menacés d’expulsion trouvent asile dans les églises

Berne: plus d’une centaine d’Albanais du Kosovo (280993)

«Un renvoi est impensable»

Résistance d’une vingtaine de communautés réformées et catholiques?

Berne, 28septembre(APIC) Plus de cent Albanais du Kosovo dont le renvoi

dans leur pays a été fixé au 15 septembre pour certains et au 30 du même

mois pour les autres, ont trouvé asile dans des communautés protestantes et

catholiques bernoises. En cas de danger ces personnes seront conduites dans

les églises afin de les protéger de l’assaut de la police. «Nous ne sommes

pas pour la confrontation», assure Franziska Bangerter-Lind, membre de

l’Office pour les migrants de l’Eglise évangélique réformée Berne-Jura.

«Mais nous allons vers une résistance renforcée contre la pratique actuelle

de l’asile».

Une vingtaine de communautés réformées et catholiques des villes de Berne, Bienne, Spiez et Müchenbuchsee se sont engagées dans la protection active des Albanais du Kosovo menacés d’expulsion, a expliqué à l’APIC Remzi

Reka, membre du comité de coordination. Le nombre des Albanais protégés par

les Eglises ne peut être précisé car il évolue chaque jour. En tout quelque

270 d’entre eux sont sous le coup d’une décision d’expulsion.

La paroisse catholique Ste-Marie de Berne-Ostermundigen est une de celles qui participent à l’action. Le Conseil paroissial accueille dans le

centre paroissial une famille kosovar établie auparavant à Interlaken. Les

parents et leurs enfants auraient dû quitter la Suisse le 15 septembre.

«Nous réfléchissons à l’idée de les héberger dans l’église proprement dite.

Nous avons des raisons de penser que la «gêne» pour un engagement policier

sera plus grande dans une église que partout ailleurs», a déclaré à l’APIC

Urs Rehmann, assistant pastoral. La paroisse n’ignore cependant pas que

l’église ne constitue pas un asile absolu et que la police peut y entrer à

tout moment pour y chercher des gens. «Mais il s’agit d’une pression morale

que nous voulons construire». Le Conseil paroissial élargi soutient l’action. Il a informé les gens de la paroisse et mis sur pied une équipe d’entraide.

Les études de Caritas et d’autres informations témoignent clairement

qu’un renvoi des Albanais du Kosovo ne peut être exigé, estiment les résistants. «Nous espérons qu’il y aura une table ronde entre les autorités et

les oeuvres d’entraide pour chercher de nouvelles solutions».

Que feront ces communautés en cas d’assaut de la police? «Chaque communauté décidera elle-même si elle veut protéger les requérants par un cordon

humain, les faire passer dans la clandestinité ou si un retour dans la dignité est possible», explique Franzsika Bangerter-Lindt. «Nous savons que

c’est illégal, mais nous avons le sentiment que dans cette situation, nous

devons prendre clairement position. Nous avons, comme la Bible l’exige pris

position pour les faibles.»

Soutien de Caritas Suisse

Caritas Suisse précise de son côté qu’elle n’est pas impliquée directement dans ces actions, mais qu’elle se tient au courant et qu’elle partage

les préoccupations de ces communautés. «Les Albanais à l’exception des délinquants, ne doivent pas être renvoyés», soutient Mario Gattiker, chef du

service juridique de Caritas Suisse à Lucerne. Les oeuvres d’entraide sont

intervenues plusieurs fois dans ce sens.

Sur le plan politique les conseillers nationaux Vital Darbellay (PDCVS), François Loeb (rad/BE) et Cécile Bülhmann (Verts/LU) ont demandé un

nouvel examen de la situation. Le 20 août, la Commission des droits de

l’homme de l’ONU a constaté qu’il existait une politique de purification

ethnique au Kosovo. Les autorités doivent se rendre compte qu’il ne s’agit

pas de n’importe quel groupuscule demandant l’asile, mais que la situation

est actuellement particulièrement dramatique, souligne Mario Gattiker. En

citant en guise de conclusion un passage du nouveau «Catéchisme de l’Eglise

catholique»: «Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les

prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux

exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux

enseignements de l’Evangile» (2242). (apic/gs/mp/pr)

29 septembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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