L'Eglise critique sévèrement l'attitude de la compagnie qui a réalisé le barrage dont la rupture a déjà fait 134 morts. | © Flickr/
Jeso Carneiro
/CC BY-NC 2.0
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L'Eglise critique sévèrement l'attitude de la compagnie qui a réalisé le barrage dont la rupture a déjà fait 134 morts. | © Flickr/ Jeso Carneiro /CC BY-NC 2.0

Brésil: l’Eglise condamne les responsables de la catastrophe de Brumadinho

05.02.2019 par Jean-Claude Gerez, correspondant de cath.ch en Amérique latine

l’Eglise dénonce avec véhémence les responsabilités de l’entreprise Vale et les pouvoirs publics. Onze jours après la rupture du barrage de Brumadinho, le 25 janvier 2019, l’inquiétude grandit quant aux conséquences environnementales.

Les équipes de sauveteurs de la Sécurité Civile brésilienne continuent, malgré les fortes pluies, à chercher les corps des victimes parmi les tonnes de boue. Le bilan humain s’élève à 134 morts et 199 disparus.

Une dizaine d’agents du Conseil Pastoral des Pêcheurs (CPP) et de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) sont, depuis le 30 janvier, présents à Brumadinho et sa région pour évaluer l’impact environnemental de la rupture du barrage de rejets miniers de l’entreprise Vale.

Les agents se sont d’abord rendus sur les rives de la rivière Paraopeba, totalement contaminée par les boues minières. La préoccupation vient  du fait que cette rivière constitue l’un des affluents du fleuve São Francisco, surnommé le “Vieux Francisco“, l’un des cinq cours d’eau les plus important du Brésil. L’objectif est de mesurer les ravages déjà provoqués par la catastrophe et ceux à venir, en fonction de la progression de la pollution du cours d’eau.

“Une rivière agonisante“

Sœur Neusa Francisco, de la pastorale de Pêcheurs, a été terrifiée par ce qu’elle a vu. Pour elle, l’impact du crime commis sur la vie des habitants peut déjà être ressenti bien au-delà des morts. “Lorsqu’on entre dans la ville de Brumadinho, on est déjà saisi par le spectacle d’une rivière agonisante. D’ailleurs, le Paraopeba n’a de rivière plus que le nom. On rencontre des gens qui vont sur les rives comme ils se rendent à une veillée funèbre“.

Une des principales préoccupations des participants à cette opération d’évaluation de l’impact environnemental est la façon dont le fleuve São Francisco va être affecté. “Nous ne savons pas quand le Vieux Francisco sera touché par cette pollution. Ni dans quelles proportions. Mais nous savons que le fleuve et les populations riveraines seront touchées“.

“Nous n’avons eu jusqu’à présent accès à aucune étude technique qui indique quelle est la progression des eaux boueuses polluées. Mais tout porte à croire que cet immense cours d’eau est déjà impacté. Les pêcheurs sont accablés par cette tragédie qui constitue un crime à l’égard de la pêche artisanale“, souligne Sœur Neusa Francisco.

“Le profit plutôt que la création“

À Juazeiro, 220’000 habitants, dans l’état de Bahia, à 1500 km plus au nord de Brumadinho, c’est aussi la colère et l’inquiétude. Mgr Carlos Alberto Breis Pereira, surnommé Mgr Beto, l’évêque local, ne mâche pas ses mots. Dans un communiqué, il appelle ainsi “la population à exiger des autorités compétentes des mesures  adaptées et urgentes afin de garantir la préservation des cours d’eau de la région qui ne sont pas encore contaminés par le fiel des criminels“.

Rappelant la catastrophe de Mariana le 5 novembre 2015, (un barrage de la même entreprise Vale, situé à une centaine de kilomètres à l’est de Brumadinho, avait cédé, faisant 19 morts, ndlr), le prélat a fustigé la compagnie minière “pour laquelle le profit est les succès de cotation en bourse importent incomparablement plus que les vies humaines et que les éléments de la Création, de notre Maison Commune“.

Un “risque mortel“

Mgr Beto a indiqué que la contamination du fleuve São Francisco constituerait un drame pour la région et ses habitants. “Ce fleuve est notre frère et le père des populations dont les flots se déversent dans l’immensité de l’Océan Atlantique. Si des mesures effectives et immédiates ne sont pas prises, la pollution due à ces boues toxiques comporterait un risque nocif et mortel pour la faune et la flore comme pour les habitants de plusieurs régions du Brésil“. (cath.ch/jcg/bh)


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