Suisse: Assemblée plénière de la Conférence centrale catholique romaine (RKZ) les 28 et 29 novembre
«Bien davantage qu’un service d’encaissement de contributions»
Zurich, 3 décembre 2014 (Apic) La Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) a donné son feu vert à l’allocation de subsides à hauteur de plus de 7 millions de francs devant servir au financement d’institutions de l’Eglise catholique actives au niveau de la Suisse ou des régions linguistiques. Réunie en assemblée général les 28 et 29 novembre 2014, la RKZ a également lancé un débat de fond sur son identité et ses tâches premières.
A la suite de ses réflexions, l’assemblée de la RKZ a chargé sa présidence de «régler avec la Conférence des évêques suisses des questions débordant le cadre du domaine financier, cela dans la perspective de fixer de manière contraignante leurs rapports de collaboration au niveau institutionnel et portant sur des sujets touchant la place de l’Eglise au sein de la société, indique un communiqué du 3 décembre.
La RKZ vise deux objectifs centraux. Le premier est d’obtenir la reconnaissance de sa position au sein de l’Eglise catholique. Le second est de se doter de structures et de ressources humaines et financières correspondant aux tâches qu’elle assume en tant qu’entité faîtière des organisations ecclésiastiques cantonales.
«Susciter l’impression d’une Eglise coupée en deux est inutile et dangereux»
Iwan Rickenbacher, politologue et spécialiste de la communication, a souligné dans son exposé introductif que la Conférence centrale était «bien plus qu’un service d’encaissement de contributions pour financer des œuvres de l’Eglise». Pour lui, la RKZ et ses membres sont «des lieux où des hommes et de femmes de confession catholique vivent un engagement chrétien». Elle est un centre de compétence important pour les questions des rapports entre l’Eglise et l’Etat et une communauté solidaire.
Dans le cadre de sa collaboration avec la Conférence des évêques, le politologue recommande «de développer en matière de dialogue et de règlement des divergences une nouvelle culture fondée sur le respect mutuel. Susciter l’impression d’une Eglise coupée en deux est inutile et dangereux».Il a souhaité aussi que la RKZ figure parmi les meilleures en matière de définition de critères de financement, de contrôle des investissements et de transparence.
Face à l’extérieur et au monde médiatique actuel, la Conférence centrale aura besoin de «supports d’identification». Iwan Rickenbacher a achevé ses propos par une citation du pape François selon laquelle «chaque chrétien, chacun de nous, est appelé à accueillir la Parole de Dieu, à accueillir Jésus en soi et à l’apporter à tous».
Etre traités d’égal à égal par les évêques
Pour le président de la RKZ, Hans Wüst, il conviendra d’aborder ces questions dans l’état d’esprit suivant: «L’exercice d’une responsabilité commune en matière de financement des tâches pastorales au niveau suisse exige un dialogue d’égal à égal, même s’il est clair qu’il appartient à la CES de définir les priorités à cet égard. Seuls des partenaires pris au sérieux sont à même d’atteindre un but commun. Nous ne doutons pas que la CES souhaite aussi s’engager sur cette voie commune.»
Les membres de l’assemblée ont exprimé le souhait que la Conférence centrale soutienne les organisations ecclésiastiques cantonales dans leur dialogue avec les diocèses dont elles relèvent. Le niveau diocésain est en effet souvent plus important dans la mesure où les diocèses ne sont pas liés par les décisions de la Conférence des évêques suisses.
Même si les questions de financement continueront à occuper une place prioritaire, la question du positionnement socio-politique de la Conférence centrale devrait faire l’objet d’un débat plus approfondi. Doit-elle intervenir davantage? Si oui, sur quels sujets et sous quelle forme? Enfin la question des 2,8 postes de travail du secrétariat général, déjà tout juste suffisants pour assumer les tâches actuelles, a été soulevée.
8,25 millions de francs attribués à une bonne quarantaine d’institutions
Les délégués se sont prononcé sur les propositions de subsides à allouer pour le financement des tâches pastorales de l’Eglise au cours de l’année 2015. A cette fin, la Conférence centrale mettra à disposition 7’335’000 francs et l’Action de Carême 1’300’000 francs.
Les décisions arrêtées ont tenu compte pour la première fois des mesures de réorganisation prises dans le domaine des médias et de la formation à l’échelon des régions linguistiques. Désormais, des centres de compétence régionaux seront opérationnels. Il en résultera une concentration des forces et une réduction du nombre des institutions subventionnées. En 2015, environ 75% de tous les subsides du système de cofinancement iront aux neuf principaux bénéficiaires.
Subsides du cofinancement de l’Action de Carême et de la Conférence centrale supérieurs à 200’000 francs:
Conférence des évêques suisses 2’125’000.-
Cath-Info, centre médias en Suisse romande 1’035’000.-
Katholisches Medienzentrum für die Deutschschweiz 1’035’000.-
Theologisch-Pastorales Bildungsinstitut der deutschschweizerischen Bistümer* 535’000.-
Centre catholique romand de formations en Eglise 500’000.-
Institut suisse de sociologie pastorale 475’000.-
Bundesleitung Jungwacht-Blauring 270’000.-
ComEc, travail médiatique en Suisse italienne 230’000.-
Ligue suisse des femmes catholiques 200’000.–
Encadré:
A la fin de son exposé, Iwan Rickenbacher a émis une remarque sur l’organisation dualiste de l’Eglise catholique. Il a affirmé ceci:
«Parfois, on a l’impression que l’organisation dualiste de l’Eglise en Suisse relève d’une curiosité du système fédéraliste de notre république alpine fondée sur la démocratie directe et qu’elle n’a pas sa place dans l’Eglise universelle.
Or, quiconque y regarde de plus près constatera que l’Eglise, partout où elle est vivante, repose en réalité sur diverses épaules au-delà des structures ecclésiales au sens étroit, à savoir sur des associations religieuses, des groupes de soutien, des organisations de laïcs, des confréries, etc.
En Suisse, des fidèles se sont unis pour former des corporations ecclésiastiques, tout d’abord à l’échelon local, puis cantonal, dans le but d’apporter leur contribution à une Eglise vivante aux côtés des personnes actives dans la pastorale au sens étroit. Or, il va de soi que l’organisation adoptée par ces fidèles ne pouvaient que reposer sur les principes qui ont permis jusqu’ici à nos collectivités étatiques de cohabiter dans le respect et la paix. Les Suisses comptent parmi les peuples les plus satisfaits au monde s’agissant des institutions que des citoyens ont mis eux-mêmes en place. L’Eglise structurée de manière dualiste constitue dès lors notre façon à nous de nous engager à titre volontaire et honorifique pour la bonne cause. Le pape François a déclaré dans l’une de ses allocutions que: «chaque chrétien, chacun de nous, est appelé à accueillir la Parole de Dieu, à accueillir Jésus en soi et à l’apporter à tous». C’est à cette exhortation que nous devons mesurer notre action.
(apic/com/mp)



