Brésil: Polémique entre l’Eglise catholique et le gouvernement

A-t-on le droit de «voler» en cas d’extrême nécessité?

Sao Paulo, 3 mai 1998 (APIC) Les évêques brésiliens continuent de dire qu’en cas de danger de mort, une personne a le droit de «se servir» pour tuer la faim qui le tenaille. Les cardinaux de Sao Paulo et de Belo Horizonte à leur tour justifient l’invasion des supermarchés et des dépôts de la Compagnie nationale d’aliments (CONAB) par les victimes de la sécheresse qui sévit dans le Nord-Est. Le président de la République, Fernando Henrique Cardoso, fâché, traite «d’irresponsables» ceux qui incitent à désobéir à la loi , notamment celle qui défend le droit de propriété.

Le cardinal de Sao Paulo, Paulo Evaristo Arns, lors de la célébration du 1er mai, dans la cathédrale da Sè, et parlant devant 2’500 fidèles, a demandé que l’on trouve une solution sociale pour tout le Brésil et non seulement pour quelques-uns. «Nous allons lutter contre ce néo-libéralisme qui concentre des richesses pour quelques privilégiés alors le pauvre devient toujours plus pauvre. C’est le moment pour le peuple des cités et des campagnes de se réveiller». Après la messe, dans une interview aux journaux de Sao Paulo, il a lui aussi défendu les invasions des dépôts d’aliments. «Les nordestins ne le feraient pas s’ils n’étaient pas désespérés. Et le président de la République doit écouter les évêques brésiliens».

Le cardinal Serafim Fernandes de Araujo, archevêque de Belo Horizonte, a lui aussi déclaré que «l’Eglise ne condamne pas la personne qui, pour ne pas mourir de faim, prend la nourriture là où elle se trouve. D’après ce que j’ai vu à la TV ces derniers jours, il y a beaucoup de personnes qui se rencontrent dans cette situation extrême».

«Irresponsables et démagogues»

Ces deux déclarations ont été faites après que le président Cardoso. ait traité de «d’irresponsables et de démagogues» les leaders politiques et religieux qui incitent l’invasion des supermarchés. «Il est très facile d’inciter les gens à envahir les supermarchés et les hangars. Mais c’est un comportement irresponsable qui fonctionne contre les victimes de la sécheresse. Cela désorganise toute l’aide que l’on voudrait faire parvenir aux populations». a-t-il déclaré en fin de semaine dernière à Brasilia. Il a demandé que la justice fasse son devoir contre ceux qui appuient les invasions. «Si cet appel moral ne suffit pas, la loi se fera sentir de toute façon. Les juges peuvent s’appuyer sur l’article 5, paragraphe 22, de la Constitution fédérale qui garantit le droit de propriété». Interrogé par des journalistes, s’il visait toute l’Eglise catholique vu la personnalité de ceux qui divergent de lui dans cette polémique, le président de la République a précisé: «Je n’ai jamais critiqué l’Eglise, mais seulement certaines personnes de cette Eglise».

Vu l’ampleur de la catastrophe – il s’agit de la sécheresse la plus sévère du 20e siècle -. le gouvernement brésilien a commencé à distribuer des vivres à la population. Il espère que cette semaine encore toutes les 1’209 communes du Nord-Est touchées par le fléau seront atteintes par cette distribution. L’action du gouvernement, selon Sergio Moreira, nouveau président du département du développement du Nord-Est (SUDENE), prévoit aussi la libération d’argent pour organiser des travaux communautaires d’utilité publique, une somme qui pourrait atteindre près d’un milliard de reais.

Commission d’évêques à Recife

Une commission formée de cinq évêques du Nord-Est se réunira mercredi à Recife avec le président de la SUDENE. Un décision prise à la fin de la 36e Assemblée générale de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) qui vient de terminer ses travaux à Itaici près de Sao Paulo. Les évêques expliqueront leur prise de position envers les victimes de la sécheresse et exigeront des mesures immédiates et renforcées pour faire face à la situation calamiteuse. Durant la semaine dernière, il avait été décidé que cette commission se dirigerait directement à Brasilia, pour parler avec le président de la République, mais finalement il a paru préférable de parler d’abord avec Sergio Moreira. «Un changement d’ordre pratique et non stratégique», a cru devoir commenter le président de la CNBB, le cardinal Lucas Moreira Neves, archevêque de Salvador da Bahia.

Ne voulant pas faire seulement des discours critiques envers les autorités politiques, les évêques brésiliens ont décidé de lancer une campagne nationale pour secourir la population victime de la sécheresse dans le Nord-est du pays. Ils demandent aux 9’000 paroisses de tout le pays de récolter de l’argent et des vivres qui seront distribués par Caritas. Nous avons déjà acquis une expérience pratique lors de la sécheresse de 1993, quand dans le seul Etat de Santa Catarina, les paroisses catholiques ont envoyé 2’000 tonnes de feijao (haricots) dans le Nord-Est, a déclaré Mgr Luiz Demetrio Valentini, évêque de Jales et président de la Caritas brésilienne. (apic/plp/ba)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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