Une première: le Congrès a fixé le montant à 52’000 reals
Brésil: Le gouvernement fédéral dédommage un paysan réduit à l’esclavage
Brasilia, 17 juillet 2003 (Apic) Pour la première fois, le gouvernement fédéral brésilien dédommagera un paysan réduit à l’esclavage par l’un des nombreux latifundistes qui exploitent au Brésil les travailleurs de la terre. Le gouvernement a accepté une «solution à l’amiable» reconnaissant finalement l’existence du travail forcé et promettant une somme à la victime, que le Congrès vient de fixer à 52’000 reals (environ 16’000 euros).
José Pereira avait 17 ans lorsqu’il est devenu un des nombreux paysans esclaves engagés par les latifundistes (grands propriétaires terriens) dans le sud du Parà: une fuite rocambolesque, une balle tirée dans la tête par un «pistoleiro» à la solde des gros propriétaires. 13 ans après, il sera le premier paysan brésilien à recevoir une forme d’indemnisation par le gouvernement fédéral.
«C’est une grande victoire contre le travail sous forme d’esclavage, rendue possible par le courage de José Pereira et par 13 années de bataille politique et judiciaire de la part de la Commission pastorale de la Terre (CPT) et du Centre pour la Justice et la Loi Internationale (CEJIL)», indique une note de la CPT.
Celle-ci estime qu’il s’agit là d’un signal important de l’engagement pris par le gouvernement fédéral «pour déraciner la réalité tragique du travail sous forme d’esclavage, concentré principalement dans les «fazendas» du sud du Parà».
En septembre 1989, José Pereira s’était rendu à Xinguara à la recherche d’un travail et d’un endroit pour dormir. Il était alors tombé sur le propriétaire d’»une pension» qui lui avait offert nourriture et logement: le jeune homme ignorait encore que pour le payer il devait travailler dans un latifundium, appelé «Espírito Santo», dupé par «un recruteur» d’esclaves.
Le cauchemar
Après avoir compris que le maigre salaire qu’on lui promettait ne lui suffirait pas pour s’acheter de quoi manger, le garçon a pris la fuite avec un de ses compagnons, se réfugiant dans la forêt. Les «pistoleiros» (tueurs- surveillants armés) du latifundium les ont débusqués. Ils ont tué «Panará», son compagnon de fuite et tiré une balle atteignant José à la tête. Le croyant mort, les tueurs ont enroulé son corps dans un morceau de plastique et l’ont jeté dans un fossé. José a réussi à prendre la fuite, puis a demandé de l’aide à la CPT qui s’est occupé de lui fournir une assistance médicale.
Le soutien de la CPT ne s’est pas limité à cela: en 1992, accompagnée par le CEJIL, elle a dénoncé le gouvernement du Brésil devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’homme pour l’inaccomplissement de son propre devoir dans la lutte contre l’esclavage et pour ne pas avoir enquêté sur le crime subi par José.
Un premier pas
En novembre 2000, enfin, le gouvernement fédéral a accepté une «solution à l’amiable» reconnaissant finalement l’existence du travail forcé et promettant un dédommagement à la victime. Que le Congrès vient de fixer à 52.000 reals (environ 16.000 euros). Aujourd’hui, la CPT espère que cet argent sera transféré dans un bref délai sur son compte. Avec l’argent reçu, José Pereira dit vouloir acheter un lopin de terre». (apic/misna/pr)




