Des préjugés antisémites encore largement répandus

Berne: Rapport sur l’antisémitisme en Suisse

Berne , 5 novembre 1998 (APIC) A la faveur du débat sur les fonds juifs en déshérence et sur le rôle de la Suisse durant la deuxième guerre mondiale, les déclarations à caractère antisémite ont sensiblement augmenté dans le pays. Tel est le constat de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) qui a présenté jeudi à Berne son rapport sur les manifestations historiques et actuelles de l’antisémitisme en Suisse. Le texte de 76 pages émet également une série de recommandations dans le domaine politique, administratif, scolaire ou militaire.

Si la forme suisse de l’antisémitisme s’est exprimée jusqu’ici de façon plus cachée et n’a pas conduit aux excès qu’ont connu des pays voisins, les préjugés antisémites restent répandus dans de larges couches de la population. Le rapport n’apporte pas beaucoup d’éléments nouveaux, mais veut surtout rendre plus visible le phénomène de la haine des juifs, relève le président de la Commission Georg Kreis. La CFR entend expliquer l’antisémitisme d’une manière compréhensible pour tous et l’éclairer dans sa relation avec l’histoire suisse. Il s’agit de démonter les mécanismes des préjugés et de l’exclusion pour agir contre l’antisémitisme dans les domaines politiques et sociaux.

Des pogroms du Moyen-Age à la deuxième guerre mondiale

En distinguant entre anti-judaïsme inspiré par des considérations religieuses; anti-sémitisme basé sur des théories racistes et anti-sionisme lié à la politique de l’Etat d’Israël, la Commission entend clarifier la situation. Mais selon les lieux et les époques, ces trois comportements ont pu entraîner des préjugés et des actes anti-juifs. Le rapport s’attache assez longuement aux aspects historiques pour rappeler les pogroms du Moyen-Age à Zofingue, Berne, Zurich ou Bâle. Plus tard au XVIIe et XVIIIe les juifs sont tolérés sur le territoire de la Confédération mais jouissent d’un droit d’établissement limité, certaines professions leur sont interdites et ils sont frappés d’un impôt spécial. Il faut attendre 1874 et la révision de la Constitution fédérale pour que la liberté de croyance et de conscience leur soit acquise.

Dans les années 1920-1930, un antisémitisme virulent règne dans certains milieux de la vie publique suisse à l’instar du reste de l’Europe. De là découlent notamment les réticences des autorités fédérales à accepter l’arrivée de réfugiés juifs, avant et pendant la Deuxième guerre mondiale. Le slogan de l’époque la «barque est pleine» illustre parfaitement cette attitude. Le rapport avance le chiffre de 30’000 juifs refoulés aux frontières dont beaucoup furent ainsi envoyés à la mort alors que 20’000 trouvèrent asile en Suisse.

Après la guerre, le thème de l’antisémitisme devint tabou, et jusqu’à un passé récent, la question disparut pratiquement complètement de la place publique, constate Georg Kreis.

Prise de conscience

Dans l’affaire des fonds juifs en déshérence, face aux menaces de certains milieux américains, les vieux stéréotypes antisémites ont très vite refait surface, telle l’idée de la cupidité des juifs ou celle d’un complot mondial. Les sondages d’opinion ont enregistré une augmentation des attitudes négatives à l’égard des juifs. Ainsi en 1997 à Zurich 31% des sondés ont estimé que les juifs avaient trop d’influence. En 1995 ils n’étaient que 14%. .

Parallèlement une action plus résolue de lutte contre l’antisémitisme s’est aussi développée. Pratiquement la moitié des plaintes déposées en vertu de la norme pénale contre le racisme concernent l’antisémitisme, relève la Commission. Les Eglises chrétiennes ont pris position sur les thème de l’Eglise et l’antisémitisme et ont intensifié le dialogue entre chrétiens et juifs, notamment à travers l’Institut de recherche judéo-chrétienne de la Faculté de théologie de Lucerne ou la revue des jésuites «Orientierung».

Pour la Commission fédérale contre le racisme, l’antisémitisme est un thème sui concerne la société suisse toute entière. La lutte contre l’antisémitisme suppose donc un engagement permanent dans tous les domaines, en particulier celui de la prévention. L’information et la formation restent nécessaires au sein des pouvoirs publics, des administrations, des écoles, des Eglises, de l’armée, de l’économie ou des associations. L’analyse publiée jeudi devrait y contribuer.

Du côté de la Fédération des communautés israélites de Suisses, on attend que Confédération et cantons s’engagent à mettre sur pied les moyens pour réaliser ce travail. (apic/hw/mp)

27 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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