Les déplacés se comptent par milliers dans les camps de fortune
Brazzaville: L’appel au secours des Eglises chrétiennes du pays
Brazzaville, 3 novembre 2002 (APIC) Les populations fuient de plus en plus les violences au Congo-Brazzaville. Elles tentent non sans mal de se réfugier dans la capitale, pour se mettre à l’abri des actes de deux bandes dissidentes des rebelles «ninjas» du pasteur Ntumi et des exactions des soldats gouvernementaux. Plusieurs responsables d’Eglise congolais lancent un appel à la solidarité chrétienne internationale.
Depuis le 18 octobre dernier, deux bandes dissidentes des rebelles «ninjas» du pasteur Ntumi sèment la terreur dans un rayon de 30 km au sud de Brazzaville: camions incendiés, villages pillés, assassinats et populations rançonnées. La capitale est désormais coupée de la principale zone de ravitaillement en vivres.
Les populations, qui fuient les exactions des rebelles et des soldats gouvernementaux, abandonnent les villages et affluent vers la capitale où elles sont refoulées par les policiers à l’entrée du pont du Djoué qui commande l’accès à la ville par le sud. Trois temples de l’Eglise évangélique du Congo et une chapelle catholique situés dans la banlieue sud de la ville ont été ouverts pour accueillir les 4’464 premiers déplacés. Un quatrième site a été créé à 17 km de la ville, dans les bâtiments désaffectés de l’Institut de développement rural. Les quatre sites accueillent en moyenne une centaine de nouveaux arrivants par jour.
Mgr Anatole Milandou, archevêque de Brazzaville et président en exercice du Conseil oecuménique des Eglises chrétiennes du Congo (COECC), est allé visiter les déplacés le 27 octobre dernier.
«C’est écoeurant pour nous pasteurs de voir des populations en éternelle vadrouille depuis bientôt 10 ans. Cela nous fait souffrir alors que les solutions peuvent être trouvées facilement», s’insurge-t-il dans un entretien accordé à l’Agence oecuménique ENI.
Aide insuffisante
Comme solution, Mgr Milandou, qui préside aussi la Conférence épiscopale du Congo, est formel: «Nous ne cessons de le dire depuis longtemps: le dialogue est le seul moyen pour résoudre définitivement le problème entre les rebelles et le pouvoir en place. Il faut simplement de la volonté politique». Le pasteur Fredam Mbombakani, de la paroisse évangélique de Mansimou qui a accueilli près de 1’300 déplacés, est lui aussi convaincu que «la solution militaire ne va pas résoudre le problème».
Le gouvernement, qui a interdit l’installation des sites des déplacés en pleine ville, a sollicité l’assistance des organisations humanitaires onusiennes qui ont commencé à apporter les premières aides. Celles-ci se révèlent insuffisantes au regard des besoins. En ce début de saison des pluies, les déplacés manquent de tentes, de nourriture, de matériel de couchage, de médicaments, de latrines et surtout d’eau potable.
L’action de secours d’urgence (ASU) de l’Eglise évangélique du Congo (soutenue par des Eglises de Suède et de Norvège) et Caritas Congo, de l’Eglise catholique, apportent ce qu’elles peuvent. Mgr Milandou ne cache pas son exaspération devant l’impuissance matérielle des Eglises pour soulager les souffrances des populations sinistrées: «Cela fait 10 ans que nous tentons avec nos faibles moyens d’assister les populations malgré le fait que nous tous avons été pillés copieusement. Nous allons peut-être organiser des quêtes dans nos Eglises. Mais c’est clair; nous ne pourrons pas faire face à ce grand drame». (apic/eni/pr)




