Brésil: L’archidiocèse de Rio de Janeiro investit dans la Bourse
Le seul profit pour les actionnaires, des «dividendes sociaux»
De Sao Paulo, Paulo Pereira Lima
Sao Paulo, 6 septembre 2000 (APIC) Alors que la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) s’est associée à une myriade d’organisations de base et de mouvements populaires à la grande récolte nationale de signatures pour le «plébiscite sur la dette extérieure» qui se déroule du 2 au 7 septembre, l’archidiocèse de Rio de Janeiro va investir dans la Bourse. Surprenant de la part d’une Eglise brésilienne plutôt critique à l’égard du capitalisme? Mais c’est pour la bonne cause: il s’agit de financer de façon originale les œuvres sociales de l’archidiocèse.
Selon le grand journal brésilien «O Estado De Sao Paulo», l’archidiocèse de Rio de Janeiro va lancer des actions à la Bourse de Rio, un «temple du capitalisme», pour une valeur dépassant 500 millions de dollars. Le 13 septembre, il va proposer, pour la renflouer, des titres de la Banque Providence sur le marché des actions de Rio. Le but est d’augmenter les fonds dont il a besoin pour maintenir ses œuvres d’assistance sociale.
Des actionnaires non rémunérés
Les futurs actionnaires n’auront pas de participation aux bénéfices ni de dividendes en reals, la monnaie nationale brésilienne, mais ils recevront des «dividendes sociaux». L’innovation de cette émission sur le marché des actions est que l’investisseur recevra des parts sociales, en toute transparence, la banque jouant le jeu. Ainsi, en pratique, les investisseurs feront un don, étant donné que leur seule rémunération sera l’envoi de rapports détaillés sur les projets sociaux de la Banque Providence. «Nous voulons donner un caractère professionnel à cette innovation, afin que ce soit bon pour les donations», explique Paulo Renato Marques, le «père» de l’idée.
Une banque fondée par Dom Helder Camara
La Banque Providence avait été fondée par Dom Helder Camara il y a 40 ans pour soutenir des œuvres sociales de l’archidiocèse de Rio de Janeiro. Maria Christina de Sá, directrice de la banque, a expliqué la difficulté de maintenir un chiffre d’affaires annuel de 2,9 milliards de reals. «Nous soutenons des programmes de protection des enfants de la rue, d’aide à d’anciens prisonniers, d’anciens alcooliques, mais nous n’obtenions pas les montants suffisants pour faire face à nos besoins», poursuit Maria Christina.
Paulo Renato Marques a alors proposé de placer en bourse des parts de la Banque Providence. Le but initial est d’atteindre la première année 1,1 milliard de reals, soit l’équivalent de 40% du budget annuel, avant de d’augmenter progressivement cette part les années suivantes. L’investisseur sera en mesure de savoir exactement où il placera son argent. L’Eglise, qui joue sur le mélange capital et aide sociale, compte sur l’engouement des Brésiliens pour la bourse, qui devrait les inciter à donner de plus grandes sommes d’argent dans des parts sociales que dans le plateau de la quête dominicale.
Enthousiasmé par l’idée, le président de la Bourse de Rio, Carlos Alberto Reis, constate que le marché des actions «considéré autrefois comme quelque chose de cruel, peut désormais se racheter» en aidant à financer des causes nobles. (apic/plp/be)



