La Cour suprême autorise la poursuite des travaux

Brésil: L’évêque en grève de la faim contre le détournement d’un fleuve est hospitalisé

Rio de Janeiro, 20 décembre 2007 (Apic) Alors que la Cour suprême brésilienne a donné mercredi son feu vert au gigantesque projet de détournement du fleuve Sao Francisco – devisé à 3 milliards de dollars – Mgr Luiz Flavio Cappio a été hospitalisé après 23 jours de grève de la faim. L’évêque franciscain de Barra, dans l’Etat de Bahia est tombé évanoui, annonce jeudi la BBC, mais ses jours ne seraient pas en danger, selon ses proches.

La veille de son hospitalisation, l’évêque protestataire, âgé de 61 ans, avait émis une proposition en huit points dans le but de mettre un terme à son acte de «jeûne et de prière». Mgr Cappio veut que le gouvernement du président Lula renonce à ce projet de détournement du fleuve Sao Francisco.

Soutenu par un réseau de mouvements sociaux, Mgr Cappio demandait avant toute chose que la suspension des travaux de déviation soit maintenue. La suspension avait été décidée le 11 décembre dernier suite à une ordonnance provisoire d’une Cour de Bahia que le Tribunal fédéral suprême a annulée mercredi 19 décembre. L’évêque demandait aussi que les militaires se retirent immédiatement des chantiers.

Mgr Cappio relève, dans ses propositions, la nécessité de mener à bien d’autres projets alternatifs, moins coûteux et plus favorables aux peuples victimes de la sécheresse, tels que ceux de l’Agence nationale de l’eau, de revitaliser le bassin hydrique du fleuve Sao Francisco et des fleuves Jaguaribe, Piranhas-Açu et Paraíba. Il demande aussi de «réduire à 9000 mètres cubes d’eau par seconde – au lieu des 28 à 29’000 stipulés par le gouvernement – le débit des eaux détournées du fleuve afin de ne pas endommager un cours d’eau dévasté par les activités d’exploitation et par la pollution».

Ce projet pharaonique de détournement du 4ème plus grand fleuve d’Amérique latine prévoit la construction de 720 km de canaux qui irrigueront des lacs artificiels, des réserves d’eau et des rivières dans une région frappée de sécheresse chronique. Le gouvernement soutient que ce projet pourrait procurer de l’eau potable à des millions de personnes.

Pour les organisations sociales qui s’y opposent depuis de longues années – notamment Mouvement des travailleurs sans terre (Mst), la Commission pastorale de la Terre (Cpt) de la Conférence des évêques CNBB, la Caritas nationale – 70% des eaux qui seront ainsi déviées dans les canaux serviront à l’irrigation des cultures de grands exploitants et à d’importants élevages de crevettes, 26% à l’exploitation industrielle et 4% seulement à l’usage des populations des aires rurales et urbaines locales. En 2005 déjà, des militants des droits humains, dont Mgr Cappio, avaient obtenu un ajournement des travaux par une grève de la faim.

Mgr Cappio soutient que ce projet va nuire à l’environnement et ne servir que les intérêts des plus riches. Un porte-parole de dom Luiz Cappio, Roberto Malvezzi, a révélé que l’évêque gréviste de la faim a sombré dans un état de semi inconscience après avoir entendu le verdict de la Cour suprême. Les communautés chrétiennes locales, le Vatican, ainsi que les évêques de la CNBB, ont déjà demandé à Mgr Cappio de ne pas mettre sa vie en danger. L’évêque de Barra a cependant déclaré refuser les ingérences dans sa décision. Le médecin qui le suit a estimé qu’après 20 jours, l’évêque, qui est un habitué du jeûne, s’est affaibli mais les fonctions vitales ne sont pas encore touchées. (apic/cnbb/bbc/be)

20 décembre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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