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Blasphème: des responsables musulmans défendent une chrétienne

Une infirmière chrétienne de Karachi (Pakistan) a été molestée et torturée pendant des heures après avoir été accusée de blasphème par des collègues, fin janvier 2021. Chose inhabituelle, des responsables musulmans du pays ont publiquement condamné ces agissements.

Tabitha Nazir Gill a été traînée sur le sol du Sobraj Maternity Hospital, au sud de la métropole pakistanaise de Karachi. L’infirmière a été rouée de coups, menacée, ligotée et torturée pendant des heures jusqu’à ce que la police n’arrive dans l’établissement et ne la prenne en charge, rapporte l’agence d’information vaticane Fides. Certaines de ces violences ont été filmées et diffusées sur internet. Tabitha a été traitée ainsi après que des collègues l’aient accusée d’avoir proféré des propos méprisants à l’encontre d’Adam, d’Abraham et de Mahomet.

L’ombre de l’affaire Asia Bibi

La police a remis la chrétienne en liberté après une brève enquête sur place. Une plainte pour blasphème, issue de groupes musulmans, a été enregistrée le lendemain par les agents. Le Code pénal pakistanais prévoit pour les cas de blasphème des sanctions pouvant aller jusqu’à la peine de mort.

De telles accusations, le plus souvent contre des femmes chrétiennes, sont régulièrement apparues dans le pays, ces dernières années. Le cas le plus médiatisé ayant été celui d’Asia Bibi, qui a finalement été acquittée et libérée en octobre 2018, après avoir passé plus de huit ans en prison et avoir été dans un premier temps condamnée à la peine capitale.

Peu de responsables musulmans avaient alors osé prendre sa défense. En 2011, le gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, avait été assassiné pour avoir soutenu Asia Bibi et critiqué la loi anti-blasphème.

«Le gouvernement du Pakistan ne tolérera pas ces abus»

Concernant l’infirmière de Karachi, des responsables musulmans influents du Pakistan ont très rapidement signifié leur réprobation face au traitement subi par la chrétienne. C’est le cas de Hafiz Tahir Mehmood Ashrafi, président du Conseil des oulémas du Pakistan. «Personne ne doit être autorisé à se faire justice lui-même, pas plus que d’abuser des lois sur le blasphème», a déclaré celui qui est également représentant spécial pour l’harmonie religieuse du Premier ministre Imran Khan. «Toutes les organisations religieuses et les responsables ont condamné les tortures infligées à l’infirmière chrétienne à l’hôpital. Le gouvernement du Pakistan ne tolérera pas ces abus», a-t-il averti.

L’islam «du côté des opprimés»

Une condamnation relayée par le responsable religieux chiite Allama Shehryar Raza Abidi. «Cela a été une honte de voir des femmes musulmanes frapper une chrétienne et utiliser un langage offensant contre elle». Pour le clerc islamique, cette violence démontre «un extrémisme et un fondamentalisme (…) qui ne sont pas des principes de l’islam, et communiquent un message et une image erronée» de cette religion.

Rappelant l’assassinat de Salman Taseer, Allama Shehryar Raza Abidi a déploré que «des meurtriers soient transformés en héros de l’islam». Il a ajouté que «c’est une chose triste qui endommage l’image de l’islam et du Pakistan. (…) Nous devons être du coté des opprimés, nous opposer à la violence, protéger les faibles: en tant que disciple de Mahomet nous devons être miséricordieux». (cath.ch/fides/rz)

Le religieux pakistanais Allama Sherhryar Raza Abidi a condamné les violences contre l'infirmière chrétienne (Facebook, capture d'écran)
2 février 2021 | 17:06
par Raphaël Zbinden
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