Brésil: Pour les écologistes, l'encyclique de François est un «cadeau»
Brasilia, 24 juin 2015 (Apic) Les militants de l’environnement brésiliens ont particulièrement apprécié l’encyclique «Laudato si», présentée par le pape François, le 18 juin dernier. Elle doit permettre, selon eux, d’avancer encore d’avantage dans les débats liés à l’urgence de préserver la nature.
«L’encyclique du pape va directement au fait en critiquant en détail et de manière acérée notre modèle actuel insoutenable de développement. A travers un texte clair et facile d’accès, il constitue un appel sans précédent à la mobilisation de toute l’humanité, et pas seulement des catholiques, sur les questions environnementales et pour un monde socialement juste et équilibré en matière d’environnement», a déclaré Marcia Hirota, la directrice exécutive de la Fondation Mata Atlantica, l’une des principales ONG brésiliennes de protection de la nature. «En tant que spécialistes de l’environnement, nous nous sentons honorés par l’engagement du pape François».
«Un complément éthique et moral»
«Ce document est un présent pour l’humanité, indépendamment de sa dimension religieuse», a indiqué pour sa part Carlos Nomoto, Secrétaire Général de WWF-Brésil. «Au niveau scientifique, il est déjà admis que l’action de l’homme sur l’environnement est en train de produire des changements climatiques. Les grandes entreprises perçoivent qu’elles doivent adopter une autre stratégie, à même de préserver l’environnement. Et les gouvernements ont déjà compris qu’il est moins onéreux de préserver la nature que de devoir affronter les conséquences de son dérèglement. L’encyclique du pape François vient compléter ses trois points, en apportant de surcroît des bases éthiques et morales».
«La science et la foi sont du même côté»
Même satisfaction du côté de Márcio Astrini, coordinateur des politiques publiques au sein de Greenpeace Brésil. «Nous accueillons positivement la clarté et la franchise de l’encyclique quant à la nécessité d’une action politique internationale face aux changements climatiques, qui font prévaloir les intérêts spécifiques au détriment du bien commun», a-t-il commenté. Les paroles du pape doivent permettre d’éloigner les gouvernants de leur posture apathique. «La science et la foi sont du même côté», ajoute-t-il. Et les gouvernants doivent suivre cet exemple, en parvenant à sceller les accords dont nous avons besoin et à les mettre en pratique. «Au Brésil, a-t-il conclu, cela signifie qu’il faut en finir avec la déforestation et investir dans les énergies renouvelables, comme l’énergie solaire».
Un pape «radical»
Le document du pape François a même surpris certains acteurs de l’environnement brésiliens. «J’avoue avoir été marqué par la prise de position radicale de François autour du thème de l’environnement, a ainsi reconnu Rubens Ricupero, ancien ministre de l’Environnement. Je m’attendais à un ton plus modéré. Car si le langage est, de fait, modéré, le discours, lui, est plus radical dans son essence. Notamment lorsque le pape affirme que s’il n’y a pas de changement radical de l’organisation de l’économie, de la société et de la distribution, le problème de l’environnement ne pourra pas être résolu».
Approche prophétique
Enthousiastes mais pas euphoriques, les responsables d’organisations de défense de l’environnement s’accordent néanmoins sur le fait qu’il ne faut pas espérer une solution pratique de ce document papal. «C’est le propre d’une autorité religieuse d’avoir cette approche prophétique, insiste Márcio Astrini. Autrement dit, cette encyclique n’a pas vocation à être suivie à la lettre. Mais elle constitue tout de même un avertissement de plus sur les dangers que court la planète». (apic/jcg)





