Brésil: «Plébiscite national sur la dette extérieure»: vives réactions parmi les conservateurs

«L’Eglise n’est pas experte en économie»

Rio de Janeiro, 7 septembre 2000 (APIC) Dans la semaine du 2 au 7 septembre se tient au Brésil le «plébiscite national sur la dette extérieure». La Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), le Conseil national des églises chrétiennes (Conic), la Conférence Episcopale brésilienne, le Mouvement des Sans Terre (MST) et la Centrale Unique des Travailleurs (CUT) participent à la réalisation de ce plébiscite. Certains partis et évêques conservateurs refusent pour leur part que la population s’exprime sur la politique gouvernementale.

Le total de la dette extérieure brésilienne a atteint 241 milliards de dollars à la fin de l’année 1999. De 1995 à 1998, période du premier mandat du président Fernando Henrique Cardoso, le Brésil à payé 128 milliards en intérêts et échéances de cette dette. La Conférence nationale des évêques et plusieurs partis populaires et démocrates se sont associés afin d’organiser un plébiscite, le 3e dans ce pays en 111 ans de république. Selon eux, il est temps de réveiller la conscience de la société au sujet de l’utilisation des ressources publiques pour payer la dette extérieure. Le but de cette campagne est de permettre à la population d’exprimer son mécontentement sur la politique économique suivie par le gouvernement brésilien.

Dans la semaine du 2 au 7 septembre, des urnes sont placées dans les églises, les écoles ou encore sur les places publiques afin de recueillir l’opinion de la population sur trois questions: le gouvernement brésilien doit-il maintenir l’accord signé avec le Fonds monétaire international (FMI), continuer à payer la dette extérieure, sans avoir réalisé la vérification publique de cette dette prévue dans la Constitution de 1988 et le gouvernement fédéral, les Etats et les communes doivent-ils continuer à utiliser une grande part du budget public pour rembourser les spéculateurs ?

Le père José Alfredo Gonzalvez, coordinateur de la Pastorale Sociale de la Conférence Episcopale, a expliqué que l’un des objectifs de cette consultation populaire est de vérifier officiellement la disponibilité des Brésiliens à prendre en charge le poids de la dette extérieure, comme le prévoit la Constitution nationale de 1988.

Les organisateurs espèrent un non massif. Les résultats seront rendus publics le 13 septembre. Ce plébiscite fait partie des mobilisations de la campagne international Jubilé 2000 qui défend l’abandon des dettes des pays pauvres. Le «6e cri des Exclus» est également inscrit au programme de cette campagne. Son sujet, «Progrès et vie – Patrie sans dettes» remet aussi en cause cette dette extérieure et les accords signés entre le gouvernement brésilien et le FMI.

Vives réactions parmi les conservateurs

Certains partis conservateurs ne sont pas favorables à ce plébiscite même s’ils estiment également que le peuple doit ouvrir les yeux sur l’utilisation des ressources publiques. Par décision de l’archevêque Eugenio de Araujo Sales, l’archidiocèse de Rio de Janeiro a annoncé qu’il n’appuyait en aucun cas cette campagne. «L’Eglise n’est pas experte en économie mais en spiritualité» a déclaré le secrétaire de presse de l’archidiocèse Adionel Carlos da Cuñha. L’archidiocèse est convaincu qu’il existe des personnes bien plus capables qui étudient le sujet. D’autres évêques ont décidé de se rallier à cette décision en expliquant que la position soutenue par la Conférence nationale des évêques du Brésil, n’ayant pas été décidée en Assemblée générale, n’était pas obligatoire.

L’archevêque coadjuteur de Porto Alegre, Mgr Dadeus Grings, estime que la tournure de ces questions ne peut amener qu’un non comme réponse. Selon lui, ce plébiscite n’est donc pas objectif. Le ministre des finances brésilien, Pedro Malan, a déclaré que cette initiative populaire était «absurde» et que le peuple n’avait rien à dire sur le sujet. (apic/aci/dial/plp/fm)

7 septembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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