Brésil: Pétition pour l’approbation d’un amendement constitutionnel sur le «travail esclave»

Terres confisquées pour les fazendeiros exploitant des travailleurs

Brasilia, 12 décembre 2008 (Apic) Les terres des fazendeiros qui exploitent au Brésil des travailleurs seront confisquées si l’amendement constitutionnel sur le travail esclave (PEC 438) était adopté. Au début du mois de décembre, plus de 140’000 signatures ont déjà été rassemblées dans une pétition demandant l’abolition du «travail esclave». Cette pétition a pour but de faire pression sur le Congrès National à Brasilia.

Mais le chemin risque peut-être encore d’être long avant que le Parlement brésilien ne vote une proposition en attente depuis des années. Ce texte, appuyé par la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) vise à insérer dans la Constitution la possibilité de confisquer les terres où l’on trouve des esclaves. La «PEC 438» est la Proposition d’amendement constitutionnel 438/2001, un texte que le président brésilien Inacio Lula da Silva avait promis de faire passer lors de son arrivée au pouvoir le 1er janvier 2003.

La propriété ne peut être utilisée comme moyen d’oppression ou de sujétion

La Constitution brésilienne affirme que toute propriété doit remplir une fonction sociale. Elle ne peut donc être utilisée comme moyen d’oppression ou de sujétion des individus. Malgré cette belle disposition, on rencontre notamment dans les régions éloignées de «frontière agricole» des cas de fazendeiros qui réduisent leurs travailleurs à la condition de vrais esclaves.

La pétition, lancée par le Front National contre le Travail Esclave, vise à faire pression pour que le Congrès national brésilien accepte la PEC 438. En fait, ce projet avait été présenté en 1999 par l’ex-sénateur Ademir Andrade (PSB-PA). Il propose une nouvelle rédaction de l’art. 243 de la Constitution fédérale brésilienne qui concerne la confiscation immédiate des propriétés dans lesquelles on produit des plantes psychotropes illégales. Avec la PEC, l’expropriation sans indemnisation concernerait les propriétés qui exploitent une main d’oeuvre de forme analogue à l’esclavage. Après la confiscation, les terres seront destinées à l’établissement de familles sans terre dans le cadre du programme de réforme agraire.

La proposition a déjà été acceptée en deux tours de vote par le Sénat en 2003 et en 2004, par la Chambre des Députés en première lecture. Sa votation en deuxième lecture est bloquée depuis août 2004. Les données fournies par le Ministère brésilien du Travail et de l’Emploi (MTE) montre l’urgence d’apporter des solutions au «travail esclave» qui perdure au Brésil. Ces 12 dernières années, 27’645 personnes ont été libérées lors de 1’184 enquêtes réalisées au cours de 621 opérations de police.

En 2007, 5’877 travailleurs ont été libérés alors qu’ils se trouvaient dans une situation analogue à celle de l’esclavage pour le Groupe mobile d’inspection du travail du gouvernement fédéral brésilien. C’était le plus grand groupe de travailleurs esclaves libérés depuis le début des opérations en 1995.

Les organisations et mouvements sociaux ont organisé en mars dernier à Brasilia une grande manifestation pour l’approbation de la PEC, avec des participants venant de plusieurs Etats du Brésil. Ils exigeaient plus d’engagement de la part du gouvernement fédéral afin que ce projet d’amendement constitutionnel soit enfin approuvé. En juin dernier, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a estimé que le nombre des travailleurs subissant des conditions d’esclavage et de travail forcé au Brésil oscillait entre 25 et 40’000 personnes. L’OIT estime que ce genre de situation concerne près de 10 millions de travailleurs vivant dans ces conditions sur le continent asiatique, contre 1,3 million en Amérique latine, relève l’agence de presse brésilienne ADITAL. (apic/adital/be)

12 décembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!