L’Eglise, défenseur des pauvres dans les métropoles brésiliennes
Brésil: Le pape visitera en mai 2007 le plus grand pays catholique au monde
Klaus Hart, Apic / Traduction: Bernard Bovigny
Sao Paulo, 29 octobre 2006 (Apic) C’est maintenant officiel: le pape se rendra en mai 2007 dans le plus grand pays catholique au monde. La nouvelle, même si elle n’est pas confirmée par le Saint-Siège, a été annoncée par la Conférence épiscopale brésilienne. Il s’agit du premier voyage de Benoît XVI en Amérique latine, où vivent près de la moitié de tous les catholiques.
Destination: Sao Paulo, la métropole économique et culturelle, où les contrastes mais également l’engagement de l’Eglise catholique sont particulièrement visibles. Jean Paul II s’était rendu à quatre reprises au Brésil, pour la dernière fois en 1997.
Dans ce contexte de contraste social dramatique, marqué par une extrême disparité dans la répartition des richesses et par une violence qui provoque chaque année plus de 55’000 morts, l’Eglise catholique apparaît comme un bastion moral et éthique dans la société brésilienne. Les évêques ne craignent pas de dénoncer les puissants et les organisations criminelles. Le travail social de l’Eglise est très apprécié, que ce soit en faveur des enfants, des personnes âgées, des migrants ou des prisonniers.
Alors que le gouvernement et les partis politiques ne reçoivent la confiance que de 10% des 185 millions de Brésiliens selon les sondages, l’Eglise est perçue par une grande majorité comme le défenseur des pauvres et des miséreux. Durant les 21 ans de dictature militaire, Sao Paulo était le centre de l’opposition catholique contre les généraux tortionnaires. C’est dans cette ville qu’a eu lieu la lutte du cardinal Evaristo Arns en faveur de la démocratie.
Une ville où fourmillent les prédicateurs
Mais Sao Paulo, avec ses ghettos de citoyens privilégiés et ses quelque 2’000 quartiers pauvres est également confronté à d’autres défis. Une multitude de prédicateurs issus de sectes parcourent la ville, et se montrent surtout actifs devant la cathédrale, au centre de la ville, invitant les nombreux catholiques à se rendre dans leurs cours aux miracles.
Le Brésil est toujours marqué par une très forte religiosité. Près de 99% de la population croit en Dieu. Mais la proportion de catholiques a baissé de 74% en 2000 à 67% actuellement. Pour leur part, les sectes et autres groupes religieux orientés vers le profit voient leurs rangs grossir sans cesse. Des experts parlent d’une «atomisation religieuse».
Beaucoup de croyants qui tournent le dos à l’Eglise catholique rejoignent les «Evangelicos», les communautés évangéliques pentecôtistes, dont les leaders promettent à leurs fidèles contribuables la guérison ou un accès rapide à la richesse. Les célébrations conduisent souvent à des mouvements de transe, de suggestions de masse ou autres manifestations psychotiques.
Les Eglises pentecôtistes progressent également dans les quartiers miséreux de Sao Paulo, alors que l’Eglise catholique, marquée par un manque de prêtres, maintient difficilement sa présence. «Jusqu’à très récemment, nous n’avons pas assez pris au sérieux ces phénomènes religieux», admet Mgr Odilo Scherer, secrétaire de la Conférence épiscopale brésilienne. «Nous avons considéré les groupes pentecôtistes comme peu dignes d’intérêt en raison de leur style exotique». Ce sentiment est maintenant dépassé et l’Eglise catholique recherche le dialogue oecuménique, bien que les réactions soient parfois agressives et hostiles du côté pentecôtiste.
Rencontre avec «O Padre»
Lors de sa visite à Sao Paulo, le pape rencontrera le chanteur Marcelo Rossi, le prêtre catholique le plus populaire du Brésil et peut-être même de toute l’Amérique latine. Chaque mois, les célébrations du Père Rossi, surnommé «O Padre», rassemblent près d’un demi-million de fidèles. Le prêtre s’est spécialisé dans les messes de style charismatique et la prière chantée du rosaire de forme byzantine. Ses disques de chants se trouvent parmi les plus vendus dans le pays. Il est une figure emblématique du «Renouveau charismatique» dans l’Eglise catholique. Il diffuse chaque jour ses messages à la radio et à la télévision.
Dans les grands villes brésiliennes, près de 20% des catholiques appartiennent à la mouvance charismatique, dont une bonne part de jeunes. Ils ont accueilli l’élection de Benoît XVI (»Papa Bento Dezasseis») avec grande joie. «Ce pape veut l’unité dans la diversité. Et nous faisons partie de cette diversité!», soutient l’abbé Rossi. (apic/kna/job/bb)



