Des membres de la Police Militaire impliqués

Brésil: Assassinat de deux leaders du Mouvement des Sans Terre (MST)

Sao Paulo, 29 mars 1998 (APIC) Des membres de la Police Militaire brésilienne sont impliqués dans l’assassinat de deux leaders du Mouvement des Sans Terre (MST). Près de 2’000 personnes ont assisté samedi à Parauapebas, dans le sud de l’Etat du Para, à l’enterrement d’Onalicio Araujo Barros et de Valentim Silva Serra, abattus dans la nuit du 26 mars par des «pistoleiros» qui auraient exécuté un «contrat» pour le compte du fazendeiro Carlos Antonio da Costa.

Selon le commandant de la Police Militaire (PM) de Parauapebas, le major Joaquim Silva de Souza, dix des onze policiers présents jeudi à la fazenda «Goias Dois», où ont été assassinés les responsables du MST, sont également impliqués dans le massacre de 19 paysans sans terre à Eldorado dos Carajas, en avril 1996. Ils devraient être jugés pour ces crimes cette année encore.

Ces policiers étaient en congé et accompagnaient pour leur propre compte les officiers judiciaires chargés de la récupération de la propriété de la fazenda, a révélé le commandant de la PM. Il a précisé que les policiers étaient cagoulés et avaient camouflé leurs identifications. Ils sont tous détenus dans les casernes de Parauapebas et de Xinguara.

Graves tensions dans la région

Jorge Neri, dirigeant du MST dans l’Etat du Para, a déclaré dans une interview que la situation dans la région «est très tendue». Il a qualifié d’»imprévisible» la forme que prendra l’expression du sentiment de révolte et de profonde indignation qui anime les travailleurs ruraux. La direction nationale du MST a rendu responsable le président brésilien Fernando Henrique Cardoso et les autorités judiciaires des nouveaux assassinats commis dans l’Etat du Para.

Gilmar Mauro, de la Coordination nationale du MST, a déclaré que l’impunité des policiers qui ont participé au massacre d’Eldorado dos Carajas et l’existence de latifundias improductives ont favorisé les crimes de jeudi passé. «De nouveaux crimes vont être perpétrés. Quel va être l’endroit des prochains morts?», s’interroge-t-il.

Onalicio Araujo Barros et Valentim Serra, les leaders du MST assassinés jeudi au nord du Brésil, organisaient la désoccupation de 120 familles installées sur le territoire de la fazenda Goias II, appartenant à l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire (Incra), à 25 km de Parauapebas.

L’Etat du Para, sur le front de la colonisation agraire, est secoué par les violences nées de la lutte pour la possession de la terre, dans les régions où les titres de propriété ne sont pas solidement fondés et où de grands propriétaires accaparent la terre par la force. Dans un communiqué à la presse, les dirigeants du MST ont déclaré que «la Police Militaire et les fazendeiros tuent et font tuer parce qu’ils savent pertinemment que la Loi n’est pas en faveur des pauvres.» Ces deux dernières années, plus de trente travailleurs ruraux ont été assassinés dans la région connue sous le nom de Grand Carajas.

L’impunité favorise de nouveaux crimes

Ainsi le massacre d’Eldorado do Carajas, le 17 avril 1996, qui a coûté la vie à 19 paysans sans terre, risque d’allonger la longue liste des crimes impunis au Brésil, relèvent les responsables du MST. Les policiers qui ont tué les 19 travailleurs ruraux poursuivent ainsi leurs activités en toute impunité. Les personnes assassinées jeudi étaient des survivants du massacre d’Eldorado dos Carajas et étaient témoins dans le procès intenté aux auteurs de la tuerie.

Le MST accuse le président Fernando Henrique Cardoso, car la réforme agraire qui tarde à se mettre en place relève de sa compétence. Le secrétaire général de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil (CNBB), Mgr Raymundo Damasceno Assis, a réclamé à cette occasion une politique de réforme agraire «courageuse et créative» pour éviter des actes de violence comme ceux qui ont coûté la vie aux deux responsables des sans terre du Para. L’évêque a réclamé une enquête sur ce nouveau crime et la punition des coupables. Le président du secteur de la Pastorale sociale de la CNBB, Mgr Demétrio Valentino, a déclaré pour sa part que le châtiment de ces crimes est nécessaire pour éviter de nouveaux cas de ce genre.

Les promesses du gouvernement brésilien au pape

L’assassinat des deux syndicalistes ruraux a lieu peu de temps après que le ministre de la Réforme Agraire, Raul Jungmann, ait remis au pape Jean Paul II lors d’une audience au Vatican le document «Réforme Agraire au Brésil – l’action du gouvernement brésilien». Le gouvernement brésilien a promis au pape que le problème de la terre serait en grande partie réglé dans les cinq ans à venir.

Le document officiel brésilien est en quelque sorte une réponse aux critiques de l’Eglise contenues dans un récent document du Conseil pontifical «Justice et Paix» plaidant pour une meilleure distribution de la terre. La doctrine sociale de l’Eglise condamne les grandes propriétés foncières (»latifundias») comme étant «intrinsèquement illégitimes», rappelle le document du Vatican intitulé «Pour une meilleure répartition de la terre; le défi de la réforme agraire», rédigé dans la perspective du Grand Jubilé de l’an 2000 et de l’examen de conscience qui s’y attache.

Le document traite aussi avec une attention particulière la question des peuples indigènes, propriétaires depuis la nuit des temps de leur terre, même s’ils n’ont pas de titres de propriété sanctionnés par la loi. Le texte dénonce en outre, des formes de violence menées par «l’élite foncière et les grandes entreprises qui n’ont pas hésité, en de maintes occasions, à instaurer un climat de terreur» pour défendre leurs privilèges. (apic/ppl/be)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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