Développement spectaculaire des Eglises protestantes de Chine

Berne: Une délégation de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse en Chine

Berne, 12 mai 2005 (Apic) Les protestants sont en très forte croissance en Chine et seraient désormais 18 millions – contre 5 millions de catholiques -, selon la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS). De retour de son voyage officiel dans l’»Empire du milieu», la délégation de la FEPS a témoigné jeudi 12 mai à Berne de ce développement spectaculaire. Les protestants suisses ont signé à cette occasion une convention de collaboration avec le Conseil chrétien de Chine (CCC).

La profonde mutation que connaît la Chine, notamment en raison de son développement économique, s’accompagne de problèmes importants à résoudre que les Eglises doivent aussi affronter, note la FEPS. Des entretiens avec des représentants du gouvernement et de l’Eglise chinoise ont permis d’approfondir la collaboration et d’envisager de nouvelles formes de relations.

Invitée par le Conseil chrétien de Chine (CCC) du 18 avril au 1er mai 2005, la délégation de la FEPS était composée entre autres du pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la FEPS, de Christoph Waldmeier (relations extérieures de la FEPS), Walter Lüssi, président de «mission 21» (à Bâle), de Christoph Stückelberger, directeur de l’Institut de Théologie et d’Ethique de la FEPS, et de Corinne Henchoz Pignani, secrétaire romande de l’Entraide protestante suisse (EPER). Elle s’est rendue notamment à Pékin, Xian, Nankin et Shanghai et a visité des églises urbaines et des paroisses rurales. La délégation a rencontré des représentants des autorités chargées des affaires religieuses, des responsables académiques et des officiels de la Confédération suisse. La FEPS a notamment pu aborder la question de la liberté religieuse dans ce pays communiste.

Dans la convention de collaboration entre le CCC et la FEPS, les deux partenaires expriment leur volonté d’intensifier leurs relations. Les responsables des Eglises protestantes de Chine se sont montrés intéressés à collaborer avec la FEPS, en particulier dans les domaines de la formation théologique et éthique ainsi que des projets sociaux. «Nous considérons cette collaboration comme une contribution à l’oecuménisme mondial», a ainsi relevé Thomas Wipf, chef de la délégation.

Liberté religieuse «réglementée» et sous surveillance

D’après la délégation de la FEPS, au cours des dernières années, la liberté religieuse en Chine a fait des «progrès manifestes» dont les chrétiens, et en particulier les protestants, profitent aussi. Mais cette forme de «liberté réglementée» exige des Eglises un dialogue permanent avec l’Etat si elles veulent préserver ou étendre la marge de manoeuvre ainsi gagnée dans l’idée d’un «rapprochement mutuel». L’application de la liberté religieuse reste cependant problématique, ainsi que les autorités chargées des affaires religieuses l’ont fait savoir «avec plus ou moins de franchise» lors des réunions avec la délégation.

Selon des estimations qualifiées de prudentes, les chrétiens seraient 2% de la population chinoise. «Mais les valeurs qu’ils défendent leur donnent dans la société un rôle sans commune mesure avec ce faible pourcentage», souligne la FEPS. Les paroisses, dont le nombre augmente, disposent dans l’ensemble du pays d’environ 50’000 églises et «églises domestiques», c’est-à-dire des communautés à domicile. Mais ces Eglises souffrent d’un manque de pasteurs formés. Ainsi les dix-huit séminaires de théologie et cinq instituts bibliques du CCC n’ont formé durant les dernières années que cinq mille ecclésiastiques.

Depuis une dizaine d’années, «mission 21», l’oeuvre missionnaire évangélique de Bâle, apporte une aide substantielle à la formation théologique. Une collaboration existe aussi dans le cadre des projets communs avec l’»Amity Foundation» à Nankin.

Un reflet de la profonde et rapide mutation de la société chinoise

La forte croissance de l’Eglise en Chine est un reflet de la profonde et rapide mutation de la société chinoise, estime la FEPS. Dans les entretiens avec des représentants de l’Eglise ou du gouvernement, les problèmes sociaux et politiques ont souvent été débattus ouvertement, comme par exemple le fossé toujours plus large entre riches et pauvres, entre villes et campagne, la corruption, la pollution de l’air, des eaux et des terres.

La masse des 800 millions de paysans pauvres de l’Ouest et des régions rurales et les 100 millions de travailleurs saisonniers tout aussi indigents sont un problème majeur pour la Chine. Le développement économique, social et culturel fulgurant provoque une mutation des valeurs, elle-même cause d’inquiétudes et de tensions. L’Eglise de Chine, qui a dû longtemps se préoccuper avant tout de son organisation et de sa survie, reçoit aujourd’hui des demandes de l’Etat, qui l’invite à se consacrer davantage au développement de modèles et de projets d’éthique sociale.

Eglises et Confédération collaborent

C’est dans ce domaine que veut agir le projet de formation éthique mené conjointement par la FEPS, Pain pour le prochain et la Direction de la coopération et du développement (DDC). Le but est de parvenir, en collaboration avec l’Université Fudan de Shanghai et la principale institution de formation théologique de l’Eglise protestante de Chine, le «Nanjing Union Theological Seminary», à la définition de normes éthiques. Convaincue de l’importance, pour les deux parties, d’un échange permanent d’informations et d’expériences entre les Eglises protestantes de Chine et de Suisse, la FEPS a par conséquent l’intention de développer ses relations avec le CCC. FEPS/JB

Encadré

Immenses défis sociaux en Chine

Depuis plus de 30 ans, une réforme économique est en cours en Chine. Mais construction d’une société harmonieuse est encore longue: la privatisation de nombreuses entreprises a par exemple jeté 46 millions de travailleuses et de travailleurs à la rue; 23 millions sont aujourd’hui encore sans emploi. L’Eglise protestante de Chine a mis à son agenda l’engagement social vis-à-vis des personnes que le développement économique et politique récent a mis au ban de la société. Elle le fait grâce à la «Fondation Amity», engagée prioritairement aujourd’hui dans le développement rural. Sur 1,3 milliard d’habitants, la Chine compte en effet 800 millions de paysans qui vivent souvent dans des conditions d’extrême pauvreté. «Amity» soutient notamment des projets d’irrigation ou de diversification de la production agricole. Elle favorise également le passage à une agriculture intégrée, respectueuse de l’environnement, un autre grand défi auquel la Chine doit faire face aujourd’hui. (apic/com/feps/be)

12 mai 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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