La Communauté de travail des oeuvres d’entraide fait le point
Berne: quel avenir pour les pays du sud avec l’accord du Gatt? (011193)
Berne, 1ernovembre(APIC) Aux yeux de tous les observateurs politiques et
économiques, la date du 15 décembre sur le marché mondial (Uruguay Round du
Gatt) sera décisive et symbolique. Parviendra-t-on à un accord général,
malgré les demandes de renégociation de l’Europe, spécialement de la France, sur le volet agricole? Tout le monde retient son souffle. De son côté,
la communauté de travail des oeuvres d’entraide – Swissaid, Action de carême, Pain pour le prochain, Helvetas et Caritas – tenait lundi à Berne conférence de presse pour dire l’avenir économique des pays du Sud dans ce
contexte de libre échange.
Après que Hans Zbinden, Conseiller national et président de Pain pour le
prochain ait évoqué les aspects de politique intérieure de l’Uruguay Round,
Richard Gerster, directeur de la Communauté de travail, a développé le fait
que le libre-échange n’est pas suffisant d’un point de vue de politique de
développement. Il faut des exceptions pour certains pays. Entre autres, des
protections douanières, pour qu’ils puissent mettre sur pied leur propre
industrie. Il faut des mesures complémentaires, une réforme agraire, par
exemple, pour que les plus pauvres puissent profiter des retombées commerciales. Il a souligné également que le libre-échange est aussi suspect du
point de vue écologique si l’ensemble des coûts externes n’est pas répercuté sur le prix des produits et des transports.
Le renard et la poule dans le poulailler
Il ne faut pas oublier que l’exigence d’un libre échange a toujours été
une solution des figures de proue de l’économie mondiale pour ouvrir de
nouveaux marchés, si possible sans entraves. «Car donner la même liberté à
la poule et au renard dans le poulailler a des conséquences très diverses
pour l’un et l’autre animal», estime Richard Gerster. On peut, dans l’optique du Sud, dresser le bilan suivant: les pays en développement les plus
forts, situés surtout en Asie et en Amérique latine, figureront parmi les
gagnants. Pas étonnant qu’ils réclament à cor et à cri un accord sur le
Round.
Pour les pays les plus pauvres, surtout en Afrique, conclut Richard Gerster, les perspectives sont toutefois limitées voire bouchées. Une telle
situation exige que des mesures spéciales soient prises en faveur des pays
les plus pauvres, en particulier en faveur des pays africains au sud du Sahara.
Nadine Keim, collaboratrice de la Communauté de travail, à Lausanne, a
développé, de son côté, lors de la Conférence de presse, les avantages et
les inconvénients de l’Uruguay Round du point de vue de la politique de développement.
Les quatre exigences principales des pays du Sud
Les pays en développement désirent que les marchés du Nord soient davantage ouverts à leurs produits. Elle a cité le fait que les exportations de
textiles en provenance du Sud sont soumises à 127 mesures protectionistes.
La Bolivie, par exemple, se heurte actuellement à des restrictions d’exportations sur ses pullovers en laine de lama ou ses vêtements de coton. L’industrie du textile des pays en développement perd ainsi 24 milliards de
dollars par an alors qu’elle permettrait une industrialisation relativement
facile (main d’oeuvre abondante, technologie simple, production du coton).
Ensuite, les pays en développement ne veulent plus être les victimes des
politiques agricoles protectionistes et subventionnées du Nord. Ils sont
interessés à ce que les règles du Gatt soient plus efficacers contre les
mesures arbitraires des partenaires commerciaux. Enfin les pays en développement souhaitent soutenir leur production nationale en fonction de leur
spécificité. Chaque fois, par des exemples clairs et variés, Nadine Keim a
illusté ces quatre exigences principales des pays du Sud.
Rejoignant les conclusions de Richard Gerster, la collaboratrice de la
Communauté de travail estime que les pays d’Asie et de l’Amérique latine
trouveraient des avantages considérables à un accord général le 15 décembre. Par contre, les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique risqueraient, à court terme, d’être les perdants. En conclusion, Nadine Keim pose
une question essentielle: les pays les moins avancés obtiendront-ils des
soutiens concrets?. Il serait incacceptable qu’ils soient «sacrifiés» afin
de permettre au reste du monde de profiter davantage des échanges commerciaux. (apic/com/ba)



