25’000 ouvriers agricoles dans le cycle de l’esclavage

Brésil: La Conférence épiscopale se joint au mouvement national contre le travail esclave

Brasilia, 18 juin 2008 (Apic) La Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) s’est jointe au mouvement national contre le travail esclave, un fléau qui subsiste encore dans le pays. C’est le 13 mai 1888 que la loi Aurea (ou loi d’Or) met fin à l’esclavage dans l’empire du Brésil, le dernier Etat occidental à rompre avec cette pratique inhumaine. 120 après, 25’000 ouvriers agricoles tomberaient encore chaque année dans le cycle de l’esclavage, selon la Commission Pastorale de la Terre (CPT).

Le «Front national contre le travail esclave», auquel s’est jointe l’Eglise brésilienne, a lancé sa campagne le 4 juin. Il rassemble des parlementaires de divers partis politiques, des centrales syndicales, des mouvements sociaux et plusieurs Eglises chrétiennes.

Le religieux Xavier Plassat, coordinateur de la Campagne nationale de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) contre le travail esclave au Brésil depuis une décennie, relève que 250 à 300 cas sont dénoncés chaque année. Ils concernent 7 à 8’000 ouvriers agricoles. 3 à 5’000 sont finalement libérés par l’Inspection du travail, principalement grâce au travail du Groupe mobile d’inspection du travail, mis sur pied en 1995.

«Mais dans un univers où 90% de l’emploi agricole est informel, c’est à dire illégal, combien de cas ne seront jamais dénoncés ?», se demande le dominicain français. Malgré le lancement par le président Lula en 2003 du Plan national d’éradication du travail esclave, cette pratique perdure principalement dans les zones rurales du Brésil, notamment dans la région amazonienne.

A 120 ans de l’abolition de l’esclavage au Brésil, à 60 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, «le temps est venu de décréter une seconde abolition de l’esclavage dans les campagnes brésilienne», déclare la CNBB en apportant son appui à la Proposition d’amendement constitutionnel (PEC) 438/2001 qui permet la confiscation, sans indemnisation, des terres où le travail esclave a été découvert. Cet amendement attend son approbation par les députés depuis des années, les lobbies agricoles faisant obstacle dans les deux chambres du Parlement.

Abolir le travail esclave: un impératif éthique et moral

La CNBB estime que l’adoption de la PEC est «un impératif éthique et moral de la conscience civile, et pour les chrétiens, il représente une exigence de cohérence avec les enseignements de l’Evangile», car le travail esclave est pour elle «une honte nationale qui cause tant de déshonneur au Brésil». C’est pourquoi la CNBB s’associe à la campagne nationale pour mettre fin à cette «agression contre la personne humaine».

Pour la seule année 2007, 265 cas de travail esclave ont été enregistrés dans tout le Brésil, phénomène qui implique 8’653 travailleurs. Depuis 1995, année où a été instituée le Groupe Mobile, et jusqu’à la fin de 2007, 26’951 personnes ont été libérées. Selon la CPT, une commission de l’Eglise brésilienne, les travailleurs esclaves sont maintenus prisonniers dans des propriétés agricoles, des mines de charbon et des plantations de canne à sucre, et ils sont «traités de façon pire que des animaux». Les évêques espèrent que les députés adoptent finalement cet amendement constitutionnel, en leur lançant un appel à «choisir la vie». (apic/cnbb/com/cns/be)

18 juin 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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