De nouveaux défis pour l’Eglise
Bolivie: Vers le retour de l’ex-dictateur Banzer
La Paz, 8 juin 1997 (APIC) – Si le Parlement bolivien confirme le résultat des élections du 1er juin, le prochain président de la Bolivie sera l’ex-dictateur Hugo Banzer. Avec un peu plus de 22 % des suffrages en sa faveur (dépassant de 5 % le parti occupant la deuxième place), le général Banzer, qui a dirigé une junte militaire de 1971 à 1978, reviendrait à la tête du pays, mais cette fois-ci par la voie démocratique.
Conformément à la Constitution bolivienne, il appartient au pouvoir législatif de procéder à la nomination du prochain président si aucun candidat n’obtient la majorité. Or la prochaine session du Parlement est fixée au début août. Jusqu’à cette date, toutes les alliances sont possibles entre les six formations qui ont obtenu des sièges.
Selon les observateurs locaux, l’ex-dictateur du pays, candidat de l’Alliance démocratique nationaliste (ADN), obtiendra l’appui d’au moins deux autres partis, ce qui lui garantira l’accès à la première magistrature du pays.
«Le retour d’Hugo Banzer au gouvernement ne signifiera rien d’autre que la continuité du schéma néo-libéral en vigueur… Ses propositions ne sont pas nouvelles», estime Ramiro Argandoa, directeur du Centre de théologie populaire de la capitale bolivienne, actuellement en Suisse à l’invitation de la Mission de Bâle.
Influencé par la théologie de la libération, le Centre de théologie populaire, une institution oecuménique qu’il préside depuis 17 ans, s’occupe de réflexion théologique-biblique et de la formation d’agents de la pastorale, de responsables d’Eglise et de dirigeants syndicaux.
Le fait qu’un grand nombre d’électeurs se soient montrés indécis jusqu’au dernier moment, le résultat relativement faible d’Hugo Banzer – en 1985, il avait obtenu 28,5 % des suffrages – la grand nombre d’abstentionnistes «sont des signes du manque de confiance du peuple» envers le fonctionnement démocratique électoral, explique Ramiro Argandoa.
Comment un ancien dictateur, responsable d’une des plus violentes répressions dans ce pays peut-il devenir vingt après président constitutionnel. Le peuple aurait-il donc oublié?
«Je ne crois pas que ce soit le cas», estime Ramiro Argandoa. «Cela exprime plutôt une certaine baisse de confiance en la classe politique et dans les élections. Cette crise de crédibilité du système démocratique pousse les gens à se montrer pragmatiques, à changer leur vote d’une élection à l’autre, à rechercher des alternatives qu’ils ne trouvent pas. Comme disent les gens en Bolivie, ’peu importe qui gagne, c’est toujours le peuple qui perd’.»
En marge des résultats électoraux et de la dynamique de la démocratie «formelle», les Eglises sont aujourd’hui confrontées à des défis clairs: «Il est nécessaire que nous nous engagions sans conditions avec les nouveaux acteurs sociaux et que nous avancions en même temps dans la construction d’un nouveau modèle d’Eglise». Un modèle plus participatif, plus démocratique, plus engagé, précise en conclusion Ramiro Argandoa. (apic/eni/pr)



