Bombardements américano-anglais sur l’Irak: le terrible témoignage d’un Père franciscain

Vision d’apocalypse: «Des enfants erraient en sang, sans bras»

Bagdad/Rome, 22 décembre 1998 (APIC) «J’ai vu, et j’ai filmé des gamins errer en sang, mutilés, sans bras. A l’hôpital, le spectacle était terrifiant. J’ai vu des enfants opérés sans anesthésie…» Terrible témoignage, qui tranche singulièrement avec les images «gentilles» des TV américaines, notamment, que celui apporté par le Père franciscain Jean-Marie Benjamin, de la Fondation Beato Angelico, établie en Italie. Un témoignage repris par le quotidien «24 Heures» et confirmé mardi à la Radio Suisse romande.

De retour d’Irak, ce religieux français parle d’»une vision d’apocalypse». D’enfants mutilés, sacrifiés au nom d’une logique américano-anglaise, expliquée par le Premier ministre anglais Tony Blair devant un sapin de Noël placé devant sa demeure ministérielle, commanditée par un président Clinton plus soucieux de tenter de «rectifier» une image personnelle peu flatteuse, que du sort des milliers d’enfants. Innocents, eux. Et pas forcément menteurs.

Rentré samedi d’Irak, le Père Benjamin avait les bagages pleins de films, tournés pendant et après les bombardements de Bagdad. Outré, il a découvert qu’ici – à Rome comme dans le reste de l’Europe – malgré les images retransmises des bombardements, l’opinion publique était restée dans l’ignorance des conséquences des raids anglo-américains.

«Je ne pouvais pas croire que la signification des images que j’ai vues pouvait être cachée, comme si les missiles se limitaient à faire des tracés lumineux dans le paysage sans provoquer de destruction et apporter la mort, raconte ce Père franciscain. Ces armes que l’on appelle intelligente – en théologie on m’a enseigné que l’intelligence est une faculté de l’âme – ont atteint en moyenne six objectifs sur dix. Et les quatre autres? C’était des maisons dans les quartiers populaires de la banlieue, où à côté de l’Hôpital Saddam. J’ai vu une maison éloignée de tout objectif, complètement démolie et la famille de huit personnes qui y résidait anéanties».

Terrifiant

«De toute façon, malgré cette intelligence technique, toute relative, le souffle des missiles avait un rayon destructeur qui allait bien au-delà des objectifs touchés. Moi-même devant l’Hôtel Rachid, j’ai été projeté contre le mur par l’explosion d’un missile à un demi-kilomètre de distance. Une deuxième explosion a fait voler en éclats toutes les vitres de l’hôtel. Mais le spectacle était pire le matin. J’ai vu, et j’ai filmé des gamins errer en sang, mutilés, sans bras. Et à l’hôpital, le spectacle était terrifiant. J’ai vu des enfants opérés sans anesthésie. J’ai vu des bistouris baigner dans de l’eau sale, les tables d’opération nettoyées à l’essence pour accueillir des brûlés vifs. Des blessés couchés à l’entrée de l’hôpital sans que le personnel ne puisse les soigner faute de médicaments. Une vision d’apocalypse».

Le Père Benjamin se trouvait en Irak depuis le mois de mai, pour filmer pour sa fondation les effets destructeurs de huit ans d’embargo. Il a parcouru 4’000 km à l’intérieur du pays. Pour trouver une «population à genou». Le religieux franciscain est allé au Vatican montrer son film: «Il faut faire quelque chose, dit-il aujourd’hui. Comment, malgré toutes les Conventions sur l’enfance signées, peut-on provoquer de semblables tragédies. Et je ne parle pas seulement des bombardements de la semaine dernière. En 1991, 300 tonnes d’uranium appauvri ont été jetés sur le sud du pays. Résultat: d’innombrables cas de leucémies, de cancers, de malformations à la naissance. (apic/24H/pr)

22 décembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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