Bienne: Lancement de la campagne œcuménique de carême «La solidarité crée l’emploi»
Ruth Dreifuss pour une mondialisation de la solidarité
Bienne, 21 février 1999 (APIC) Un demi-millier de personnes ont assisté dimanche en l’aula de l’Ecole professionnelle de Bienne au lancement de la campagne œcuménique de carême «La solidarité crée l’emploi», un thème qui répond à l’une des préoccupations majeures de la population suisse. Invitée d’honneur de la cérémonie, la présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss, a plaidé pour que la Suisse porte à nouveau son aide publique au développement à hauteur de 4% du PIB.
Dans son allocution, Ruth Dreifuss a salué l’engagement des œuvres d’entraide à l’origine de la campagne: Pain pour le prochain (protestante), Action de Carême (catholique) et Etre Partenaires (catholique-chrétienne). La présidente de la Confédération a estimé très important le ravail de ces organisations pour sensibiliser public et autorités à la solidarité, défi crucial à l’heure de la mondialisation. Et de regretter qu’en matière d’aide publique au développement, l’objectif officiel de 4% du PIB (la communauté des nations vise le 0,7%) soit loin d’être atteint. Depuis plusieurs années en effet, l’aide publique suisse plafonne à 3,3%. Un secteur sacrifié sur l’autel de l’assainissement des finances fédérales.
Plusieurs responsables religieux et politiques, comme l’évêque de St-Gall, Mgr Ivo Fürer, président du Conseil de fondation de l’Action de Carême, le président du Conseil synodal bernois Samuel Lutz, et le maire de Bienne Hans Stöckli, ont participé au culte œcuménique bilingue.
Les hommes ne sont pas que de simples facteurs de production
La célébration, entrecoupée par les rythmes de samba des jeunes percussionnistes du groupe brésilien «Bagunçaço» et les chansons du groupe biennois «Hallel», a réussi à faire passer le message de la campagne de carême 1999: du travail pour tous, une existence garantie pour tous, le respect de la dignité pour tous et pour toutes. «Créés à l’image de Dieu, hommes, femmes et enfants ne sauraient être de simples facteurs de production. La dignité et le sens de la vie ne se réalisent pas seulement dans le travail professionnel. Le travail et le capital doivent être mis au service de l’Homme. Des conditions de vie et de travail dans la dignité au Sud comme au Nord font absolument partie de ce projet», affirment de concert les trois œuvres d’entraide chrétiennes.
Venues tout droit du Honduras pour évoquer la réalité sordide des «maquilas» – des usines de sous-traitance dans les zones franches employant une main d’œuvre féminine taillable et corvéable à merci – Blanca Esmeralda Valladares Garcia et Carla Marisol Castro Erazo interpellent le consommateur d’ici par leur témoignage sans fard. L’acheteur occidental ne pourra plus ignorer comment l’on peut produire les habits si bon marché qu’il se réjouit de trouver sur les étals de nos grands magasins.
Des ouvrières traitées comme des «machines humaines»
Dans les parcs industriels, décorés et fleuris à l’extérieur, on traite les ouvrières «comme des machines humaines». La liberté syndicale est inexistante, et les patrons – souvent des entrepreneurs coréens – ne se soucient absolument pas des conditions de travail des ouvrières, dont les plus jeunes ont 14 ans. «Les patrons les préfèrent jeunes, car elles apprennent plus vite le métier, sont plus soumises, ignorent tout du droit du travail». Les patrons se sont regroupés en cartel pour uniformiser vers le bas les conditions des «maquilas». Outre les salaires de misère, les ouvrières sont soumises à des cadences infernales et à une discipline de fer (les interdictions vont de l’activité syndicale à la défense de parler dans l’atelier, de se maquiller, de porter des sandales ou de mâcher du chewing gum, sans parler du contrôle strict de l’utilisation des WC ou du manque de soins médicaux). Exposées aux maladies – les ventilateurs pour aspirer la poussière des coupes de tissus sont en nombre insuffisant -, les ouvrières n’en peuvent plus. Elles sont alors tout simplement licenciées.
L’Action de Carême, en soutenant le travail de Blanca et Carla, permet aux ouvrières des «maquilas» de connaître leurs droits, de mieux se défendre, et d’améliorer leur formation professionnelle pour devenir un jour indépendantes. «La solidarité du public et des consommateurs suisses, l’information sur notre réalité, peuvent contribuer à améliorer les conditions de travail des ouvrières des «maquilas», c’est nécessaire et fondamental», lance en chœur les deux militantes honduriennes. Face à la globalisation des marchés, les œuvres suisses d’entraide prônent la mondialisation de la solidarité. (apic/be)



