Brésil: La Campagne de la Fraternité 98 lance un appel à l’éradication de l’analphabétisme
19 millions de Brésiliens «exclus de l’éducation», analphabètes
Brasilia, 2 mars 1998 (APIC) La traditionnelle «Campagne de la Fraternité» (CF) de l’Eglise brésilienne, qui démarre ces jours-ci dans tout le pays, met le doigt cette année sur les failles du système d’éducation brésilien, qui laisse de côté des millions d’enfants et d’adolescents. Aujourd’hui au Brésil, près de 4 millions d’enfants entre 7 et 14 ans n’ont jamais été à l’école tandis que de nombreux autres abandonnent en cours de route au niveau du primaire déjà.
La CF- 98, l’équivalent de la campagne œcuménique de carême en Suisse, entend mobiliser l’ensemble de la société brésilienne pour éradiquer le fléau de l’analphabétisme. Ce vaste pays, qui se qualifie volontiers de 8ème puissance économique du monde, compte 19 millions d’»exclus de l’éducation» considérés comme analphabètes.
A l’occasion de l’ouverture de la campagne CF – 98, qui a pour slogan «Au service de la vie et de l’espérance», la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) lance un appel aux catholiques et à toute la société brésilienne pour éradiquer l’analphabétisme.
Les évêques partent d’un constat: «L’éducation finalement est d’urgence nationale. Sans elle, la société ne peut changer». Les adolescents issus de familles pauvres n’ont aucun accès, sauf de très rares exceptions, à l’enseignement supérieur. Sans compter les enfants des migrants et des travailleurs saisonniers qui sont défavorisés pour s’intégrer dans les structures officielles.
Une situation peu glorieuse pour le Brésil
En terme d’éducation, affirme encore la CNBB, «la situation brésilienne est bien pire que celle qui prévaut au Paraguay (un des pays les plus pauvres de l’Amérique latine) ou dans des pays comme l’Uruguay, le Venezuela, la Colombie et l’Argentine». L’Eglise catholique sait qu’elle touche ici un point d’importance cruciale pour le futur du Brésil et c’est pourquoi elle invite fermement la population «à faire valoir les droits des citoyens».
La Constitution brésilienne, font remarquer les évêques, indique pourtant clairement que l’enseignement primaire, pour les enfants de 7 à 14 ans, est obligatoire et gratuit. C’est donc une obligation que les gouvernements des Etats brésiliens et les autorités communales devraient avoir à cœur d’accomplir. Or ce n’est pas le cas, suivant les propres statistiques de l’Institut brésilien de géographie et des statistiques (IBGE), déplore la CNBB dans un document. D’une façon ou d’une autre, pour plus de 32 millions de Brésiliens, le droit à l’instruction et à une formation de base est loin d’être accessible; ce droit est ainsi nié à une bonne partie de la population, avant tout aux plus pauvres, écrivent les évêques.
Faire des enfants de futurs citoyens motivés
Les évêques invitent ensuite les catholiques et les non-catholiques du pays à une action commune. Le temps de Carême peut être le début d’une vaste mobilisation appelée à se poursuivre. Première proposition: Pour l’éradication de l’analphabétisme, il ne s’agit pas seulement de savoir écrire son nom et de connaître les syllabes des mots, mais bien d’accompagner ce travail de base en aidant les enfants à lire la réalité, à les ouvrir à leurs droits élémentaires et à en faire des citoyens futurs actifs et entreprenants. Et de proposer également de reprendre le slogan promu parfois dans la publicité télévisée par le propre gouvernement fédéral: «Personne en dehors de l’école!».
Assigner l’Etat devant la justice pour qu’il ouvre de nouvelles écoles
Chaque communauté peut établir une liste des enfants qui ne peuvent aller à l’école et exiger des autorités locales l’ouverture de nouvelles classes. Voire, si rien ne bouge, d’entreprendre une action judiciaire contre l’Etat qui n’accomplit pas ce que la loi détermine.
Autre initiative recommandée par les évêques brésiliens: Promouvoir «les ateliers d’échanges réciproques du savoir». L’un enseigne à l’autre ce qu’il sait déjà et reçoit de l’autre une autre expérience de connaissance qu’il ne possède pas encore. Le document cite précisément les expériences faites dans ce sens, parmi les plus pauvres, par la pastorale de la jeunesse (PJ) ou par les animateurs de la pastorale des Noirs (APNs)
L’analphabétisme «politique» dénoncé
Le document épiscopal suggère enfin un grand élan communautaire où les Universités, les écoles existantes et les entreprises peuvent collaborer, dans les domaines toujours plus vastes du travail informel et alternatif illustrés par les stratégies de la population pour faire face au manque de places de travail. Beaucoup peut se faire ici en termes de cours de qualification professionnelle, ou d’autres initiatives dans les domaines de l’économie, de l’administration et de l’hygiène.
Comme 1998 est une année électorale, la Campagne de la Fraternité invite tous les catholiques et les autres citoyens à choisir des candidats sérieux qui auront à cœur de réaliser ce qu’ils promettent. «Car il existe aussi un ’analphabétisme politique’ (et pas seulement dans le domaine de l’éducation!) qui consiste à laisser les choses en l’état, dans un misérable statu-quo». (apic/ppl/ba)



