en changeant les règles lors de deux courts matchs de foot auxquels ont participé des athlètes de haut niveau, comme Donghua Li, le champion olympique suisse du cheval d’arçon.
A la veille de la cinquième Conférence ministérielle de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qui se tiendra à Cancun, au Mexique, du 10 au 14 septembre prochain, les oeuvres suisses d’entraide – Pain pour le prochain et Action de Carême en tête – entendaient dénoncer des règles du jeu faussées au détriment des pays pauvres.
Avec beaucoup de créativité, les deux ONG partenaires ont lancé sur la place publique la campagne de récolte de signatures pour la pétition «Le commerce au service des personnes». Elle réclame des accords commerciaux équitables tenant compte des droits de l’homme, du droit à l’alimentation pour tous, de l’accès à l’eau, à l’éducation, aux soins de santé et à l’information, ainsi que la régulation des entreprises transnationales, bien plus puissantes que les gouvernements nationaux.
Cette récolte de signatures relaie au plan suisse celle de l’Alliance oecuménique «Agir ensemble» qui rassemble au niveau mondial plus de 80 Eglises et organisations oecuméniques. La campagne a débuté le 1er septembre en Suisse, Allemagne, Grande-Bretagne, Norvège, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et plusieurs pays latino-américains.
Des vedettes sportives de haut niveau se sont prêtées au jeu
Des vedettes sportives de haut niveau se sont prêtées au jeu en participant à une petite compétition pleine d’obstacles pour illustrer le déséquilibre patent du commerce mondial. Donghua Li – affublé d’un lourd sac à dos militaire et de chaussures de montagne – portait les couleurs jaunes de l’équipe des pays en développement, aux côtés d’un réfugié algérien et d’une athlète bâloise d’origine africaine.
En face, pour les pays industrialisés, des athlètes aux équipements de sport professionnels emmenés par Erich Hänzi, ex-joueur du Young Boys, et Roberto Triulzi, ex-joueur du hockey club Berne. Avant même que la partie ne commence officiellement, deux buts avaient déjà été attribués à l’équipe aux maillots blancs. Le commentaire politico-sportif était assuré par le conseiller national socialiste Rudolf Strahm, qui soulignait à chaque fois les fautes non sifflées en faveur du Sud, le but annulé injustement, les cartons jaunes contre les plus faibles, un total manque de «fair-play» à l’image du commerce international.
A la veille de Cancun, la campagne «Le commerce au service des personnes»
Lors d’une deuxième partie, sans entraves cette fois-ci, l’équipe des pays en développement a gagné 2 à 1 «à la loyale». Occasion pour Donghua Li de souhaiter que tous sur terre aient accès aux biens de première nécessité, qui ne doivent être ni privatisés ni accaparés par quelques-uns.
L’ancien hockeyeur Roberto Triulzi, directeur sportif du SC Bern, a souhaité que les règles du sport – où en principe personne ne devrait pouvoir s’octroyer un avantage déloyal comme c’est le cas aujourd’hui dans le commerce international – servent de modèle pour les Etats et les entreprises privées.
«C’est pour changer les choses que j’adhère à cette campagne des oeuvres d’entraide. Fair-play dans le sport, fair-play dans le commerce international, telles sont les valeurs dans lesquelles je me reconnais», a- t-il lancé lors de la conférence de presse organisée au milieu du mini- stade improvisé.
A Cancun, le Conseil fédéral doit s’engager pour un véritable «round du développement», a souhaité de son côté le parlementaire fédéral Heiner Studer, président de Pain pour le Prochain. Car pour le conseiller national du Parti Evangélique suisse, croire que la mondialisation du commerce peut être le garant d’un développement au service des individus et du bien-être commun «tient de l’illusion». Ainsi, relève-t-il, ces 30 dernières années, la libéralisation des marchés s’est traduite pour l’Afrique par un recul de 6 à 2% de sa part au commerce international.
Ouverture pour les marchés étrangers, protectionnisme à la maison
Heiner Studer, qui a salué le fait que la Confédération se soit engagée pour la prise en compte par l’OMC d’aspects non commerciaux comme la sécurité alimentaire ou la sauvegarde de la biodiversité, a toutefois regretté le silence de la Suisse officielle concernant les subventions à l’exportation. Ainsi la Suisse n’a pas dénoncé la politique de subventionnement du coton pratiquée par le gouvernement américain en faveur de ses producteurs, et qui accule les producteurs africains au bord du gouffre.
«Cette attitude est d’ailleurs en complète contradiction avec l’ouverture des marchés demandée par ce même gouvernement dans le domaine de l’agriculture!». Belle illustration des règles inéquitables imposées par les puissants aux pays pauvres. Et ce sont les femmes, qui assurent dans certaines régions du monde entre 60 et 70% du travail agricole et de l’approvisionnement alimentaire, qui sont les premières à souffrir des effets de la libéralisation des échanges, a relevé pour sa part la conseillère nationale verte Franziska Teuscher. (apic/be)



