Les Eglises du pays, indignées, montent aux barricades
Brésil: Le ton monte après l’acquittement de trois officiers accusés de massacre
Berne/Brasilia, le 29 août 1999 (APIC) Plusieurs Eglises, groupes économiques, forces politico-sociales et organisations internationales ont réagi énergiquement contre la décision d’un tribunal brésilien d’acquitter trois officiers accusés du massacre de 19 paysans.
Le tribunal de l’Etat du Para, au nord-est du Brésil, a en effet acquitté en première instance, le 19 août, trois chefs de la police militaire. Ceux-ci dirigeaient le 17 août 1996 la troupe qui a réprimé une manifestation de paysans sans terre dans la ville d’Eldorado de Caraja, tuant 19 personnes et blessant gravement des dizaines de paysans.
«Mon Dieu, quelle justice est-ce là?» s’interroge la Coordination oecuménique de service (CESE) dans un communiqué publié après la décision du tribunal de l’Etat du Para. La CESE, qui a son siège à Salvador de Bahia, est une organisation non gouvernementale constituée par les Eglises épiscopale (anglicane), évangélique de la confession luthérienne, méthodiste, presbytérienne unie, presbytérienne indépendante et catholique romaine.
«Nous rejetons cette barbarie institutionnalisée qui, une fois de plus, s’exerce contre les défavorisés de notre pays, sans terre, sans toit, sans emploi, sans éducation ni soins de santé, sans assurance, sans justice, sans citoyenneté». La CESE qualifie de «farce» le jugement rendu par le tribunal et se déclare «stupéfaite et indignée». Sur la base d’enquêtes qu’elle a effectuées, l’organisation oecuménique rappelle que les paysans assassinés dans l’Etat du Para avaient reçu une balle dans la nuque et dans le thorax. Ceci dément l’argument avancé par le tribunal – manque de preuves – pour acquitter les trois officiers.
«Certes, nous ne voulons pas que quelqu’un soit condamné sans preuves, mais c’est un fait incontestable qu’il y a eu 19 morts et qu’aucun d’entre eux n’est décédé de mort naturelle», fait observer Mgr José Elias Chaves, évêque de Cameta et l’un des responsables de la Commission de la pastorale de la terre dans l’Etat du Para. Dans une lettre pastorale, il rappelle que des associations chrétiennes et sociales avaient déjà mis en garde, avant le jugement, contre d’obscures manoeuvres qui entouraient cette affaire, comme par exemple, la distribution incorrecte de lettres de créance permettant d’assister au jugement.
Ces associations, entre autres, Caritas Brasil, la Commission Justice et paix, la Pastorale de la terre et le bureau d’information de la Commission nationale des évêques du Brésil ont rapporté que seulement 12 invitations – soit 3 % du total des cartes distribuées – avaient été remises aux victimes du massacre et au Mouvement sans terre.
Après la décision du Tribunal, le Mouvement sans terre a réclamé, avec le soutien de certaines forces politiques et organisations de la société civile, l’annulation du verdict et a appelé à la mobilisation des citoyens contre ce verdict.
Après ce premier jugement, le tribunal devrait à nouveau se réunir, ces prochaines semaines et jusqu’au début décembre, pour examiner le cas des 147 autres policiers militaires impliqués dans le massacre. «Ce qui est grave, ce n’est pas que le verdict ne rende pas justice, mais qu’il ouvre la voie à l’impunité absolue de l’Etat, dans un pays où personne n’est responsable de rien», déplore pour sa part le théologien suisse Beat Wehrle.
Beat Wehrle travaille depuis des années à São Paulo, au Brésil, à la Centrale des mouvements populaires, avec le théologien brésilien Frei Betto Depuis 1996 il est responsable de la COAR-UNITE, coordination des volontaires suisses dans ce pays.
Beat Wehrle, contacté par téléphone par l’agence œcuménique ENI, a averti que le refus de ce verdict par la population «ne fait qu’accroître le mécontentement devant la politique du gouvernement qui a réduit les avantages sociaux et n’applique pas une véritable politique de réforme agraire, comme le demande le Mouvement sans terre».
La troisième semaine d’août, une immense mobilisation a eu lieu parmi les petits et moyens producteurs pour demander la remise des dettes agraires. Dans le même temps, une marche de 1’267 kilomètres a été organisée entre Rio de Janeiro et Brasilia.
Tout ceci montre le malaise social croissant et explique les critiques de nombreux secteurs chrétiens. Après la décision du tribunal, la CESE a adressé une lettre au président du tribunal de l’Etat du Para: «Le pays et la communauté exigent justice, les assassins de la ville d’Eldorado doivent être condamnés». (apic/eni/pr)




