Signée par 110 conseillères et conseillers nationaux
Berne: Postulat en faveur d’une Conférence nationale sur la pauvreté
Berne, 18 mars 2005 (Apic) Un postulat demandant une conférence nationale sur la pauvreté, une fois par législature, a été déposée le matin du 18 mars à la Chancellerie nationale à Berne. La pauvreté en Suisse reste une question brûlante. Elle est toujours présente, mais peu prise au sérieux, ont affirmé les signataires, dont cinq associations humanitaires et 110 conseillères et conseillers nationaux.
«Un fait exceptionnel», a commenté à l’Apic le porte-parole d’ATD- Quart-Monde, Olivier Gerhard, en soulignant que le postulat a reçu l’adhésion de 110 conseillers nationaux sur 200, soit la majorité. Des signataires de chaque parti politique et de chacune des cinq associations ont présenté cette initiative le 18 mars à Berne devant la presse, après avoir déposé le document à la chancellerie fédérale.
Le postulat a été remis par les six conseillères et conseillers nationaux Christine Egerszegi (AG, PRD), Brigitta Gadient (GR, UDC), Maya Graf (BL, Verts), Dominique De Buman (FR, PDC), Stéphane Rossini (VS, PSS) et Heiner Studer (AG, PEV). Le texte est soutenu par ATD Quart-Monde, Caritas-Suisse, L’oeuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO), l’Entraide protestante (EPER) et la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS).
En 2003, rappellent les auteurs de l’initiative, une Conférence nationale sur la pauvreté a eu lieu avec pour titre «Moyens et stratégies de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale des enfants et des jeunes». La principale proposition faite à cette occasion est celle de l’élaboration d’un Plan national de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
La pauvreté est peu prise au sérieux
«La pauvreté en Suisse reste une question brûlante. Elle est toujours présente, mais peu prise au sérieux. Les personnes concernées vivent au milieu de nous et se battent quotidiennement pour vivre dans la dignité. La pauvreté a de nombreux visages. Elle concerne aussi bien les familles que les jeunes, les personnes seules ou les personnes âgées», soutiennent les initiateurs. «Un échange régulier de tous les acteurs de la lutte contre la pauvreté, y compris les plus pauvres eux-mêmes, est donc indispensable», relèvent-ils, en proposant «un travail commun entre les associations, les syndicats, les scientifiques, les politiciens, les églises, les citoyens et les personnes concernées, dans le cadre d’une Conférence nationale sur la pauvreté».
«Parlez avec nous, pas sur nous!», a lancé ATD – Quart-Monde, au nom des pauvres résidant en Suisse, dans une prise position accompagnant la motion. Le mouvement prône «un Plan national de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale» donnant suite à un postulat de 2003 du conseiller national Paul Rechsteiner.
La pauvreté n’est plus un problème marginal
Pour sa part, Caritas-Suisse, représenté par Toni Hodel, directeur de Caritas Berne, souligne que «même dans un pays riche comme la Suisse, la pauvreté n’est plus un problème marginal». L’organisation rappelle selon les chiffres les plus récents de l’Office fédéral de la statistique plus de 500’000 personnes vivent dans des ménages de working-poor (pauvres exerçant une activité professionnelle rémunérée), dont plus de 233’000 enfants. Par ailleurs, «le nombre des dossiers de assistance sociale augmente depuis des années, avec une récente augmentation annuelle de 10%. Entre-temps déjà plus de 300’000 personnes dépendent de l’aide financière du service sociale, parmi eux beaucoup de jeunes adultes», relève Caritas. Ces données, et plusieurs autres, ” le montrent clairement: La Suisse a un problème sociale grave: la pauvreté!», souligne l’organisation catholique.
Pour sa part, l’EPER souligne que «une personne pauvre ne manque pas seulement d’argent. Elle est aussi exclue de la vie sociale et rencontre des difficultés à trouver un logement ou un emploi. Cette exclusion engendre un sentiment de dévalorisation et mène à l’isolement».
L’OSEO, demandant que la pauvreté soit mise à l’agenda politique de la Suisse, «exige donc une évaluation régulière de tous les aspects de la pauvreté de manière à ce que l’on puisse prendre des mesures adéquates pour la combattre». C’est la raison pour laquelle elle soutient le postulat déposé au Conseil national demandant la mise sur pied d’une Conférence nationale sur la pauvreté. Pour le CSIAS, «une conférence nationale sur la pauvreté à laquelle tous les acteurs concernés seraient conviés pourrait notamment contribuer à l’harmonisation des prestations», marquée par des différences considérables entre les cantons. (apic/com/bb)



