Brésil: L’Eglise divisée sur l’occupation des fermes par les travailleurs sans terre du MST
Les évêques reconnaissent l’»impatience historique» des pauvres
Itaici /Sao Paulo, 22 avril 2004 (Apic) La Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), qui tient sa 42ª Assemblée plénière du 21 au 30 avril à Itaici, dans l’Etat de Sao Paulo, a critiqué la lenteur des réformes sociales entreprises par le président Luis Inacio Lula da Silva.
Les évêques brésiliens, tout en reconnaissent l’»impatience historique» des pauvres, ne partagent pas tous la vision militante de la Commission pastorale de la Terre (CPT), un organisme de la CNBB présidé par l’évêque Dom Tomas Balduino. La CPT a défendu pour la première fois l’occupation de grandes propriétés (latifundias) productives par le mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), dans le but de faire avancer la réforme agraire, suscitant les vives critiques des milieux conservateurs et de la grande presse brésilienne.
Le MST a repris l’occupation de terres non cultivées et récemment celle d’haciendas productives pour faire pression sur le gouvernement du président Lula pour qu’il fasse avancer le Plan National de Réforme Agraire (PNRA) qui prévoit l’établissement de 400’000 paysans sans terre durant son mandat. Joao Pedro Stedile, dirigeant national du MST, a cependant nié qu’il y ait une rupture avec le gouvernement de Lula ou une offensive contre lui.
Pour la CPT, le Brésil est le «champion mondial de l’inégalité sociale et le deuxième pays avec la plus grande concentration de la propriété de la terre». Moins de 3% des propriétaires possèdent en effet plus de la moitié des terres cultivables, dont une grande partie ne sont même pas travaillées. En même temps, plus de 4 millions de familles de travailleurs ruraux n’ont aucune terre et vivent dans une pauvreté extrême.
Dans la période de 1985-1997, la Commission Pastorale de la Terre (CPT) a enregistré 1003 assassinats de d’ouvriers agricoles, d’avocats, leaders syndicaux et religieux liés à la lutte pour la terre. Dans le même temps, affirme la CPT, la plupart de ces crimes sont restés impunis, la justice n’ayant prononcé que 56 jugements, dont seulement une dizaine de condamnations.
Pour Mgr Balduino, la distribution des terres aux ouvriers agricoles se fait trop lentement, laissant quasiment intacte la «dictature des gros propriétaires terriens» qui s’est imposée au Brésil à l’époque coloniale. L’évêque estime que l’occupation de terres productives est légitime pour faire changer les lois qui empêchent la réalisation de la réforme agraire, alors que celle-ci est prévue dans la Constitution brésilienne.
«La réforme agraire est une vieille question au Brésil. Il n’y a aucun doute qu’une réforme agraire équilibrée respectueuse de la loi, bien élaborée, puisse aider à résoudre de nombreux problèmes: chômage, manque de perspectives pour le futur, santé, vie sociale et démocratique», a déclaré Mgr Odilo Pedro Scherer, secrétaire général de la Conférence épiscopale brésilienne (CNBB), en ouvrant les travaux de la 42ème Assemblée générale de la CNBB à Itaici/Indaiatuba, dans l’Etat de Sao Paulo.
Mgr Scherer a parlé de la mobilisation de quelques mouvements sociaux, en relevant que la réaction de ces mouvements, y compris le MST, reflète une impatience qui provient de nombreux problèmes historiques encore irrésolus, qui concernent surtout les classes sociales les plus pauvres et les plus défavorisées «qui après tant d’attentes ne voient pas encore leurs désirs devenir réalité».
Les pressions des mouvements sociaux, selon l’évêque brésilien, illustrent d’une part l’impatience, mais de l’autre montrent, «pas toujours de façon adéquate», que la société civile est en train de s’organiser. «Il s’agit là d’un fait nouveau. Si d’un côté il y a des perplexités, de l’autre il y a quelque chose de très prometteur pour la vie démocratique».
La 42ème Assemblée générale de la CNBB, qui se conclura le 30 avril, est principalement dédiée au thème «Vies et ministères des prêtres»; des rencontres sont par ailleurs prévues sur le «Programme national pour vaincre la misère et la faim» et des analyses sur les principales questions d’actualité au Brésil, du droit à la terre aux peuples indigènes. (apic/misna/kna/be)



