Bouleversé par la «guerre dévastatrice» et le «bain de sang à Gaza»
Jérusalem: Le patriarche Fouad Twal déplore le développement de l’antagonisme religieux
Jérusalem, 19 décembre 2014 (Apic) Dans son traditionnel message à l’approche de Noël, le patriarche latin de Jérusalem déplore le développement de l’antagonisme religieux dans la Ville Sainte, notamment les attaques contre les mosquées ou les synagogues. Evoquant les temps forts de l’année 2014, le patriarche Fouad Twal a souligné que c’est la «guerre dévastatrice» et le «bain de sang à Gaza» qui l’ont le plus bouleversé.
Estimant que les dirigeants politiques israéliens et palestiniens, mais également la communauté internationale, portent une lourde part de responsabilité, le patriarche Fouad Twal a dénoncé la sanglante guerre qui a ravagé Gaza en juillet et août derniers, faisant plus de 2’000 morts, la plupart des civils, dont quelque 500 enfants.
Grandes sont les responsabilités des dirigeants politiques israéliens et palestiniens
Au cours des dix dernières années, a-t-il souligné, «Gaza a subi trois guerres, des milliers de personnes ont été tuées, et des centaines de milliers blessées dans un lendemain de destruction et de désespoir… Grandes sont les responsabilités des dirigeants politiques – israéliens et palestiniens – pour trouver et faciliter une solution. Grande aussi est la responsabilité de la communauté internationale pour aider ces deux parties à s’aider elles-mêmes…»
S’il condamne la guerre à Gaza et déplore ses conséquences dramatiques comme la mort et la destruction, le patriarche Twal dénonce «tout type de violence ou de vengeance à l’encontre de personnes innocentes comme l’assassinat de personnes en prière dans une synagogue et des attaques à l’encontre de mosquées».
«Jérusalem a ruisselé de sang et de larmes»
«Malheureusement, notre Ville Sainte bien-aimée Jérusalem a ruisselé de sang et de larmes. Nous ne voulons pas d’un antagonisme religieux dans cette Ville Sainte, dont la vocation est d’être la ville de la paix et de la coexistence interreligieuse», écrit-il dans son message. Il rappelle que les chefs chrétiens de Terre Sainte ont visité la synagogue Har Nof
«pour condamner l’acte inhumain perpétré en ces lieux» le 18 novembre 2014, et ont visité la mosquée Al Aqsa pour demander le respect de l’ancien statu quo qui régit l’accès au troisième lieu saint de l’islam.
Concernant la tentative de mainmise israélienne sur des portions de la Vallée de Crémisan, il dit espérer que la Cour Suprême israélienne laissera les 300 hectares de cette vallée ainsi que les deux monastères salésiens côté palestinien du mur de séparation que veulent ériger les autorités israéliennes.
Menace de mainmise israélienne sur la Vallée de Crémisan
«Aujourd’hui, nous sommes inquiets parce que les derniers développements de la récente audience penchent d’un autre côté. Nous craignons que la Cour décide que les terres appartenant aux 58 familles chrétiennes palestiniennes, soient séparées de Beit Jala. Une telle décision ferait du mal à notre communauté et nous espérons que les juges sauront se laisser inspirer par des principes éthiques sans se soumettre à la pression politique».
Le patriarche Fouad Twal relève encore que de nombreuses familles souffrent du manque de documents juridiques permettant au couple de pouvoir vivre ensemble lorsque le mariage a lieu entre un Palestinien et un non-palestinien.
Il est difficile, ensuite, d’obtenir un visa ou le statut de résident pour le conjoint non-palestinien. «Ici, nous demandons au gouvernement israélien d’assouplir les restrictions actuelles sur la réunification des familles».
Malgré les tensions et la violence, des sources de joie
Mais 2014, outre les tensions et les victimes de la violence, a également été une source de joie, et l’un des «meilleurs temps» de cette année fut à ses yeux le pèlerinage du pape François en Terre Sainte. «Ce fut un succès sur le plan pastoral et œcuménique. Cette visite a donné lieu ensuite à cette magnifique rencontre de prière dans les Jardins du Vatican en présence du président Abbas, de l’ancien président Peres et du patriarche Bartholomée. Même si nous n’avons pu en voir les fruits concrets, toute prière est valide et les fruits peuvent venir plus tard, comme l’olivier planté à cette occasion pourrait bien donner de nombreux fruits dans le futur».
Une autre grande joie pour les chrétiens de Terre sainte a été l’annonce que le pape François a signé un décret pour la canonisation de deux saintes palestiniennes. Mariam Bawardi, originaire de Ibillin, en Haute Galilée, et fondatrice du monastère du Carmel à Bethléem, et la bienheureuse Marie Alphonsine Ghattas, née dans la Vieille Ville de Jérusalem et co-fondatrice des Sœurs de la congrégation du Rosaire, seront officiellement canonisées à Rome l’été prochain. Un grand nombre de fidèles se rendront à Rome à cette occasion.
Deux saintes pour la Palestine
«Les deux saintes, écrit-il, sont une source d’espérance pour l’avenir. Nous comptons sur leur intercession pour la paix en Terre Sainte». Et de conclure qu’»au milieu de tous nos malheurs et de toutes nos souffrances, nous nous souvenons avec gratitude de la solidarité de nombreuses personnes, organisations et institutions, ainsi que de nombreux Etats, qui sont venus à notre aide sous différentes formes et de différentes manières. La naissance de Jésus est une promesse de miséricorde, d’amour et de paix pour d’innombrables personnes en proie aux souffrances et aux tribulations, pour tous ceux qui voient leurs vies brisées et leurs efforts entravés dans cette lutte et cette haine tumultueuse en ces jours de tempête». (apic/lpj/be)



