Portugal: Benoît XVI réveille le Portugal catholique et l’envoie en mission

Bilan de la visite pastorale du pape Benoît XVI

Porto, 14 mai 2010 (Apic) Benoît XVI est venu 4 jours au Portugal réveiller ce pays de tradition catholique, le plus à l’ouest de l’Europe, menacé à son tour par la sécularisation. Le pape est venu y bousculer les certitudes de certains en redessinant les contours d’une nouvelle mission d’évangélisation, réveiller la foi timide de nombreux autres et inviter au dialogue ceux qui sont hors de l’Eglise.

Dans un pays où près de 90 % des habitants sont catholiques mais où la pratique religieuse est en baisse constante, le pape a ainsi invité les fidèles à manifester sans en avoir «honte» les signes de leur foi chrétienne, à annoncer l’Evangile avec «vigueur» et avec «joie», constatant que les lieux de missions de l’Eglise n’étaient plus les «terres lointaines» mais les différents «milieux socioculturels».

Encouragement à participer à la construction européenne

Le pape de 83 ans, acclamé par les «Viva o Papa» de la foule présente tout au long de son pèlerinage, a particulièrement déploré l’existence de «croyants honteux de leur foi» au sein du monde politique, médiatique et intellectuel. Les évêques ont aussi été invités à prendre la parole sans crainte, à rappeler les principes de l’Eglise, à s’intéresser à la foi plus qu’aux structures de l’institution. Dans un pays où l’avortement et le divorce sont légaux depuis peu et qui entend autoriser le mariage homosexuel, Benoît XVI a alors répété sans ambiguïté l’invitation de l’Eglise au respect de la vie et du mariage indissoluble entre un homme et une femme.

Aux responsables politiques le pape a plus spécifiquement demandé de participer à la construction européenne, forts de leur héritage culturel et religieux, rappelant que les questions éthiques et spirituelles ne peuvent être reléguées au domaine privé. Invitant le monde de la culture à ne pas absolutiser le présent au détriment du passé, le pape a assuré que l’Eglise, forte de sa «sagesse» ancrée dans la tradition, n’entendait pas se soustraire au dialogue avec le reste de la société, avec «la vérité des autres».

Les souffrances de l’humanité

Mais ce 15e voyage de Benoît XVI hors d’Italie était avant tout le pèlerinage d’un pape, comme Paul VI et Jean Paul II avant lui, au sanctuaire de Fatima. Un pèlerinage pour une relecture du message laissé par la Vierge Marie, en 1917, aux 3 petits bergers Jacinta, Francisco et Lucia. Un message sur les souffrances de l’humanité et de l’Eglise qui demeure pour le pape d’une criante actualité. Pèlerin à Fatima, il s’est donc aussitôt rendu devant la chapelle des apparitions, les yeux fixés sur la petite statue de la Vierge, comme un enfant devant sa mère.

Le pape s’y est longtemps agenouillé et a lu une prière dans laquelle il a déposé aux pieds de la Vierge le fardeau des souffrances de l’humanité et de l’Eglise. Au «cœur immaculé» de Marie il a aussi souhaité confier les prêtres du monde, les difficultés de leur ministère, leur moments de solitude. Il a aussi prié afin que les prêtres ne soient pas sensibles aux «séductions du monde», qu’ils soient solidaires les uns des autres, qu’ils soient fidèles à leur «sublime vocation». Une prière en écho à ses propres propos dans l’avion qui le menait à Lisbonne.

Benoît XVI y avait affirmé que la «plus grande persécution» de l’Eglise ne venait pas de ses «ennemis» extérieurs mais de son propre «péché», en référence aux scandales de pédophilie au sein du clergé. Il a répété les appels de la Vierge à Fatima: pénitence, prière et conversion.

De Lisbonne à Porto, le long des routes du Portugal, et particulièrement au sanctuaire de Fatima, les fidèles ont montré au pape leur affection, par centaines de milliers. Comme une prière, encore, le pape a résumé ses appels répétés au cours de ce voyage en quittant le pays. A l’aéroport de Porto, il a ainsi souhaité que cette «glorieuse nation» puisse «continuer à manifester sa grandeur d’âme, le sens profond de Dieu, l’ouverture solidaire guidée par les principes et les valeurs imprégnés de l’humanisme chrétien». En somme, il a envoyé en mission les catholiques du pays. AMI/JB

Encadré

Au terme de son voyage au Portugal, le pape appelle à la cohésion et à la solidarité au sein du pays

Quelques minutes avant de quitter le Portugal, au terme d’un voyage apostolique de 4 jours, dans l’après-midi du 14 mai 2010, Benoît XVI a encouragé la société portugaise à faire preuve de «cohésion», de «fraternité» et de «solidarité» pour relever ses défis. Le pape, dont l’avion a décollé de l’aéroport de Porto un peu après 14h (heure locale, GMT+1), a aussi souhaité que ce pays de tradition catholique mais atteint par la sécularisation manifeste «le sens profond de Dieu, l’ouverture solidaire guidée par (…) l’humanisme chrétien».

Dans son dernier discours, prononcé sur le tarmac de l’aéroport en présence du président portugais Anibal Cavaco Silva, Benoît XVI a ainsi salué «tous les Portugais, catholiques ou non», les hommes et les femmes «qui vivent dans ce pays, même s’ils n’y sont pas nés», et a souhaité parmi eux «la concorde qui est essentielle pour une solide cohésion». Cette concorde, a-t-il poursuivi, est «la voie nécessaire pour affronter avec responsabilité commune les défis qui se présentent».

Le Portugal doit manifester «sa grandeur d’âme, le sens profond de Dieu, l’ouverture solidaire guidée par les principes et les valeurs imprégnés de l’humanisme chrétien», a indiqué Benoît XVI, appelant également à une «plus grande fraternité et solidarité» ainsi qu’un «plus grand respect réciproque». En milieu de journée, peu avant de quitter Porto, depuis l’imposant balcon central de la Mairie, le pape avait adressé quelques mots de remerciement aux dizaines de milliers de pèlerins qui venaient d’assister à la messe sur l’Avenida dos Aliados, pour leur présence et le témoignage de leur foi.

Benoît XVI s’était notamment dit reconnaissant de la «gratitude» et de l’»adhésion au magistère du successeur de Pierre» manifestées par les étudiants de la ville. Le souverain pontife avait ensuite reçu 2 cadeaux très originaux: une guitare blanche laquée en fibre de carbone répondant aux standards les plus pointus en matière de technologie, offert par les universités et le diocèse de Porto, ainsi qu’un tee-shirt électronique permettant de suivre le rythme cardiaque de celui qui le porte.

Le pape était ensuite directement parti en direction de l’aéroport de Porto, en papamobile, où il avait été accueilli par le chef d’Etat portugais et son épouse pour participer à la cérémonie de départ. Après l’exécution des hymnes et les discours, l’avion de Benoît XVI, un A320 de la compagnie portugaise TAP, a quitté le sol portugais à 14h10 (heure locale, GMT+1). L’arrivée de l’Airbus à Ciampino, non loin de Rome, est prévue pour 18h, (heure locale, GMT+2). (apic/imedia/ami/cp/be)

14 mai 2010 | 16:06
par webmaster@kath.ch
Partagez!