Rome: Les nombreux motifs possibles de la démission d’Ettore Gotti Tedeschi
Bouc émissaire, divergence avec ses supérieurs, rupture de confiance ou les trois?
Rome, 25 mai 2012 (Apic) Au lendemain du départ forcé du président de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), l’Italien Ettore Gotti Tedeschi, nul ne sait dire avec exactitude ce qui a entraîné ce nouveau séisme au sein de l’administration vaticane. Plusieurs hypothèses circulent cependant, sur fond de divergences au plus haut niveau quant à la gestion de la banque du Vatican et à la transparence financière du petit Etat.
Plus que le départ précipité du «banquier du pape» poussé à la démission le 24 mai par les 4 autres membres du Conseil de surintendance de l’IOR, c’est d’abord la communication autour de ce limogeage qui entraîne de multiples questions. Dans un milieu habitué aux départs discrets ou aux déplacements déguisés en promotions – selon le célèbre adage latin promoveatur ut amoveatur -, le Saint-Siège a en effet choisi cette fois-ci un ton ferme, assurant que la situation de gouvernance de l’IOR s’était «ultérieurement détériorée» et qu’il convenait désormais de retrouver «un excellent président».
Ce ton tranche avec les communiqués publiés en septembre 2010, alors que la banque dirigée par Ettore Gotti Tedechi était soupçonnée de mouvements d’argent suspects, et qui faisaient alors état de «la totale confiance» du Saint-Siège envers «les dirigeants de l’IOR. Le choix du «banquier du pape» – blanchi par la suite de ces accusations – d’aller alors à la rencontre de la justice italienne n’aurait pas été du goût de tous au sein de la curie.
Pour certains observateurs, le banquier italien serait un «bouc émissaire facile». D’autres soulignent qu’il est plus aisé, au Vatican, de renvoyer un laïc, qui ne doit en effet être «recasé» nulle part.
De multiples hypothèses
Interpellé par I.MEDIA, un prélat de la curie avance ainsi l’hypothèse la plus répandue: voici plusieurs mois déjà que le banquier italien de 67 ans appelé au secours par les autorités vaticanes il y a moins de 3 ans pour prendre les rênes de l’IOR n’était plus en phase avec ses supérieurs concernant l’application de la loi sur la transparence financière. Il demeure cependant difficile de faire la part des choses, d’autant qu’en septembre 2009, lors de l’arrivée de ce professeur d’économie et ancien directeur de banque, les responsables du Vatican mettaient en avant sa capacité à mettre en place la politique de transparence voulue par Benoît XVI et exigée par ailleurs par les standards européens.
Sans aucun doute, Ettore Gotti Tedeschi fait également les frais de sa perplexité face à l’opportunité pour le Saint-Siège de renflouer un célèbre hôpital milanais, le San Raffaele. Ce projet, évoqué fin 2011 et désormais abandonné, était particulièrement porté par son supérieur hiérarchique, le cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone.
L’embarras est palpable au Vatican où cette nouvelle affaire semble s’inscrire par ailleurs dans les révélations en cascade, dans la presse et l’édition littéraire en Italie, de documents confidentiels révélant au grand jour des luttes internes où la figure du cardinal Bertone n’est jamais éloignée. Lettres ou notes internes font ainsi apparaître des divergences concernant la recherche de transparence dans les finances vaticanes, en particulier avec le cardinal Attilio Nicora, à la tête de l’Autorité d’information financière (AIF) instituée en janvier 2011.
A peine publié, le livre-choc «Sa Sainteté – les documents secrets de Benoît XVI» contient en particulier des notes confidentielles envoyées par Ettore Gotti Tedeschi au secrétaire du pape, Mgr Georg Gänswein. On y retrouve en particulier sa volonté de tout faire pour accélérer la transparence financière du Vatican. Selon la presse qui cite «des sources vaticanes sérieuses», déçu par l’attitude de l’administration, le «banquier du pape» pourrait même être parmi ceux qui ont facilité la publication de certains documents confidentiels.
La liste blanche des Etats vertueux
Toujours est-il que cette nouvelle affaire tombe bien mal. Dans deux mois à peine, des experts européens (Moneyval) vont devoir décider si le Vatican peut figurer sur la ›White list’, celle des Etats vertueux qui luttent efficacement contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. La presse italienne avance d’ailleurs que les premières conclusions de Moneyval seraient négatives, ce qui aurait poussé Ettore Gotti Tedeschi vers la sortie.
Le principal intéressé a, pour l’heure, peu parlé. «Je préfère me taire car, sinon, je devrais seulement dire des grossièretés», a brièvement confié Ettore Gotti Tedeschi au soir de sa démission, invitant cependant les journalistes à la patience.
Le lendemain, il s’est dit «partagé entre le souci de dire la vérité et le fait de ne pas vouloir déranger le pape». Reste que Benoît XVI apprécie le banquier catholique – qu’il avait consulté lors de la rédaction de l’Encyclique Caritas in Veritate (2009) – et pourrait choisir de le recevoir en toute discrétion afin d’entendre sa version des faits. (apic/imedia/ami/bb)



