Brésil: Les Indiens refusent de participer au 5e centenaire de la «découverte» du Brésil

«Ces fêtes folkloriques sont indécentes»

Porto Seguro, 26 septembre 1999 (APIC) Les Indiens, descendants des premiers habitants du Brésil, ne veulent pas se joindre aux festivités officielles programmées pour commémorer les 500 ans de la «découverte» du Brésil par les Portugais. Au contraire, ils annoncent de nombreuses manifestations et une marche nationale pour protester contre la politique du gouvernement du président Fernando Henrique Cardoso. Objectif: intensifier la reconquête de terres qui leur appartiennent.

La dernière manifestation s’est déroulée la semaine dernière à Porto Seguro, dans le sud de l’Etat de Bahia. 112 chefs représentants 39 peuples indiens ont discuté la manière de récupérer leurs terres. Dans un manifeste adressé à tout le peuple brésilien, les délégués indiens déclarent: «Alors que le gouvernement peaufine le programme des fêtes folkloriques pour l’anniversaire de l’arrivée des ’conquistadores’ portugais, spécialement le 22 avril de l’an 2000, nous affirmons que ces fêtes sont indécentes. Elles ne seront pas les nôtres. Nous dénonçons plutôt l’invasion de nos terres et leur non-reconnaissance légale. Lors des ’années de plomb’, lors de la dictature militaire de 1964 à 1985, il est même arrivé que des officiers de l’armée spéculent sur notre disparition totale. Pour pouvoir disposer librement de nos terres avant l’an 2000».

«Même si la population indienne est passée de 100’000 personnes, au début des années 70, à 330’000 aujourd’hui, on dirait que certains politiciens et gouvernants continuent, eux aussi, d’espérer notre fin prochaine. Mais nous leur répondons fermement: «Nous ne voulons plus de génocides, plus d’invasions, plus de vol de nos terres».

«Pour les 39 peuples représentés à Porto Seguro, poursuit le manifeste, les injustices à déplorer sont partout les mêmes. Cela va des pressions politiques, des assassinats impunis, jusqu’à l’invasion de nos terres et au manque flagrant d’assistance médicale. Tout cela aggravé par des préjugés discriminatoires contre nos peuples. Dans notre lutte pour nos droits, nous demandons l’appui de la société brésilienne, spécialement de ceux qui durant ces 500 ans ont souffert eux aussi d’injustice, comme les Noirs, victimes de l’effroyable esclavage durant des siècles. Il faut aussi que tous les pays qui ont participé au génocide des Indiens d’Amérique, réparent leurs crimes, en les reconnaissant publiquement et en appuyant désormais nos justes revendications».

La rencontre de Porto Seguro a été soutenue par le Conseil des peuples et organisations indiennes du Brésil (CAPOIB), le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI), un mouvement directement relié à la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB). Les délégués indiens ont encore décidé que l’an prochain ils se réuniront également à Porto Seguro. Ils prévoient aussi pour l’an 2000 une grande «marche nationale», partant de tous les coins du pays, qui passerait par Brasilia jusqu’à Porto Seguro, lieu où auront lieu les principales manifestations officielles de «la découverte» du Brésil.

Le dernier jour de leur réunion, le samedi 25 septembre, les Indiens réunis à Porto Seguro se sont solidarisés avec le peuple indien Pataxo en se rendant au Parc national de Monte Pascoal, un territoire indien récupéré le 19 avril dernier. Le gouvernement fédéral fait usage de multiples pressions pour que les Indiens Pataxo quittent la région. (apic/plp/ba)

26 septembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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