24’000 bougies contre le Forum économique mondial
Berne: Manifestation des Missionnaires de Bethléem sur la Place fédérale
Georges Scherrer, de l’agence APIC
Berne, 1er février 2002 (APIC) Les Missionnaires de Bethléem ont allumé jeudi soir 24’000 bougies sur la place fédérale à Berne. Ils ont ainsi protesté contre le Forum économique mondial, ouvert le même jour à New York par le président de la Confédération Kaspar Villiger.
«C’est très joli», lâche une passante à son ami, et tous deux contemplent le spectacle. Beaucoup de Bernois se rendant aux ouvertures nocturnes des magasins suivent ce même exemple et s’arrêtent devant cette mer de bougies placée au pied du Palais fédéral et de la Banque nationale suisse. Des automobilistes ralentissent ou s’arrêtent même pour prendre le papillon distribué par les collaborateurs des Missionnaires de Bethléem. Un touriste se renseigne en anglais auprès d’un homme portant un grand paquet de feuilles rouges: «Que se passe-t-il? Pourquoi toutes ces bougies sur cette place?» Patients, les organisateurs expliquent aux nombreux curieux le sens de leur action, résumée sur une banderolle: «Lebensgrundlagen für alle schaffen» (créer des conditions de vie acceptables pour tous).
Cette pensée est soutenue par les 24’000 bougies, allumées en près de deux heures par une centaine de personnes. Placées dans un carré de 40 mètres de côté, elles illustrent les 24’000 êtres humains, dont 18’000 enfants de moins de 5 ans, qui périssent chaque jour des conséquences de la pauvreté selon les chiffres de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’agriculture). En une année, la pauvreté fait donc près de 9 millions de victimes.
«Les bougies constituent un signe visible d’une réalité insaisissable», affirme Annalisa Kuhn, responsable du département communication chez les Missionnaires de Bethléem à Immensee. Les collaborateurs des Missionnaires ont été confrontés dans le cadre de leur activité dans les pays pauvres aux décisions qui privilégient ceux qui possèdent déjà beaucoup et ne tiennent pas compte de ceux qui doivent en supporter les conséquences, a souligné à l’APIC la porte-parole de la communauté basée à Immensee. L’augmentation du capital et du profit a ses revers; quelqu’un doit bien en supporter les conséquences.
Le Forum économique de Davos est une rencontre informelle et, de ce point de vue, n’a aucune légitimation pour prendre des décisions sur la marche du monde – ce qui est du ressort de l’ONU. C’est pourquoi les organisateurs ont tenu à centrer leur action à Berne, capitale de la Suisse, le jour même où les autorités fédérales participent à l’ouverture du Forum économique mondial.
Manifestation soutenue par 40 organisations et 60 groupes
La manifestation est soutenue par près de 40 organisations et 60 groupes de solidarité. Son message principal passe par deux appels. D’abord le gouvernement suisse doit s’engager, dans le cadre de l’OCDE (Organisation de coopération et développement économique), à diminuer de moitié la pauvreté dans le monde jusqu’en 2015. Ensuite, il doit introduire la taxe- Tobin sur les transactions financières pour l’aide aux citoyens.
Les Missionnaires de Bethléem ont également exprimé lors de la manifestation leur solidarité avec le Forum social de Porto Alegre et l’organisation «Public Eye on Davos in New York». Les opposants au Forum de Davos se trouvent devant le même type de travail sans fin que Sisyphe. La manifestation sur la Place fédérale en est le signe: plusieurs personnes ont assuré une permanence jusqu’à la fin de l’action, allumant inlassablement les bougies éteintes par le vent qui a soufflé sur la capitale.
Annalisa Kuhn explique que les bougies ont été choisies car elles illustrent la force, mais aussi la mort. Elles procurent la chaleur. Elles symbolisent les adieux, par exemple lorsqu’elles sont placées sur les tombes. «Elles nous rappellent que notre devoir n’est jamais terminé», affirme la porte-parole des Missionnaire de Bethléem en faisant allusion aux nombreuses victimes de la pauvreté. Les bougies expriment la tristesse, selon elle, en constatant qu’il y aurait pourtant assez de ressources dans le monde pour permettre à chacun de vivre dignement.
Cela peut paraître étrange qu’une organisation, qui s’engage si discrètement dans le tiers-monde, entreprenne une action devant le Palais fédéral en utilisant des moyens très médiatiques. «C’est peut-être nouveau, souligne Annalisa Kuhn, mais les collaborateurs considèrent que leur activité dans le tiers-monde a également une dimension politique». L’action des bougies entreprise par les Missionnaires de Bethléem constitue également une ouverture vers les laïcs. Depuis une année, la Mission est dotée d’une nouvelle organisation, qui donne davantage la parole aux laïcs.
L’action menée à Berne rend visible la nouvelle impulsion de la société missionnaire. «Elle est animée d’un nouvel esprit. Et nous avons un devoir, qui devient toujours plus important dans le monde. Dans tous les cas, ces 24’000 bougies sont un signe d’espoir et une invitation à tisser des relations et à nous engager dans la vie politique», affirme avec conviction Annalisa Kuhn.
Les illustrations de ce reportage sont à commander à l’agence CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne.
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