Brésil: Les évêques questionnent les conséquences sociale de la dette externe

«Parler de la dette extérieure, fait partie de l’éthique de l’Eglise»

Brasilia, 3 août 1998 (APIC) Pour les évêques brésiliens, un moratoire sur la dette externe du Brésil est nécessaire. Ils préconisent aussi l’interruption de l’actuelle politique économique conduite par le gouvernement brésilien. Telles sont les exigences principales du Symposium national organisé par la Conférence nationale des évêques du Brésil (CBBB).

Le Symposium s’est tenu en fin juillet à Brasilia avec la présences de représentants d’autres Eglises chrétiennes, de mouvements sociaux, de politiciens et d’économistes brésiliens et étrangers. Parmi les invités, des délégués entre autres du Conseil national des Eglises chrétiennes (CONIC), de la Coordination œcuménique de services (CESE), de la Centrale des mouvements populaires (CMP) et du Mouvement des paysans sans terre (MST).

Dès la publication des premiers résultats du Symposium, la coordination nationale de la campagne pour la réélection du président Fernando Henrique Cardoso a critiqué vertement la position de l’Eglise catholique: «Défendre un moratoire de la dette externe brésilienne et freiner la politique économique gouvernementale qui veut attirer des capitaux étrangers est une position radicale. Elle va à l’encontre de toute la crédibilité que le Brésil a conquis dans la communauté internationale durant ces quatre dernières annnées», dénoncent-ils.

Dans le document final, les participants du Symposium ont précisé leur stratégie pour diminuer la dette externe du pays. Il faut interrompre la politique économique et financière qui fait trop appel aux capitaux étrangers et connaître exactement l’ampleur de la dette externe brésilienne. Il s’agit aussi créer une liste d’économies sur les dépenses. En mettant en œuvre, en priorité, une politique sociale et écologique. Enfin il faut prévoir des organes de contrôle pour surveiller l’état d’endettement de l’Etat fédéral, des 26 Etats et des communes.

Que signifie envoyer des milliards de dollars à l’extérieur?…

«Que signifie envoyer des milliards de dollars à l’extérieur pour payer une dette, quand on pas d’argent pour servir une politique sociale pourtant tellement urgente chez nous», a déclaré Mgr Luiz Demetrio Valentini, évêque de Jales et responsable de la pastorale sociale au sein de la CNBB. «La dette externe fait partie d’un projet économique basé sur la dépendance, poursuit-il. Le non-paiement de la dette externe est proposé car l’Etat est incapable de trouver des ressources pour une politique sociale qui garantisse la dignité du peuple brésilien».

Plus se 120 personnes ont participé au Symposium, dont 17 venus d’autres pays d’Amérique latine, des Etats-Unis et d’Europe. Lors du jour de clôture, plusieurs intervenants ont émis de dures critiques au gouvernement brésilien. «Le discours officiel des autorités fédérales est une faillite complète. Il est idéologiquement au service d’intérêts financiers internationaux», a déclaré Guilherme Delgado, économiste responsable pour la préparation du document final. Le pays n’a pas progressé ces dernières années, malgré l’ouverture sans frein de l’économie aux intérêts financiers des multinationales. Selon lui, «le Brésil vit un cycle d’expansion de la dette externe avec toutes les conséquences désastreuses que l’on connaît».

Préserver l’indépendance du pays

Certes, a précisé Jether Ramalho, représentant des Eglises évangélistes, «nous ne demandons pas que nous fermions totalement nos échanges avec l’extérieur, car ce serait une stupidité. Mais nous pensons qu’il est capital d’étudier des critères pour d’autres choix économiques préservant notre indépendance et nos intérêts nationaux dans ce processus».

Les représentants des Eglises chrétiennes ont également critiqué le processus de privatisation conduit par le gouvernement, retrouvant parfois le discours de l’opposition politique dans la campagne électorale pour les prochaines élections pour la présidence de la République et celles du Parlement. Mais les intervenants, voulant éviter de trop faciles reproches, ont tenu à dire que leur discours n’était pas lié à la campagne électorale. Leurs conclusions ne sont pas formulées pour donner un appui direct aux candidats de l’opposition. «Parler de tels sujets, est un devoir éthique de l’Eglise», a encore déclaré Mgr Valentini. «Nous désirons aider la population à comprendre la situation économique du pays pour faire certes pression sur le gouvernement. Afin de ne pas répéter les mêmes erreurs du passé».

L’évêque de Jales a encore annoncé que, du 4 au 5 août, l’Eglise catholique reviendrait à la charge pour discuter «des dettes sociales au Brésil». La rencontre prévue aura lieu à Itaici, dans l’Etat de Sao Paulo. Elle fait partie de la 3e Semaine sociale brésilienne. A l’issue de cette rencontre, une lettre contenant des analyses sur les principaux problèmes sociaux du pays sera publiée. Un document qui sera envoyé à tous les candidats qui se disputent actuellement le poste de président de la République. (apic/plp/ba)

3 août 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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