Dilma Rousseff, présidente du Brésil.
(Photo: JFlickr/onas Pereira/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY 2.0</a>)
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Dilma Rousseff, présidente du Brésil. (Photo: JFlickr/onas Pereira/CC BY 2.0)

Brésil: L'Eglise s'oppose à la destitution de Dilma Rousseff

06.04.2016 par Jean-Claude Gerez, correspondant de l'Apic en Amérique latine

La Commission pastorale de la terre du Brésil (CPT) a réaffirmé son désaccord face au processus politique en cours visant à destituer l’actuelle présidente Dilma Rousseff.

 Dans un communiqué publié le 5 avril 2016, à Goiânia, dans le centre du pays, la commission de la Conférence des évêques du Brésil (CNBB), dénonce un détournement de la légalité, alors même que la présidente a été élue démocratiquement en 2014.

“Dans ce grave moment de crise généralisée du pays, la CPT se joint aux institutions et citoyens de bonne volonté pour rappeler sa détermination en faveur de la défense de la démocratie et contre les régressions politiques et sociales qui tendent à être imposées de manière autoritaire au peuple brésilien”, indique en préambule le communiqué.

Très, critique à l’égard de la présidente qui a succédé à Luiz Ignacio Lula da Silva, en 2010, avant d’être réélue de justesse, en 2014, la CPT a qualifié la politique actuelle de Dilma Rousseff de ‘désastreuse’ et ‘pas conforme à ses promesses de campagne’.

Néanmoins, sur la base des “valeurs éthiques et pastorales fondées sur l’Évangile”, la CPT affirme que la présidente a été élue démocratiquement et qu’elle doit donc, à ce titre, mener son mandat à terme. Autrement dit, pour mettre un terme à son action à la tête de l’État, il faut attendre la prochaine élection en 2018.

Pas de recul démocratique

Se disant ‘profondément révoltés’ par le climat politique actuel, les responsables de la CPT rappellent que cet organisme a été fondé en 1975, en pleine dictature militaire, pour appuyer la résistance et la lutte pour les droits des paysans contre l’avancée du capitalisme. “Nous faisons partie de cette génération qui, au prix de lourdes pertes, a permis la re-démocratisation du pays. C’est pour cette raison que nous n’admettons pas de recul institutionnel et démocratique”, souligne le communiqué.

Pour la CPT, la crise politique actuelle tient dans le dysfonctionnement des institutions, l’implication des pouvoirs policier et judiciaire dans les querelles de partis politiques, les pressions économiques obscures, les tentatives de manipulations par le Congrès conservateur, les vacillements du gouvernement fédéral et la spectacularisation de ces dysfonctionnements par une presse hégémonique.

Cohérente depuis 40 ans

Cherchant à rester ‘cohérente avec sa trajectoire démocratique depuis 40 ans’, la CPT réaffirme la nécessité du respect inconditionnel des règles du jeu démocratique, tant au sein des cabinets politiques que dans la rue. La commission exige par ailleurs du gouvernement fédéral la reprise et l’approfondissement des politiques destinées à répondre aux besoins des plus pauvres, dans les campagnes et les villes, en donnant priorité à une vraie réforme agraire et urbaine.

“Inspirés par la parole de Dieu (Proverbes 31,5), nous condamnons ceux qui, ivres de pouvoir, oublient le bon sens et les lois, et lèsent les miséreux de leurs droits”, conclut la CPT (cath.ch-apic/jcg/mp)


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