Brésil : Les évêques condamnent «l’état de guerre» contre les paysans sans terre
«La clameur qui nous vient des campagnes»
Sao Paulo, 13 juillet 1999 (APIC) «Un état de guerre contre les paysans pauvres». C’est ainsi que les évêques brésiliens désignent, dans un document qui vient de paraître, la situation des paysans sans terre du plus grand pays d’Amérique latine. La Commission pastorale de la terre (CPT) dévoile par ailleurs la situation dramatique des paysans qui ont occupé des terres en friche dans l’Etat du Parana.
Le document des évêques est destiné à toutes le communautés chrétiennes. Ils l’ont aussi envoyé au président de la République, Fernando Henrique Cardoso, aux ministres et aux gouverneurs de tous les Etats du pays. Intitulée «La clameur qui nous vient des campagnes», la lettre épiscopale dénonce «les violences faites contre les paysans et réaffirme que le problème foncier est de la compétence du gouvernement. Ce dernier, s’il en a la volonté, doit trouver une solution urgente à ce problème qui perdure depuis des dizaines d’années».
Mgr Jayme Henrique Chemello, président de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), critique ouvertement «l’omission et la connivence» du gouvernement au sujet des tortures et des autres violences subies par les paysans. Il suggère que le 25 juillet prochain, jour dédié au travailleur rural, l’Eglise catholique réalise des gestes de solidarité concrets envers les paysans sans terre.
«Nous sommes choqués, affirme encore la lettre épiscopale, de l’attitude des représentants du pouvoir judiciaire. Leur mission est pourtant de promouvoir la justice. Mais ils utilisent leur pouvoir légal de manière autoritaire et partiale contre ceux qu’ils devraient protéger. En laissant les paysans sans terre et leurs familles sans défense. Rappelant le document du Conseil pontifical Justice et Paix intitulé «Pour une meilleure distribution de la terre – le défis de la réforme agraire», les évêques affirment à nouveau que le gouvernement brésilien perd toute crédibilité en remettant à plus tard une véritable réforme agraire.
Faits alarmants
Selon des faits précis prouvés par la Commission pastorale de la terre (CPT), liée à la CNBB, il y a 41 travailleurs ruraux sans terre actuellement en prison dans le seul Etat du Parana, dans le sud du Brésil. Plusieurs d’entre eux ont été blessés par la police quand ils ont été expulsés à l’aube. Le rapport de la CPT démontre que dans le même Etat, plus de 200 paysans ont été emprisonnés depuis 1994. Cinq ont été froidement assassinés . Pour la CPT, il n’y a pas de doutes. Le gouvernement monte une stratégie agressive pour implanter son projet foncier. Il investit tout son poids dans une propagande mensongère, disant qu’il se préoccupe de la réforme agraire. Alors qu’il intensifie t une action violente et déterminée en expulsion des paysans sans terre occupant des terres laissées en friche. Cette stratégie a commencé l’an dernier. Elle se poursuit en 1999, déplore la CPT.
Les opérations policières, avec troupes d’élite bien entraînées, sont faites généralement en fin de semaine, à l’aube, avec la présence d’un représentant du pouvoir judiciaire. Les policiers, revêtus de cagoules, usent d’un armement lourd. Ils utilisent dans l’assaut final des gaz lacrymogènes et des chiens. Des hélicoptères survolent les alentours. Dans chaque opération, il y a au moins cinq policiers pour un paysan. Toutes les routes et les chemins de la région sont bloqués, empêchant l’entrée de la presse, des avocats et des représentants des associations des droits de l’homme. (apic/dak/ba)



