Grande manif pour porter l’aide au développement à 0,7% du PNB
Berne: Près de 2000 personnes sur la Place fédérale pour dire non à la pauvreté
Jacques Berset, agence Apic
Berne/Fribourg, 7 juillet 2007 (Apic) Près de 2’000 personnes se sont rassemblées samedi 7 juillet à Berne, devant un Palais fédéral en pleins travaux de rénovation, pour interpeller les autorités fédérales. But visé: que l’aide publique au développement soit progressivement portée à 0,7% du PNB.
En ce jour symbolique du 07.07.07, plus de 60 ONG actives dans le domaine du développement, les Eglises, les syndicats, les écologistes, les mouvements de jeunes et de femmes, entendaient ainsi faire pression sur des autorités fédérales surtout soucieuses d’économies budgétaires.
Cette date du 7 juillet 2007 marque en effet la mi-temps dans la réalisation des Objectifs du Millénaire du Développement (OMD 2000-2015). Parmi ces OMD, pour lesquels les gouvernements se sont solennellement engagés, il y a notamment la réduction de moitié, d’ici 2015, de la faim et de l’extrême a pauvreté dans le monde. A l’ancien Buffet de la Gare de Fribourg, les organisateurs ont expliqué les enjeux de cette démarche.
Président de Fribourg-Solidaire, la fédération fribourgeoise qui rassemble depuis 2003 une bonne dizaine d’ONG actives pour le développement et la solidarité internationale, Maurice Page l’a bien souligné. Il s’agit d’informer le public, mais aussi de le mobiliser afin que se concrétise l’article 70 de la nouvelle Constitution cantonale fribourgeoise.
Concrétiser l’article 70 de la Constitution fribourgeoise
Selon cette disposition, l’Etat encourage l’aide humanitaire, la coopération au développement et le commerce équitable. Il favorise les échanges entre les peuples. Sergio Ferrari, du mouvement E-Changer, a rappelé l’appui venant des partenaires du Sud à cette revendication portée par la société civile suisse. Il a regretté que pour le moment, comparé aux efforts que fournissent plusieurs autres pays européens, «la riche Suisse n’est pas aussi solidaire qu’elle pourrait l’être.» Plaidant pour une Suisse plus ouverte et plus solidaire, il a relevé que certains milieux de la droite dure aimeraient même descendre en-dessous des 4% du PNB que la Suisse consacre à l’aide au développement.
En réalité, a pour sa part rappelé le conseiller national chrétien-social Hugo Fasel, l’aide au développement de la Suisse n’est que 0,37% du PNB, parce que l’on a changé les bases de calcul. «L’aide a diminué, alors que le Conseil fédéral fait croire qu’elle augmente progressivement. ” (*) La conseillère d’Etat socialiste fribourgeoise Anne-Claude Demierre a également déploré que des personnalités comme le conseiller fédéral Christophe Blocher aient pu émettre le voeu que l’on diminue l’aide au développement de 30%.
Les personnalités fribourgeoises participant au mouvement sont alors montées dans le «wagon 0,7%» qui amenait de Genève à Berne une brochette de personnalités de divers bords politiques et du monde du sport et de la culture. Il y avait parmi eux les journalistes Roger de Diesbach et Thierry Savary, directeur de Radio Fribourg, Gisèle Sallin, directrice du Théâtre des Osses, le basketteur Harold Mrazek, le militant syndical paysan Jacques Barras, président d’Uniterre Fribourg. Ils étaient accompagnés de membres des Missionnaires de Bethléem et de Missio, du Conseil synodal de l’Eglise réformée, des Peace Brigades International. Ils ont rejoint la cinquantaine d’autres personnalités romandes et les autres délégations et ONG rassemblées sur la Place fédérale.
Prenant la parole sur la scène où se produisaient les chanteurs romands Michel Bühler et Thierry Romanens, ou des groupes alémaniques, comme Stiller Haas, le conseiller aux Etats radical tessinois Dick Marty a fait entendre des accents de révolte. Il a fustigé les «injustices scandaleuses» qui caractérisent l’ordre du monde. «Un monde plus juste est un monde qui garantit la paix», a lancé le rapporteur du Conseil de l’Europe sur les prisons secrètes de la CIA. Et d’ajouter que la Suisse, qui est un pays exportateur, a aussi, à l’évidence, un intérêt économique à ce qu’il y ait davantage de justice dans le monde.
Sur le podium sont intervenus à tour de rôle le conseiller national des Verts Luc Recordon (Vaud), la conseillère nationale démocrate-chrétienne saint-galloise Lucrezia Meier-Schatz et la conseillère aux Etats socialiste bernoise Simonetta Sommaruga. «La Suisse peut se permettre d’investir plus dans le développement», a lancé à son tour le conseiller national libéral Claude Ruey. Le futur président de l’Entraide protestante (EPER) a dit sa conviction que la Suisse devait porter son aide au développement à 0,7% d’ici 2015: «C’est un devoir moral et c’est aussi dans l’intérêt de la Suisse». De l’avis du politicien vaudois, une telle mesure est non seulement possible, mais aussi et surtout nécessaire. ! JB
Encadré
(*) L’aide publique au développement est en recul, affirme Hugo Fasel
Le chiffre officiel de l’aide au développement de la Confédération est de 0,41% du PNB, précise Hugo Fasel, président de la Commission consultative de la coopération internationale au développement, qui a pour tâche principale de conseiller le Conseil fédéral.
«Si on prend les chiffres avec lesquels on travaillait jusqu’en 2003, confie-t-il à l’Apic, on arrive aujourd’hui à 0,37% du PNB. Car le Conseil fédéral a changé la méthode de calcul et a intégré par exemple dans ce chiffre, à la demande des Etats-Unis, la remise de la dette de l’Irak, un pays qu’ils ont précipité dans le chaos après l’avoir envahi. A lui seul, ce poste représente quelque 120 millions de francs».
On manipule l’opinion publique
Aux yeux du parlementaire chrétien-social, ceci n’est en aucun cas de l’aide au développement. «On y a également intégré les dépenses que fait la Suisse pour les requérants d’asile pendant la première année, s’il s’agit de ressortissants de pays en développement. On a donc encore bien du chemin à faire pour monter à 0,7%, alors qu’on est déjà bien au-dessous du 0,41 officiellement déclaré. On manipule l’opinion publique quand on prétend qu’on a augmenté l’aide publique au développement, alors que cette aide baisse depuis quatre ans. En réalité, la Suisse ne s’est pas engagée plus, elle a reculé ces dernières années, si on garde l’ancienne méthode de calcul». JB
Encadré
Mgr Amédée Grab apporte son appui aux revendications des oeuvres d’entraide
Mgr Amédée Grab, l’évêque sortant de Coire, participait à la manifestation de Berne à titre personnel, car il n’était pas délégué par la Conférence des évêques suisses (CES). «Je suis cependant ici en bonne compagnie, affirme-t-il à l’Apic, car parmi les organisateurs de ce rassemblement, il y des oeuvres d’entraide catholiques aussi importantes que l’Action de Carême ou Caritas Suisse, c’est évidemment une présence d’Eglise».
Mgr Grab participe à ce vaste mouvement «en tant que citoyen, chrétien, mais aussi comme évêque, parce que je soutiens entièrement ce que promeuvent les responsables de nos oeuvres d’entraide». L’évêque reconnaît qu’il y a en ce moment en Suisse un sentiment de peur, voire de repli sur soi. C’est à ses yeux un sentiment totalement déplacé «alors qu’il y a dans le monde au moins deux milliards de personnes qui vivent dans une extrême misère».
(apic/be)



