Fortes explosions, craintes d’une nouvelle attaque israélienne

Bethléem: L’Union Européenne demande à Israël de lever le siège de l’église de la Nativité

Bruxelles/Jérusalem, 11 avril 2002 (APIC) Le président de la Commission européenne Romano Prodi a lancé jeudi un appel à l’armée israélienne afin qu’elle lève le siège de l’église de la Nativité à Bethléem. Alors qu’une longue colonne de fumée noire faisant suite à deux sourdes explosions s’élevait près du complexe de la Nativité, les franciscains lançaient un appel à l’aide jeudi après-midi: les Israéliens ont ouvert un feu sur le couvent, l’hôtellerie «Casa nova» et sur les moines.

Le Père Ibrahim Faltas, custode de la Basilique de la Nativité, joint par téléphone par l’agence d’information missionnaire romaine MISNA, déclare: «ils tirent de partout contre le couvent et contre nous. ils nous suivent où que nous nous déplaçons à l’intérieur du couvent». La sacristie et la cuisine ont déjà été touchées, précise-t-il au téléphone.

Jeudi matin, le porte-parole de la Custodie de Terre Sainte, le Père David Jaeger, avait révélé que les Israéliens contrôlent l’aile nord du couvent franciscain de Sainte Catherine, qui se trouve à côté de la basilique de la Nativité où un groupe de 245 Palestiniens, en grande partie armés, ont trouvé refuge. Les franciscains ont peut de s’y rendre, car les tireurs israéliens embusqués tirent sur tout ce qui bouge, témoigne le père franciscain.

«Si nous abandonnons la Nativité, ce sera une catastrophe»

«Si nous abandonnons la Nativité, ce sera une catastrophe», déclarent les franciscains, qui affirment que l’intervention armée n’est pas la solution pour mettre fin au siège dramatique de la basilique de la Nativité. C’est ce que répète depuis des jours le Père Giacomo Bini, Ministre général de l’Ordre des Franciscains Mineurs (OFM). Au fil des heures, les espoirs d’éviter le bain de sang s’amenuisent et les conditions des personnes qui se trouvent à l’intérieur du complexe de la basilique se détériorent.

Le Père David Jaeger, porte-parole de la Custodie de Terre Sainte se dit «absolument atterré devant l’attitude inhumaine» des Israéliens: «Toutes nos demandes, requêtes, appels sont restés sans réponse. Nous espérons que l’opinion publique mondiale amènera Israël à des attitudes plus humaines». Le 10 avril, l’Ambassade israélienne auprès du Saint-Siège a rendu publique une lettre du président israélien Moshé Katsav adressée au pape Jean Paul II. Le président déclarait que «l’Eglise (de la Nativité) ne deviendra pas un foyer d’hostilités. et nos forces continuent à s’abstenir d’actions qui pourraient endommager l’église ou toucher son clergé». Interrogé à propos de ces promesse du président d’Israël, le Père Jaeger a déclaré: «Priver d’eau les frères, n’est-ce pas un geste qui est au détriment des religieux ?»

Pas d’eau, pas d’électricité, malgré les promesses israéliennes

«Les moines, les s?urs et les religieux barricadés dans les locaux du complexe de la Nativité sont très fatigués aussi bien physiquement que psychologiquement» commente Père Bini, «malgré

les promesses des Israéliens de garantir les fournitures d’eau et d’électricité, rien n’a encore été fait. Les Israéliens nous ont aussi assuré que les édifices sacrés n’auraient pas été attaqués. Mais d’après les récits de nos confrères, nous savons que les choses ne se sont pas passées ainsi».

L’hypothèse d’une médiation perd encore du terrain au regard de la lettre envoyée au pape Jean Paul II par le président israélien Moshé Katsav. La missive au ton comminatoire exclut la possibilité d’accorder un laissez-passer aux Palestiniens réfugiés dans la basilique édifiée sur le lieu de naissance du Christ.

«Nous condamnons nous aussi les Palestiniens qui sont entrés armés dans notre maison» commente le Père Bini, «mais nous affirmons encore une fois que nous ne sommes pas otages et que nous ne voulons pas quitter le complexe de la Nativité parce que ce serait une catastrophe». Les responsables religieux locaux craignent en effet un massacre des occupants par l’armée israélienne.

Arafat nomme une commission ad hoc pour trouver une solution à Bethléem

De son côté, le président palestinien Yasser Arafat a nommé une commission ad hoc pour trouver une solution à Bethléem. Selon le Père David Jaeger, la commission a reçu du président de l’Autorité palestinienne les pleins pouvoirs pour négocier une solution pacifique et honorable – déjà proposée il y a une semaine par la Custodie franciscaine – à savoir une sortie pacifique des occupants désarmés escortés vers la Bande de Gaza par des observateurs internationaux qui se porteraient garants de leur sécurité.

Selon le président de la Commission européenne, Romano Prodi, la situation faite aux occupants de la basilique est «inhumaine et l’on ne peut permettre qu’elle continue». «J’en appelle au gouvernement israélien pour qu’il respecte les lois humanitaires internationales». Prodi craint que les soldats israéliens ne répandent encore davantage de sang dans ce lieu qui est l’un des plus sacrés pour les chrétiens. Le président de la Commission européenne, qui a relevé les difficiles conditions de vie des assiégés, a déploré le fait qu’Israël n’a pas encore autorisé l’évacuation du corps d’un jeune policier palestinien abattu lundi alors qu’il éteignait un incendie provoqué dans le complexe de la basilique par le tir d’une grenade israélienne.

L’armée israélienne a pour sa part reconnu jeudi que les tirs qui ont grièvement blessé un jeune moine arménien mercredi provenaient de ses rangs. (apic/misna/fides/haar/be)

11 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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