Pierre d’achoppement catholique sur le chemin de l’unité

Berne: Trois responsables d’Eglise en dialogue oecuménique

Joseph Bossart / Traduction:Bernard Bovigny

Berne, 1er décembre 2005 (Apic) Qu’est-ce qui unit les Eglises chrétiennes et qu’est ce qui les sépare encore? Ce thème oecuménique a été abordé mercredi soir à Berne par Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses (CES), l’évêque catholique chrétien Fritz-René Müller et Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS). Ce serait surtout du côté catholique romain que des pierres d’achoppement encombrent le chemin de l’unité.

Celui qui prétend aujourd’hui que l’oecuménisme stagne, n’a pas vraiment connu l’époque d’il y a 30 ou 40 ans, a lancé Mgr Grab, évêque de Coire. Mais les grandes avancées oecuméniques entamées sous Vatican II (1962-65) ont rendu beaucoup de croyants impatients. Le pasteur Thomas Wipf a pour sa part mis en évidence la «profonde aspiration» de beaucoup de personnes à vivre la jonction entre les Eglises. «Il existe dans nos communautés évangéliques réformées beaucoup de tristesse, d’impatience et de douleurs», a-t-il souligné.

L’évêque Fritz-René Müller, responsable de la plus petite des trois Eglises nationales, a qualifié le «système très différent» de l’Eglise catholique romaine de grosse pierre d’achoppement oecuménique, qui pose un «problème de politique ecclésiale et de politique de pouvoir». Cette affirmation n’a pas de caractère hostile, selon lui, car c’est un simple constat: Ce qui est décidé à l’intérieur de l’Eglise catholique romaine en fonction de sa structure hiérarchique a également des effets sur les autres confessions.

«Dominus Iesus» pointé du doigt

Le pasteur Wipf a plaidé pour une reconnaissance des structures ecclésiales différentes. La diversité des confessions chrétiennes constitue selon lui une richesse. Ainsi, le véritable scandale ne réside pas dans le fait que l’unité des Eglises ne soit pas réalisée, mais «que des Eglises se disputent le fait d’être considérées comme Eglise». Sans la citer explicitement, Thomas Wipf pointe du doigt la déclaration «Dominus Iesus», publiée en 2000, dans laquelle l’Eglise catholique se décrit comme la seule véritable Eglise du Christ.

Le président du Conseil de la FEPS a ensuite affirmé qu’il a «pris connaissance avec grand respect, mais également avec tristesse, que l’Eglise catholique a fait revivre par décret la pratique des indulgences lors du 40e anniversaire de la fin du Concile. Or le commerce des indulgences a été un des motifs du déclenchement de la Réforme».

Mgr Amédée Grab a souligné pour sa part l’importance de la Charte oecuménique des Eglises d’Europe, présentée par les Eglises chrétiennes de Suisse en janvier. Ce document a pour but de réaliser «l’unité visible des Eglises». Il a cependant admis que des questions brûlantes existent encore dans le dialogue oecuménique, en particulier entre réformés et catholiques. Il a invité tous à emprunter le chemin de «la diversité réconciliatrice».

Un consensus a été trouvé depuis 1977 entre les Eglises au sujet de «la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie». Amédée Grab a cependant mis en garde contre le fait de prétendre à une unité là où il n’y en a pas encore: «Il ne faut pas que les différences entre les Eglises devienne cimentées à travers une eucharistie commune».

Redécouvrir l’hospitalité eucharistique

Thomas Wipf attend au minimum de l’Eglise catholique qu’elle «redécouvre l’invitation à l’hospitalité eucharistique». Il estime que la pratique catholique actuelle devient plus restrictive et la décrit comme un «retour en arrière évident» dans le domaine oecuménique.

En Suisse, où les différences confessionnelles ne jouent pratiquement plus de rôle dans le quotidien et où l’on vit ensemble en bonne entente dans tous les domaines, la division entre réformés et catholiques est «particulièrement douloureuse», a souligné Mgr Grab. Et ce sentiment de douleur est également ressenti par les évêques suisses.

L’évêque de Coire prône avant tout un «oecuménisme spirituel» par la prière, et par les efforts à accomplir pour réaliser ensemble tout ce que les Eglises peuvent réaliser actuellement, par exemple dans le domaine des aumôneries spécialisées.

L’évêque Fritz-René Müller a décrit son Eglise catholique chrétienne comme un pont entre les Eglises évangéliques de type synodal et l’Eglise catholique romaine avec sa structure épiscopale. Mais habiter sur un pont n’est pas donné à tous. Et cela explique peut-être pourquoi la plus petite Eglise officielle de Suisse est justement si petite. (apic/job/bb)

1 décembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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