Documents audiovisuels embarrassants pour l’accusée
Brésil: Le procès contre la cheffe de la secte LUS risque fort de s’éterniser
Rio, 23 novembre 2003 (Apic) Le procès contre Valentina Andrade, gourou présumé de la secte LUS, jugée à Belém (Pará, Brésil) pour une série de crimes commis sur des enfants d’Almamira (Amazonie) entre1989 et 1993 risque fort de traîné longtemps encore. Des documents audiovisuels risquent cependant d’être particulièrement embarrassants pour l’accusée.
Des sources proches du milieu judiciaire font en effet savoir à l’agence Misna que les audiences, qui auraient dû durer 3 jours, seront vraisemblablement prolongées. L’accusation et la défense demandent en outre à exhiber une quantité impressionnante de documents, notamment audiovisuels, ainsi que des dossiers relatifs à de précédentes plaintes contre Andrade.
Entre 1989 et 1993, dix-neuf enfants âgés de 8 à 13 ans issus de familles modestes d’Altamira (Etat du Pará, 7’000 habitants, près de l’autoroute Transamazonienne) furent enlevés, torturés et mutilés. Neuf d’entre eux furent émasculés et parmi ces derniers, trois seulement survécurent. Cinq autres disparurent et cinq parvinrent à s’échapper. En fin de semaine dernière, pour la première fois depuis que cette affaire a été rendue publique, un jury de Belém a commencé à examiner les dossiers de cinq des six suspects accusés de tortures sur cinq des enfants.
Le procès a débuté 11 ans après l’ouverture de la seule enquête réalisée sur l’affaire. Quant aux 14 enfants concernés, la volonté d’enquêter n’a pas été suffisante ou bien les preuves n’ont pas été suffisantes. Les accusés sont au nombre de six: Valentina Andrade, fondatrice d’une obscure secte dénommée Lus (»Lineamento Universal Superior»), deux médecins, Césio Flavio Caldas Brandão et Anizio Ferreira de Souza, un riche commerçant d’Altamira, fils de propriétaires fonciers, Amaílton Madeira Gomes et deux anciens agents de la police militaire, Carlos Alberto dos Santos Lima et Aldenor Ferreira Cardoso, ce dernier étant recherché.
Longue série de reports
En 1997, la première section pénale du Tribunal de l’Etat du Pará, face à un énième recours de la défense, a établi que les conditions nécessaires à l’accusation des suspects étaient réunies et à la fin de l’année 2000, un juge a émis un mandat d’arrêt contre tous; arrêtés en 2001, ils ont été libérés sur parole après avoir pris l’engagement de se présenter au tribunal une fois la date du procès fixée. La défense a ensuite réussi à faire déplacer le siège des débats d’Altamira à Belém, à 770 kilomètres de distance, causant de sérieux problèmes aux familles des victimes. La défense a enfin obtenu le report du procès du mois de mai au 27 août.
Au cours de ces dernières années, les survivants, leurs familles, leurs avocats et divers activistes des droits de l’Homme qui les ont assistés ont reçu des menaces de mort ou été intimidés. Les parents ne se sont pas pour autant découragés et ont donné naissance au «Comité de défense des enfants d’Altamira».
Le procès de V. Andrade, en détention préventive depuis le 4 septembre, jour de sa tentative d’embarquer à l’aéroport de São Paulo sous un faux nom pour Buenos Aires, était programmé depuis le début de l’été, soit depuis que ses 4 complices présumés ont été jugés et condamnés.
Le dernier ajournement du procès a été décrété par le juge Ronaldo Valle, fin septembre, pour des raisons techniques: le juge a en effet accepté la demande de suspension présentée par la défense pour effectuer une expertise sur trois vidéocassettes montrant des adeptes présumés de la secte Lus en réunion. Les trois cassettes font partie d’une liste de plus de 400 cassettes saisies à la fin des années 90 par la police fédérale chez l’inculpée.
Bénéfiques pour l’accusation
Des sources proches du milieu judiciaire de Belém ont indiqué à l’agence Misna que les derniers mois de report du procès ont tout de même été bénéfiques au ministère public et à son assistant, qui défendent les victimes et leurs familles. Ils ont avant tout servi à repérer Edimilson Frazão, un témoin clé qui se cachait par crainte de représailles: ce dernier aurait pris part à une cérémonie à laquelle auraient participé tous les accusés, y compris Valentina Andrade, qui jusque là avait toujours nié être retournée à Altamira, où habite son premier mari, à l’époque où 19 enfants (seul 5 cas ont été amenés devant la justice, NDLR) furent enlevés, mutilés et dans certains cas tués.
Entre temps, peut-être encouragé par les condamnations des 4 premiers accusés, un nouveau témoin s’est présenté. Il affirme lui aussi que Valentina Andrade a vécu à Altamira au moment des crimes. L’examen des vidéocassettes trouvées à Londrina, où elle vivait avec son second mari, aurait permis de démontrer que l’accusée est effectivement la dirigeante de la secte, alors qu’elle avait affirmé être une simple adepte. Les images prouveraient en outre que Lus effectuait des pratiques rituelles, telles que des sacrifices humains, montrant des simulations de mutilations et relevant la possession d’armes de la part des adeptes. Valentina Andrade a toujours soutenu que son mouvement n’était pas une secte mais un groupement de personnes intéressées à l’étude des extra-terrestres et à des questions scientifiques de nature non précisée. (apic/misna/pr)



