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Brésil: Bolsonaro ne pourra pas rouvrir les lieux de culte

La justice brésilienne a suspendu le 27 mars 2020 les passages du décret signé par le président Jair Bolsonaro qui incluait les activités religieuses comme «services publics essentiels». Le président minimise la pandémie de coronavirus et incite le pays à se remettre au travail malgré l’aggravation de la crise sanitaire qui touche le pays.

Le décret, signé par le président Bolsonaro, avait été publié le 26 mars au Journal Officiel. Il incluait notamment les «activités religieuses de toute nature» à la liste des services et activités essentielles qui peuvent fonctionner normalement pendant la crise sanitaire. Le décret indiquait néanmoins que «les activités devaient suivre les recommandations du ministère de la Santé». Au 28 mars, le pays comptait plus de 3’400 cas confirmés et 97 décès.

Pour le juge Marcio Santoro da Rocha qui a pris cette décision, «considérer comme essentielles les activités religieuses (…) reviendrait à porter un coup mortel à la cohérence que l’on est en droit d’attendre du système juridique, ouvrant les portes de la République fédérale du Brésil à l’exception casuistique et arbitraire, incompatible avec l’idée de démocratie et d’Etat de droit».

Intérêts des Eglises évangéliques

Cette mesure du gouvernement répondait aux intérêts déjà manifestés par les responsables d’Eglises évangéliques, comme les pasteurs Silas Malafaia de L’Assemblée de Dieu (13 millions de fidèles au Brésil) et d’Edir Macedo, de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu, soutiens du président Bolsonaro lors de la campagne présidentielle de 2018. Le jour même de la décision de justice, Silas Malafaia avait d’ailleurs renouvelé son soutien à Jair Bolsonaro. «Le coronavirus va t il tuer? Oui. Mais le chaos social va tuer encore davantage», a déclaré dans la presse Silas Malafaia.

Avant même la décision de justice, la plupart des responsables religieux avaient de toute façon affirmé ne pas vouloir recommencer à célébrer des messes en présence de fidèles. Les responsables de l’Eglise catholique avaient même rappelé que «la célébration de messes virtuelles constituait pour l’instant la meilleure mesure de prévention pour les fidèles».

Sans confinement, 500’000 morts possibles

Cette décision de la Justice figure comme un nouveau camouflet pour le président Jair Bolsonaro, après son allocution télévisée très controversée du 24 mars, dans laquelle il demandait la fin du confinement préconisé par la grande majorité des gouverneurs et maires du pays et recommandée par l’Organisation mondiale de la santé.

Une position largement critiquée, tout comme la campagne de communication «Le Brésil ne peut pas s’arrêter», lancée par le président le 26 mars, appelant le pays à se remettre au travail et  préconisant un confinement «vertical», seulement réservé aux personnes âgées et à celle à la santé fragile. Une mesure de flexibilisation de la quarantaine qui, si elle était adoptée, pourrait entraîner la mort de 529’000 personnes selon une étude réalisée par le Groupe de réponse au Covid-19 du Collège Impérial de Londres. (cath.ch/jcg/bh)

Le président Jair Bolsonaro fait partie des «corona-sceptiques» | Wikimedia
29 mars 2020 | 08:44
par Jean-Claude Gérez
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