Brésil: “La 1ère Marche des femmes indigènes est prophétique“ assure le président du CIMI

La 1ère Marche des femmes indigènes et le Forum National des Femmes Indigènes se déroule du 9 au 14 août à Brasilia, avec comme thème «Territoire: notre corps et notre esprit». Une manifestation soutenue par Mgr Roque Paloshi, archevêque de Porto Velho et président du Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI).

L’idée de cette première Marche des femmes indigènes est née lors du 15ème Campement Terre Libre, réalisé en avril dernier. Plus de 2’000 femmes d’ethnies différentes réfléchiront sur la meilleure manière de dialoguer avec la société à propos des défis auxquels les peuples natifs sont confrontés sous le gouvernement de Jair Bolsonaro.

Dans un communiqué publié le 8 août sur son site internet le CIMI rappelle que, pour la première fois, des femmes responsables indigènes de différents peuples et villages seront réunies pour dialoguer sur ce que signifie «être une femme indigène au Brésil».

Territoire, éducation, santé

«La Marche est une conquête de nombreuses femmes de divers peuples qui luttent au quotidien pour donner une visibilité et une voix à leurs combats, souligne le communiqué. C’est le fruit d’une lutte intense pour la reconnaissance et pour la conquête d’un espace au sein des mouvements indigènes et, également, au regard de la société brésilienne».

«La question du territoire, si elle est essentielle, va bien au-delà de ce que les non-indigènes comprennent», assure Telma Taurepang, l’actuelle coordinatrice de l’Union des femmes indigènes de l’Amazonie brésilienne (UMIAB), l’une des organisatrices de cette Marche. «Ce n’est pas un hasard si le thème de la Marche passe par lui et perçoit la terre comme une extension des corps des personnes indigènes, établissant ainsi une relation de protection mutuelle, de subsistance».

L’éducation scolaire différenciée, «permettant de garantir la transmission des savoirs ancestraux spécifiques à chaque ethnie», figurera parmi les thèmes évoqués par les participantes dans le cadre du Forum National des Femmes Indigènes. Le domaine de la santé, y compris la santé de la femme indigène, sera aussi largement débattu pendant cet événement.

«Faire face au rouleau compresseur»

Pour le CIMI, cette marche a un véritable impact politique car c’est la première fois que les femmes indigènes se mobilisent de manière autonome, tout en bénéficiant de l’appui de différentes organisations indigènes. Elles tentent de faire face à ce rouleau compresseur manœuvré par le gouvernement qui essaye de retirer les droits conquis à travers la Constitution de 1988.

«Contrairement aux promesses de campagne, le gouvernement de Jair Bolsonaro ne démarque aucune terre. Mais il y a pire: il fait tout pour permettre le développement des activités minière et des monocultures et, surtout, directement ou indirectement, il favorise l’occupation et la spoliation de terres indigènes déjà démarquées et homologuées».

Droits indigènes inscrits dans la Constitution

Cette première Marche des femmes indigènes apparait donc comme une nouvelle manière de dénoncer avec fermeté ces tentatives de retrait des droits des indigènes, pourtant garantis par la Constitution. «En particulier les droits liés à la terre que les peuples natifs occupent depuis des milliers d’années, bien avant l’arrivée des colons».

Et le Président du Cimi de conclure: «Dans ce pays actuellement si apathique, si indifférents au respect des droits constitutionnels des indigènes, le CIMI voit avec beaucoup d’espoir cette Marche qui constitue un signal prophétique lancé par des femmes qui clament haut et fort que la vie est au-dessus de tout».

Invasions de terres indigènes

Cette 1ère Marche intervient dans un contexte particulièrement violent pour les peuples indigènes du Brésil, en particulier en Amazonie. Alors que les invasions de terres indigènes se multiplient depuis l’élection, de Jair Bolsonaro à la tête du pays. Ce dernier a reformulé, le 26 juillet dernier, ses critiques concernant les réserves indigènes. Il s’est dit de nouveau «favorable à l’exploitation minière, y compris dans des sanctuaires écologiques».

Deux jours auparavant, une cinquantaine d’orpailleurs clandestins lourdement armés, avaient pourtant pénétré dans la réserve indigène Waiãpi, au nord du pays. Ils sont soupçonnés d’avoir assassiné l’un des caciques. Interrogé sur ces faits, le président brésilien a déclaré: «mon intention est claire: je veux légaliser et règlementer la profession d’orpailleur, y compris pour les indiens. On doit pouvoir exploiter le minerai s’il y en a sur sa terre».

Le président brésilien a même assuré, sans pour autant les nommer, que «des ONGs étrangères et d’autres pays sont opposés à ce projet de légalisation, parce qu’ils veulent voir l’indigène rester «prisonnier dans un jardin zoologique, comme s’il était un animal préhistorique».

La déforestation s’aggrave

Les chiffres de la déforestation de la forêt amazonienne, plus grand puits de carbone au monde et lieu de vie pour la moitié des indiens du Brésil, ne cessent d’augmenter. L’Institut national de recherche spatiale (INPE) brésilien, l’organisme public chargé de mesurer la déforestation en Amazonie, a ainsi fait état de 2’254 kilomètres carrés de zones déforestées dans le pays le mois passé, contre 596,6 kilomètres carrés en juillet 2018. Soit une augmentation de 278% sur un an.

Les dernières données de l’INPE faisaient déjà état d’une augmentation de 88% de la déforestation au Brésil en juin par rapport à ce qui avait été recensé pour le même mois l’année dernière. Les zones déforestées atteignent 6’833 kilomètres carrés sur les douze mois écoulés, en augmentation de 40%, selon le même organisme.

Réaction du gouvernement Bolsonaro? Le directeur de l’INPE, Ricardo Galvao, a été a limogé. Il a été accusé de fournir des chiffres «mensongers» pour «faire le jeu des ONG». Pour le chef de l’Etat, les données montrant une augmentation récente de la déforestation «ne correspondent pas à la réalité» et «portent préjudice à l’image du Brésil». (cath.ch/jcg/bh)

Pour la première fois, des femmes responsables indigènes de différents peuples et villages seront réunies. | © J.C. Gerez
11 août 2019 | 09:19
par Bernard Hallet
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