Bethléem: Cette année, il reste de la place dans les auberges (211293)
«Ici, rien n’a encore changé depuis les accords de paix du 13 septembre»
Bethléem, 21décembre(APIC) Cette année, à Bethléem, il reste encore de la
place dans les auberges. La bourgade palestinienne qui a vu naître le
Christ il y a près de 2’000 ans attend Noël avec des sentiments mitigés.
L’occupant israélien est toujours là, même s’il se fait plus discret. La
situation économique est toujours aussi critique et près d’un actif sur
deux est au chômage.
«Ici, rien n’a encore changé depuis le 13 septembre, date des accords
Israël-OLP, notre situation économique est très mauvaise», note désabusé le
maire Elias Freij. La pauvreté et la misère sont en progression constante.
Certes, plus de 900’000 touristes sont passés cette année par Bethléem,
soit quelques dizaines de milliers de plus que l’an dernier. Mais les hôteliers aux chambres vides se plaignent que les groupes de visiteurs ne font
que passer dans la ville.
La plupart du temps, le bus les amène sur la place de la crèche et ils
n’en sortent que pour visiter la basilique de la Nativité. Au mieux, les
bus s’arrêtent seulement dans les supermarchés de souvenirs bâtis au bord
de la route qui mène à Jérusalem, au grand dam des petits commerçants, qui
ont beaucoup souffert du soulèvement palestinien et des suites de la guerre
du Golfe.
La paupérisation de la population de Bethléem a des conséquences visibles que l’on aimerait bien cacher aux yeux des touristes: la consommation
de drogues prend de l’ampleur, et la criminalité est en constante augmentation. Cet automne, en quelques semaines, la bourgade a connu trois enlèvements d’enfants, qui ont été libérés contre une modeste rançon.
Nombreux sont ceux qui sont de plus mécontents de la tournure des événements: dans la région, on meurt toujours sous les balles des soldats ou des
colons juifs, les Israéliens interdisent toujours l’accès des Palestiniens
à la ville de Jérusalem, distante de quelques kilomètres à peine, mais où
l’on trouve de nombreuses facilités en matière d’éducation et de santé et
des places de travail.
La fête tout de même
Le vieux maire de Bethléem, un notable chrétien de confession grecqueorthodoxe qui conduit les destinées de la «ville de David» depuis 21 ans,
espère que les pèlerins seront encore plus nombreux qu’en 1992, et «surtout
que les mesures de sécurité ne soient pas aussi sévères que l’année dernière». Et malgré la crise économique, il faut que la fête soit belle: «Nous
avons illuminé la ville dans la mesure où nos moyens nous le permettent»,
lance Elias Freij.
Les employés municipaux s’affairaient ces derniers jours à remplacer les
ampoules défectueuses des guirlandes décoratives. «Nous fêterons comme
avant l’intifada et même mieux», assure Michael, le vendeur de falafels
rencontré sur la place de la crèche, devant la basilique de la Nativité,
dont la tradition fait remonter la construction à l’empereur Constantin et
à sainte Hélène. On attend avec impatience les scouts palestiniens de l’ensemble des territoires occupés qui défileront avec leurs fanfares à travers
les rues de la ville.
En effet, pour la première fois depuis l’éclatement de l’intifada en
1987, on devrait fêter «normalement» la naissance de l’Enfant Jésus dans
les rues et pas seulement dans les églises. Les occupants israéliens
devraient même se faire plus discrets.
Appel du patriarche latin: Jérusalem appartient aux deux peuples
De son côté, Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, a lancé
un appel pour la libération des prisonniers palestiniens encore détenus
dans les geôles israéliennes. Le chef de l’Eglise latine en Terre Sainte
estime qu’Israël pourrait faire montre de sa volonté de paix en libérant
les 10’500 Palestiniens encore en prison.
Les autorités israéliennes devraient également libérer le cheikh Ahmed
Yassin, chef spirituel du mouvement intégriste musulman Hamas. Une telle
mesure, souligne-t-il, aurait un effet modérateur sur le développement ultérieur du Hamas, qui rejette violemment les accords de paix israélo-palestiniens.
Si Israël veut vraiment la paix, il doit s’efforcer de changer de mentalité, affirme Mgr Sabbah. Les prémices pour une nouvelle politique concernant Jérusalem sont là, mais par peur de l’opinion publique, les responsables politiques s’abstiennent de la mettre en oeuvre.
Parlant à la veille de Noël de l’avenir de la ville sainte, le patriarche latin appelle les Israéliens à revoir leur prétention à contrôler seuls
la ville: «Jérusalem appartient à deux peuples: aux Israéliens et aux Palestiniens, et à trois religions: aux juifs, aux musulmans et aux chrétiens». (apic/kpr/kna/be)



