Défense des Indiens et des Afro-Brésiliens
Brésil: Jean Paul II évoque les problèmes sociaux et la situation des minorités
De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois
Rio de Janeiro, 3 octobre 1997 (APIC) Dès son arrivée au Brésil, le pape Jean Paul II a pris la défense des minorités indigènes et des Afro-Brésiliens dont il a relevé l’apport important à la culture brésilienne. Jean Paul II a voulu montrer également qu’il n’oubliait pas les questions sociales, même si ce voyage est placé essentiellement sous le thème de la famille.
Fatigué après onze heures d’avion, Jean Paul II a retrouvé pour la troisième fois le Brésil dont il admire «l’hospitalité et la joie contagieuse». Jean Paul II va y séjourner trois jours pleins. Arrivé dans la soirée du jeudi 2 octobre, il quittera le pays dimanche soir après avoir présidé la seconde Journée mondiale des familles, pour laquelle deux millions de personnes sont attendues. Ce 80e voyage du pape hors d’Italie, n’est pas une visite pastorale comme les autres. «L’objectif précis du pape est la rencontre avec les familles, et seulement cela», a précisé le cardinal Etchegaray dans l’avion pontifical.
A son arrivée sur la partie militaire de l’aéroport Galeo, le pape a été reçu par le président Fernando Henrique Cardoso accompagné de son ministre des Affaires étrangères Luiz Felipe et des évêques du pays.
Le Brésil: des atouts… et des défis «énormes»
«Ce pèlerinage apostolique fait partie de mon ministère universel», a précisé le pape à son arrivée. Jean Paul II croit beaucoup dans l’avenir du Brésil, dont «les richesses de sa terre et de son sous-sol, le génie de l’entreprise de son peuple le placent parmi les plus grandes puissances du monde».
Mais il y a des ombres au tableau : «Les déséquilibres économiques, la distribution inégale et injuste des ressources économiques qui génère des conflits dans les villes et les campagnes, la nécessité de l’extension des structures sanitaires et culturelles de base, les problèmes de l’enfance abandonnée dans les grandes villes, pour ne pas citer d’autres problèmes, sont pour les gouvernants de ce pays des défis d’une proportion énorme. J’espère que les valeurs du patrimoine culturel et religieux de la Nation brésilienne serviront de base pour promouvoir des décisions justes pour la défense des valeurs familiales et de la Patrie.»
Ces minorités qui ont fait le Brésil
Après cet appel, le pape a demandé qu’une attention nouvelle soit portée à deux minorités. En premier lieu, les populations indigènes, les descendants de ceux qui ont habité cette terre avant les découvreurs et les colonisateurs. Ces populations indigènes ont contribué à fonder dans la culture brésilienne un sens profond de la famille, du respect pour les anciens, de l’intimité et de l’affection domestiques. Ils méritent toute notre attention pour qu’ils puissent vivre leur culture dans la dignité.»
Jean Paul II a exprimé les mêmes sentiments pour la population afro-brésilienne, «nombreuse et significative». «Les Brésiliens d’origine africaine méritent, ont droit et peuvent à juste titre exiger et attendre le plus grand respect pour les traits fondamentaux de leur culture, afin qu’à travers elle ils continuent d’enrichir la culture de la Nation, dans laquelle ils sont parfaitement intégrés comme citoyens de plein droit.» La population afro-brésilienne représente selon les estimations, environ 30 % des 156 millions de Brésiliens. Quant à la population indigène, elle est aujourd’hui réduite à 250.000 personnes, vivant dans des réserves protégées. Une minorité qui a toutefois doublé sa population, depuis dix ans date à laquelle ces réserves ont été créées.
La question sociale: plus qu’une parenthèse
Contrairement aux voyages précédents du pape, la question sociale, si elle a été abordée dans ce premier discours, ne sera pas au coeur de ce voyage brésilien consacré au seul thème de la famille. Les évêques du pays, qui s’apprêtent à publier un document important sur la question de la redistribution de la terre, ont préféré reporter sa publication pour ne pas interférer avec le thème central de ce voyage.
Dans l’avion papal en route pour Rio, le cardinal Etchegaray, président du Conseil pontifical Justice et Paix, a confirmé pour sa part que son dicastère publiera à la fin de cette année ou au début de 1998 un important document sur la question de la réforme agraire, «de portée mondiale». Il a également souligné la qualité des «excellents documents» sur les questions sociales publiés par les épiscopats d’Amérique Latine. «Souvent, on attend tout du Vatican, mais en bonne ecclésiologie, les Eglises locales ont une responsabilité importante», a-t-il souligné.
Interrogé sur l’abondance de ces textes par rapports aux besoins et aux réalités sur le terrain, le cardinal Etchegaray a observé que «sans ces textes, il n’y a pas de prise de conscience possible, et sans prise de conscience, pas d’éducation des consciences possible».
Une tendance vers l’amélioration ?
La situation sociale du Brésil reste difficile, même si une tendance à l’amélioration est notée ces dernières années par les organismes internationaux. Le taux d’inflation, qui était de 80 % par an en 1991, est retombé à 0,4 % cette année. De même, le nombre de Brésiliens vivant sous le seuil de pauvreté, qui était de 30 % en 1993, est descendu à 21 % en 1995. Le taux de chômage est de 4,4 %. Pour le produit intérieur brut par habitant, le Brésil vient nettement en tête des cinq «nouveaux grands» suivis par la Banque mondiale, avec la Russie, l’Indonésie, l’Inde et la Chine: 4.339 dollars par habitant, soit deux fois plus que la Russie qui arrive en seconde position de ce groupe.
Reste une réalité dramatique: environ quatre millions de paysans sont dans l’attente d’une terre dans le cadre de la réforme agraire en cours et qui se réalise trop lentement. On recense également 45.000 familles vivant dans des conditions précaires aux marges des grandes propriétés. Enfin, on estime que deux à trois millions d’enfants vivent à l’abandon dans les rues des grandes villes.
La papamobile ne s’est cependant pas arrêtée comme prévu devant l’église de la Candelaria pour permettre au pape de rendre hommage aux huit enfants des rues liquidés par les escadrons de la mort il y a quatre ans sur cette place. Les amis des victimes, bien que très déçus de ne pas voir le pape s’arrêter, ont tout de même lâché huit gros ballons blancs sur lesquels étaient inscrits les noms des huit jeunes.
Dans les six cents favelas qui ceinturent Rio de Janeiro, ville de plus d’un million d’habitants, les autorités assistent à une montée de la violence, avec des guerres de clans dues au trafic de drogue. (apic/imed/cip/mp)




