20’000 noirs réunis dans et autour de la cathédrale d’Aparecida
Brésil: 300e anniversaire de la mort de l’esclave Zumbi
Sao Paulo, 17 novembre 1995 (APIC) Près de 20’000 noirs et métisses brésiliens ont célébré dans la cathédrale d’Aparecida, près de Sao Paulo, le 300e anniversaire de la mort de Zumbi, le leader de la révolte des esclaves au 17e siècle. La célèbre «messe des quilombos», interdite par le Vatican, a été chantée et dansée pour rappeler le combat des esclaves pour leur libération. Celle de la population de couleur vivant actuellement au Brésil.
La célébration religieuse à Nossa Senhora Aparecida, haut lieu marial, a été le point culminant de la marche de plusieurs jours de Sao Paulo à Aparecida, que le syndicat indépendant, la Centrale unique des travailleurs (CUT), avait organisé pour attirer l’attention sur les travailleurs et les chômeurs noirs.
Zumbi a été tué le 20 novembre 1695 par l’armée coloniale portugaise. Au 17e siècle de nombreuses communautés d’esclaves indépendantes s’étaient fondées dans les campagnes pour résister à leurs maîtres colonisateurs venus du Portugal. La communauté la plus célèbre, qui formait une sorte d’Etat noir, a été celle de Palmarès, dans l’actuel Etat d’Alagoas dans le Nordeste du pays.
Durant la messe, les organisateurs et le prêtre qui officiait ont aussi évoqué la situation des paysans brésiliens. L’arrestation récente de deux leaders du Mouvement des paysans sans terre (MST) sont «les premiers prisonniers politiques du gouvernement du président Fernando Henrique Cardoso», a déclaré la Commission pastorale de la terre (CPT), liée à la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB). Pendant et après la célébration, la mise en liberté de Deolinda Alves de Souza et Marcio Baretto a été exigée. La mise en place d’une vraie réforme agraire fut l’un des slogans les plus répétés.
Une messe controversée
«La messe des quilombos» est l’oeuvre commune du célèbre compositeur Milton Nascimento pour la musique, de Mgr Pedro Casaldaliga, évêque de Sao Feliz, et du poète Pedro Tierra, pour les textes.
Cette messe avait été célébrée la première fois à Recife, en novembre 1981, en présence de dom Helder Camara, alors archevêque de la capitale de l’Etat de Pernambuco. Ce qui avait provoqué une réaction négative de la Congrégation romaine du Culte divin. Cette dernière avait jugé cette messe provocatrice. La célébration illustrant, selon Rome, «la politisation de l’Eucharistie». Malgré l’interdiction, toujours en vigueur, de chanter cette messe dans les églises, l’archidiocèse d’Aparecida, dont l’archevêque est depuis la mi-août 95, le cardinal Aloisio Lorscheider, ancien archevêque de Fortaleza, a invité les organisateurs de la fête à célébrer cette messe controversée dans la grande cathédrale. Un prêtre du diocèse était le célébrant principal. Un message d’accueil du cardinal Lorscheider, non présent dans l’assemblée, a été lu au début de la cérémonie. (apic/kna/ba)




